Cuba - Gisela : quand l’information appartient à l’État

Tous les moyens de communication et de diffusions sont la propriété de l’état, et dépendent du parti unique au pouvoir.

Prénom : Gisela
Age : 50 ans
Pays d’origine : Cuba
Ville ou vous vivez actuellement : La Havane
Profession : Ingénieur

De façon explicite, dites ce que représente pour vous la liberté d’expression et à quoi sert-elle ?

La liberté d’expression signifie pour moi le respect de la pensée de l’autre et sert à connaître les différents points de vue et à confronter les différences d’opinions et d’idées, ce qui représente le meilleur moyen de résoudre les problèmes. Nous avons tous le droit d’être écoutés et pris en compte parce que, comme dit la devise : la diversité est la norme et doit être acceptée même quand il faut prendre une décision, car justement c’est ainsi que la décision sera la plus juste.

La liberté d’expression , à votre point de vue, est-elle fondamentale pour la société ?

La liberté d’expression est fondamentale pour les raisons que je viens d’exposer dans ma réponse précédente et parce que c’est le moyen d’exiger le respect de ses droits, l’accomplissement de ses devoirs vis à vis des institutions nationales et internationales et vis à vis du gouvernement, pouvoir critiquer, savoir ce que pensent les autres, protester et dénoncer le cas échéant l’arbitraire et l’injustice

Selon vous, comment est exercée la liberté d’expression dans votre pays ?

Il y a dans mon pays une phrase qu’on répète très souvent depuis des années et qui définit clairement les limites de la liberté d’expression. C’est : « Dans la Révolution, tout. Hors de la révolution, rien ». Avec le temps, nous avons compris que ça voulait dire plus ou moins : « celui qui n’est pas avec moi est contre moi », parce que la » Révolution est devenue une chose que seuls pensent, définissent et décident le parti unique. Quand ils ont connaissance de quelque chose qui ne leur plait pas , ils la déclarent avec simplicité « hors limites » , ce qui signifie pour eux trahison et pas diversité d’opinions.
A Cuba, l’opposition n’est pas acceptée, on la considère comme inexistante parce que notre gouvernement se considère comme le plus juste de la planète (c’est du moins ce que nous disent nos leaders dans chacun de leurs discours). Pour cette raison, être dans l’opposition est illégal, inhumain et antipatriotique, de plus c’est une trahison vis à vis du peuple..
Par exemple personne ne peut critiquer impunément le moindre leader ou le moindre chef. Seuls les dirigeants suprêmes peuvent le faire (quand ils sont au courant de quelque chose ou quand l’affaire est tellement publique qu’on ne peut plus la cacher). Quant à eux s’ils commettent des erreurs, personne ne pourra le signaler et il reste à attendre et à espérer qu’ils le reconnaissent eux mêmes dans un geste louable d’honnêteté et d’autocritique, mais même dans ce cas , jamais ils ne diront « Je me suis trompé » mais « Nous nous sommes trompés » et se « Nous » c’est le parti et le peuple lui même. Tout ça n’est pas neuf, c’est ainsi que ça se passait en Europe de l’Est.

Le droit à l’information est essentiel pour pouvoir accéder au droit à la liberté d’expression. Pensez-vous avoir librement accès aux informations qui vous seraient nécessaires pour exercer votre droit à l’expression ?

Non. Tous les moyens de communication et de diffusions sont la propriété de l’état, et dépendent du parti unique au pouvoir. c’est pourquoi toute l’information est filtrée et dépend de l’approbation officielle qui décide quoi, comment et quand les citoyens doivent recevoir telle ou telle information, ceci dans le but « d’éviter les manipulations et les mensonges de la presse étrangère capitaliste ».

De manière plus détaillées, pouvez-vous me dire si vous avez accès aux moyens d’information énumérés ci dessous, et que pouvez-vous en dire ?
Internet,Presse Nationale, Presse étrangère, Télévisions, Radio ?

Internet est en principe limité aux besoins liés au travail, mais la majorité des personnes qui ont cet accès s’arrangent d’une manière ou d’une autre pour avoir un accès plus large, sauf qu’il existe aussi des limitations techniques et technologiques ( dues au blocus américain ) ou qui concernent les sites que l’on voudrait consulter parce que les nouvelles et la manière de les présenter ne correspondent pas à la politique de l’Etat et du Parti.
La radio et la télévision sont également propriétés de l’Etat et dépendent du gouvernement.La presse étrangère ne figure pas dans les moyens de communication cubains. Les chaînes internationales autorisées à être diffusées à Cuba concernent les pays étrangers, les Cubains sont parfois mieux informés d’événements survenus en Haïti que de ce qui se passe dans notre pays. Quelques publications étrangères sont en vente dans les hôtels ou à l’aéroport à un prix qui correspond à 50% du salaire moyen d’un Cubain ! De toutes façons aucune ne peut contenir la moindre critique de notre gouvernement, (ce serait considéré comme une agression intolérable) . Si une telle critique devait exister, le journal serait immédiatement retiré de la circulation.

