Zahra Ali Cheikh du GAMS

Zahra est aujourd’hui responsable du suivi des femmes qui viennent chercher du soutien auprès du GAMS.
Elle réalise aussi des animations dans les écoles et encadre l’atelier « jeunes » au sein du GAMS.

Voici des extraits d’une interview avec elle qui expliquent son parcours et son combat pour la défense des droits des femmes.

Les MGF et le GAMS, c’est quoi au juste ?

Le GAMS signifie Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles Féminines. Le GAMS Belgique est une association dont l’objectif est de contribuer à l’abandon des mutilations sexuelles féminines en Belgique et dans le reste du monde.

Les MGF signifie Mutilations Génitales Féminines. Elles recouvrent toutes les interventions incluant la mutilation partielle ou totale des organes génitaux féminins qui sont pratiquées pour des raisons non médicales.

Comment en es-tu arrivée à pousser la porte du GAMS ?

J’ai quitté Djibouti et rejoint mes parents en Belgique en 2006. Quand je suis arrivée, je suis tombée malade et j’ai dû rester deux mois à l’hôpital. J’y ai rencontré une infirmière sociale très sympathique avec qui j’ai beaucoup discuté. Un jour, mes règles sont arrivées : j’avais très mal et je vomissais.
L’infirmière, inquiète, m’a demandé si j’avais été excisée. Très choquée, je lui ai répondu que je ne voulais pas en parler. Mais cette question m’a tenue éveillée toute la nuit : comment cette infirmière, qui me connaissait à peine, avait-elle compris ce que j’avais subi quand j’avais 16 ans ? On s’est reparlé le lendemain. Je lui ai raconté mon histoire : comment ma petite sœur et moi, alors que nous voyagions naïvement en Somalie avec ma grand-mère, avons subi une infibulation, l’une à côté de l’autre ; comment ma grand-mère, parce qu’elle souhaitait préserver les traditions de son pays, a désobéi à mon père, qui avait interdit qu’on nous mutile. Comment mon père l’a mise dehors lorsqu’il l’a appris.

L’infirmière m’a expliqué que mes douleurs étaient sûrement le résultat de mon infibulation. Elle m’a orientée vers un médecin spécialisé qui travaille pour le GAMS. C’est comme ça que j’ai découvert l’association : depuis, je ne l’ai pas quittée.

Comment le GAMS t’a-t-il aidée ?

Lorsque je me suis rendue au GAMS, je cherchais quelqu’un à qui parler. Le
médecin vers qui on m’avait orientée m’a expliqué ce qui m’était arrivé et m’a permis de mettre des mots sur l’expérience douloureuse que j’avais vécue. Lorsqu’il m’a montré une photo d’une femme infibulée et d’une autre non infibulée, j’ai éclaté en sanglots ; j’avais beau savoir ce qui m’était arrivé, j’avais l’impression qu’on m’avait mutilée une deuxième fois ! On m’avait empêché de prendre une décision qui m’appartenait. Le médecin m’a alors proposé de pratiquer une opération pour me désinfibuler. J’ai dit oui tout de suite : j’avais enfin l’occasion de prendre mes propres décisions sur mon corps, ma sexualité. Le GAMS m’a prévenu que ça ne serait pas facile, que certains membres de ma communauté me rejetteraient. J’ai tout de même accepté. Quand elles l’ont appris, ma mère, ma sœur et beaucoup d’autres personnes (hommes et femmes) ne comprenaient pas ma décision. Certains m’ont même menacée et insultée, ils avaient peur que d’autres jeunes filles rompent avec les traditions en suivant mon exemple. Ça a été une période difficile, même si j’y étais préparée. Ma thérapie, c’était le bénévolat pour le GAMS : du lundi au vendredi, de 9 h à 17 h, je discutais avec des femmes qui ont subi ou fui les MGF.

Ton entourage a-t-il changé d’avis sur les MGF ?

J’ai réussi à parler de ce qui m’était arrivé à ma mère, même si ça n’a pas été facile. À force de laisser traîner (exprès !) des prospectus du GAMS, elle a fini par les lire. Un soir, elle m’a raconté son histoire, ses souffrances. J’ai mieux compris ce qui lui était arrivé, et aussi pourquoi, malgré la douleur que cela provoque, elle voulait que ses filles soient infibulées.
Le tabou était levé ! Aujourd’hui, elle est rentrée à Djibouti avec un avis différent sur la question. Pour elle, il n’est plus question que ses petites-filles subissent ce que nous avons vécu. Elle poursuit notre combat là-bas, pour faire changer les choses. Après ça, j’ai senti que pour « boucler la boucle », je devais parler de ce qui m’était arrivé avec celle qui m’avait excisée. Nous avons pris contact, on a beaucoup parlé. Ça m’a fait du bien et surtout, ça m’a permis de tourner la page. Aujourd’hui, ni mon exciseuse ni sa fille ne pratiquent l’infibulation. Elles ont compris que toutes les traditions ne sont pas forcément bonnes et que la religion musulmane n’impose pas cette pratique. Tout ça m’a permis de faire mon deuil : je ne suis plus en colère.

Que fais-tu aujourd’hui pour lutter contre les MGF ?

Aujourd’hui je travaille pour le GAMS. Je suis responsable du suivi des femmes qui viennent ici à la recherche de soutien, de réconfort et aussi de l’atelier « jeunes ». Ce sont souvent des demandeuses d’asile, qui ont fui leur pays par peur d’être mutilées. Elles sont orientées par des avocats, des médecins, ou simplement par le bouche-à-oreille.
Je les écoute, j’essaye de les sensibiliser. Je fais aussi des animations dans les écoles, où je parle des mutilations de façon simple, mais claire. On travaille à partir de films, de clips musicaux ou d’une bande dessinée. Parfois je suis face à un public peu réceptif, qui est mal à l’aise et qui rigole. Mais quand je leur raconte mon histoire, ils comprennent mieux. Parfois, il y a des jeunes filles qui ont été mutilées ou qui ont peur de l’être. Je prends alors beaucoup de temps pour discuter avec elles, c’est important.

Parler des MGF aux hommes, c’est important ?

Oui, c’est très important ! Mais c’est plus difficile. Les MGF, c’est souvent un sujet tabou. Pour de nombreuses femmes, si les hommes commencent à s’immiscer dans leurs affaires, elles ont l’impression d’être privées d’un droit. Il y a un animateur masculin au GAMS, c’est un symbole important. Mais souvent, lorsqu’il fait des interventions, les hommes refusent de lui serrer la main. Ils ne comprennent pas pourquoi il se mêle de ces « histoires de femmes ». Pourtant, si ces hommes comprenaient l’importance d’en parler et de s’y opposer, ils pourraient vraiment faire changer les choses. Ils pourraient dire à leurs femmes ou à leurs mères : « on ne touche pas à mes filles ! » et enclencher le changement. Aujourd’hui à Djibouti, il y a des imams qui se positionnent contre les MGF. C’est un bon début. Mais c’est toujours le même problème : même s’ils prennent position, ils en parlent très peu, car parler de sexualité est encore tabou. En Belgique, il y a aussi des imams qui prêchent pour l’excision et encouragent les parents à rendre leurs filles « pures », prêtes pour le mariage.
Le danger est proche ici aussi.

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