USA - Céline : les directeur-rices censurent les prof

“Il m’a clairement été demandé de ne pas aborder des thèmes comme la politique, la morale, l’écologie… sous peine d’être sanctionnée voire renvoyée.”

Céline Polomé, 28 ans, est un professeur belge qui enseigne depuis 2008 dans une école à Saint Martinville, en Louisiane.

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Céline Polomé dans sa classe à Saint Martinville, Louisiane, 2011 ©Louise Culot, http://louise-culot.blogspot.com/.

Que représente la liberté d’expression pour vous, à quoi sert-elle ?
La liberté d’expression est une nécessité fondamentale dans toute société. L’évolution d’une société est dépendante de la capacité de ses individus à communiquer entre eux mais aussi avec l’extérieur.

En Louisiane, avez-vous déjà entendu que la liberté d’expression n’était pas respectée ? En avez-vous fait l’expérience ?
Avant d’arriver en Louisiane (c’est-à dire le Sud profond - ne pas faire d’amalgame avec le reste des États-Unis), nous savions que c’était un État assez conservateur mais nous n’imaginions pas qu’il était aussi difficile d’exprimer nos propres points de vue. Je me souviens que le lendemain de l’élection d’Obama (en 2008), mes collègues américaines (donc toute l’école, excepté les professeurs francophones) sont arrivées avec une tête d’enterrement. Il aurait été malvenu d’afficher un quelconque sourire de “victoire”. Un collègue francophone s’est d’ailleurs disputé avec une Américaine parce qu’il faisait preuve de trop d’enthousiasme.

Avez-vous déjà été limité(e) dans des thématiques abordées avec votre classe ? Quelles sont-elles ? Par qui ? Pourquoi ?

Oui, et plus d’une fois. J’ai malheureusement été contrainte (suite à plusieurs plaintes de parents) à ne plus aborder certains thèmes en classe (politique, sujets délicats tels que l’avortement, peine de mort, écologie, port d’armes …)

  • - Anecdote (novembre 2008) : les élèves étaient entrés en classe avec un auto-collant collé sur leur front – votez Mc Cain – et en disant “Obama est un assassin ! Il veut tuer les bébés dans le ventre des femmes” !! Bien sûr, j’ai réagi en leur demandant de jeter leurs auto-collants à la poubelle (pas de prosélytisme à l’école). Étant leur professeur de sciences sociales, je trouvais adéquat de réagir et de débattre au sujet des propos tenus. Nous avons donc fait un tableau reprenant les idées des Républicains et des Démocrates et discuter de l’avortement. À la fin de la journée, les élèves se sont empressés de raconter à leurs parents ce que nous avions fait en classe. Les parents, scandalisés de ce que j’avais dit (oser parler d’avortement, SACRILEGE), ont téléphoné au “superintendant” de la paroisse (c’est-à-dire le responsable de l’éducation dans le comté) qui a lui-même contacté ma directrice d’école pour lui demander de me réprimander. J’ai donc été appelée dans le bureau de la directrice le lendemain…“Madame Polomé”, la classe n’est pas un lieu où l’on peut parler de politique ! De plus, savez-vous qu’Obama veut autoriser l’avortement jusqu’à 6 mois !! C’est un assassin !” À partir de ce jour là, j’ai compris que je devrais surveiller tout ce que je disais.
  • - Anecdote (mars 2011) : Alors que nous étudiions la déforestation en classe (cf. La Révolution Industrielle), j’ai trouvé opportun de discuter d’écologie. “Comment faire pour sauver notre planète ?” De nouveau, j’ai laissé place au débat. J’ai ensuite dit que “le fait de posséder 4 ou 5 voitures par famille polluait beaucoup (qu’en Europe on essayait d’utiliser les transports en commun – ce qui n’existe pas ici), que c’était bien de faire du co-voiturage, du recyclage…” ensuite j’ai malheureusement eu la « mauvaise idée » de parler de la terrible catastrophe écologique qu’a été (et qu’est toujours) « la Marée Noire » (puisqu’ils étaient tous touchés de près).
    Ils étaient atterrés par ce que je leur disais et m’ont dit que c’était faux, que BP n’y était pour rien et que leurs pères (qui travaillent sur les plateformes ) ont affirmé que l’incident était clos et qu’il n’y avait plus aucun problème… “Les plages sont propres” (il n’y a qu’à regarder) !! Le lendemain, la coordinatrice du programme d’immersion française de la paroisse m’a dit que plusieurs parents lui avaient téléphoné et qu’ils voulaient aller voir le “superintendant” car j’avais “encore” osé critiquer leur société… (les enfants étaient rentrés à la maison en disant à leurs parents qu’il fallait recycler et sauver la planète !). Au lieu de me remercier, (c’est quand même une petite victoire), je me suis fait taper sur doigts (heureusement, sans suite) !

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