Selon vous, quels sont les moyens qui devraient être utilisés pour améliorer la liberté d’expression dans votre pays ? Et qui devrait les mettre en jeu ?

Difficile de répondre. La manipulation de l’information est un mal répandu. Après une si longue restriction, il faudrait commencer par apprendre aux gens ici ce qu’est la liberté d’expression pour qu’ils puissent en faire un usage intelligent. Qui ferait ça ? Je n’en ai pas la moindre idée. Je n’aimerais pas que ce soit l’oeuvre des médias cubains établis aux Etats-Unis. Je suis convaincue qu’ils sont menteurs et manipulateurs et sèmeraient la haine et la discorde entre mes concitoyens au bénéfice d’intérêts qui sont bien loin d’être honnêtes et patriotiques.

Dans le cadre de votre travail, existe-t-il certains sujets que vous éviteriez d’aborder ? Pourquoi ?

Oui, bien sûr, parce qu’en en plus des limites officielles, il y a celles qu’on invente et qui s’accompagnent de la menace d’informer l’échelon supérieur. Il peut arriver qu’alors tu perdes ton travail pas pour avoir dit ce que tu penses mais, mais, officiellement pour d’autres raisons inventées. Tu peux penser c e que tu veux, mais ne le dis pas. Si tu es classée comme ennemie tu n’auras plus voie au chapître.

5. De manière plus détaillée

Dans le cadre de votre travail, pouvez-vous émettre des critiques sur la politique de votre gouvernement ? Librement, moyennant certaines réserves , il vaut mieux s’abstenir
Il vaut mieux s’abstenir

Dans votre travail pouvez-vous aborder les problèmes religieux ?

Librement (C’est une question qui a changé depuis les dix dernières années. Avant cela il valait mieux éviter ce genre de sujet. Les personnes qui avaient une religion n’étaient pas acceptées au sein du parti et étaient très mal vues. Quoique on pouvait pratiquer se religion librement sans restrictions, le fait de ne pas pouvoir être membre du parti ou de la UJC, limitaient sérieusement votre vie sociale et professionnelle. Pratiquement on était des exclus.

Dans votre travail pouvez-vous aborder les questions concernant la sexualité (contraception, homosexualité...) ?

Librement concernant la contraception. Avec certaines réserves pour les autres points.
Aujourd’hui on parle d’homophobie et officiellement il y a un changement dans ce domaine, encouragé par un ensemble d’institutions sanitaires à l’avant-garde desquelles il y a le CENESEX dont la directrice est Mariela Castro, la fille de Raul Castro. Avant cela la situation des homosexuels était la même que celles des personnes ayant une religion, et même pire. Il y a beaucoup de tristes témoignage à ce sujet : des camps de travail, des maltraitances, des exclusions.Cet état d’esprit existe encore dans une grande partie de la populations et porte à conséquence dans certains milieux de travail sous une forme cachée. La mentalité des gens ne change que très lentement et il est parfois nécessaire d’attendre quelques générations. Mais il faut reconnaître que ça s’est amélioré. Néanmoins il vaut mieux éviter ce sujet au travail.

Au travail peut-on aborder le sujet du racisme ?

Il vaut mieux l’éviter. Le racisme est un thème qui est récemment remonté à la surface et certains organes officiels en ont parlé quoique avec de grandes réserves et sous une forme très contrôlée. C’est un mal qui existe toujours 50 ans après la révolution avec une constitution qui déclare qu’il n’y a pas de différences entre les hommes ni à cause de leurs croyances, ni à cause de leurs « races » Comme à l’école on vous apprend que les les races « n’existent pas » ’il ne peut exister de punition prévue par la loi pour quelques chose qui n’existe pas !
De cette façon les expressions et les actions racistes demeurent impunies. Bien sûr dans la majorité des cas ces actions et ces expressions ne se manifestent pas ouvertement mais de façon feutrée et masquée. Cet état de chose a été reconnu involontairement par le gouvernement quand il a rendu obligatoire un quota minimum de noirs et de métisses dans les organes officiels et dans les rouages du Part. C’était imposer de manière indirecte ce qu’on n’était pas arrivés à obtenir grâce à la conscience sociale

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