Egypte - Maikel : arrêté pour avoir dénoncé la violence des forces armées

Maikel Nabil a été arrêté le 28 mars 2011 pour avoir dénoncé la violente répression des forces armées contre les manifestant(e)s. Libéré en janvier 2012, cet étudiant en droit de 26 ans reste très impliqué dans la défense des droits humains et livre une analyse critique de la situation actuelle de son pays.

AMNESTY : Au début de l’année 2011, vous avez été condamné à trois ans de prison après avoir critiqué l’usage excessif de la force par les soldats. Libre aujourd’hui, regrettez-vous votre prise de position ?

Maikel Nabil : Non. Je défendais mes droits et les droits humains en général. C’était le bon choix. Si c’était à refaire, je referai exactement la même chose.

Vous avez fait une grève de la faim pendant plusieurs mois pour protester contre votre détention. Qu’est-ce qui vous a poussé à mettre ainsi votre santé en danger ?
J’ai fait cent trente jours de grève de la faim. Les conditions de détention étaient vraiment pénibles. J’ai atteint un stade où je préférais mourir plutôt que de rester trois ans dans cet enfer. Faire une grève de la faim était un moyen de me faire comprendre et de dire aux responsables : vous ne pouvez pas violer mes droits humains.

Plus d’une année s’est écoulée depuis la chute d’Hosni Moubarak. Quel est votre avis sur la situation actuelle du pays ?
Le régime militaire est en danger et risque de s’écrouler. C’est pourquoi il est plus violent et plus agressif envers les personnes qui se défendent. Le régime tente d’écraser la démocratie et les droits humains. Il se protège pour ne pas être dissolu.

Que pensez-vous du fait que les partis islamistes ont emporté la majorité lors des élections parlementaires ?
Je ne considère pas les élections de ce début d’année 2012 comme des élections libres. Elles n’étaient pas neutres. Les dirigeants ont fait en sorte que les partisans de l’armée gagnent. Les opposant•e•s ont été mis sous pression par l’armée et beaucoup n’ont pas pu se présenter aux élections. Moi-même j’étais en prison. Les partis islamistes qui ont gagné avaient le soutien total de l’armée. Les résultats ne sont pas ceux de la révolution. Nous nous accommodons de ce régime parce que c’est ainsi, mais nous nous y opposerons le moment venu.

Pensez-vous qu’un accord entre les forces militaires et les Frères musulmans répond d’une stratégie politique ?
Oui. Ils ont de forts liens et ce depuis des années. Ils sont partenaires, ils ont les mêmes intérêts et ils ne veulent pas la démocratie. Ils se répartissent le pouvoir.

Quelles seraient les étapes à franchir pour aller vers la démocratie et un Etat constitutionnel ?
Nous devons continuer la révolution et ne pas abandonner. La démocratie viendra lentement et prendra beaucoup de temps. Nous devons être patients et apprendre de nos erreurs. Il y a eu énormément de pertes en vies humaines.

Qu’attendez-vous des élections présidentielles de mai 2012 ?
Ce sera la même chose que pour les élections parlementaires : pas d’élections libres, pas d’opportunités égales. Nous ne les considérons pas comme des élections. Le peuple n’élit pas. C’est l’armée qui élit ceux qu’elle veut élire.

Pouvez-vous nous parler de votre engagement politique ?
J’ai rejoint plusieurs mouvements politiques mais je me concentre surtout sur le mouvement dont je suis le dirigeant : No compulsory military service. Nous nous mobilisons pour l’abolition du service militaire obligatoire. Nous nous intéressons aussi aux violations des droits humains perpétrées par l’armée et nous oeuvrons pour la paix. Je suis toujours actif dans la cyber-résistance et tiens mon blog régulièrement à jour.

Est-ce que vous vous sentez concerné par ce qui se passe au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ?
Je soutiens complètement les mouvements révolutionnaires. Ce qui se passe en Egypte n’est pas différent de ce qui se passe en Birmanie, à Cuba, au Vietnam ou au Yémen. Le peuple se bat contre les forces répressives. Nous nous battons pour la démocratie et la liberté. Les institutions internationales devraient agir, faire des réformes, pour sauver les peuples réprimés et la Cour pénale internationale devrait poursuivre les responsables.

Source :Amnesty International Suisse

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