Le mariage forcé d’enfants : une violation des droits sexuels et reproductifs qui persiste !

Le mariage forcé, c’est quoi ?

Selon les normes internationales, un mariage forcé est une union où au moins une des deux personnes n’a pas donné son libre consentement. Il s’agit donc d’un mariage contracté sous la contrainte physique et morale (enlèvement, pression psychologique, violence physique etc.).

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Marja, 15 ans, ne va plus à l’école car sa mère a peur qu’elle soit kidnapée et mariée de force. © UNHCR / J. Tanner

Ce type de mariage touche particulièrement les enfants (surtout les filles) : les Nations unies ont reconnu que le mariage avant dix-huit ans constitue un préjudice pour l’enfant. Le mariage d’enfant est donc un mariage forcé car il n’a pas la maturité suffisante pour donner un "vrai" consentement. Selon le Comité des droits de l’enfant, le mariage d’ enfants et le mariage forcé sont des pratiques traditionnelles préjudiciables et des formes de discrimination liées au genre. C’est également une violation des droits sexuels et reproductifs de ces filles qui devraient pouvoir choisir leur partenaire librement sans craindre de discrimination, de mesure coercitive ou d’acte de violence.

Beaucoup de pays (comme la Belgique) ont fixé à 18 ans l’âge légal pour se marier. Cependant, on estime que dans le monde, tous les ans, 14 millions de filles de moins de dix-huit ans seraient mariées. Les garçons n’échappent pas à cette pratique, mais sont moins touchés que les filles.

Les raisons du mariage forcé

Ce sont souvent les familles qui décident de marier les filles très tôt. Différentes raison peuvent les y pousser :

La transmission :
Marier sa fille avec une personne issue de la même famille ou communauté permet de conserver le patrimoine et la lignée. Dans certains pays comme au Burkina Faso, la pratique veut qu’une veuve épouse un membre de la famille de son mari décédé pour préserver la lignée.

Les inégalités de genre :
Dans de nombreux pays, les filles ne sont pas les égales des garçons. Elles peuvent représenter un fardeau pour les familles, car elles sont considérées comme étant moins productives que les garçons. Les marier tôt évite donc à la famille de nombreuses dépenses.

La tradition :
Dans certains pays, on marie les filles de force, car cela a toujours été ainsi. Faire autrement, cela voudrait dire rompre avec sa communauté, ce qui n’est pas envisageable pour certaines familles.

La pauvreté :
Pour beaucoup de familles, marier une fille permet d’avoir une bouche en moins à nourrir. La dot est également à prendre en compte. Dans les pays comme le Soudan du Sud, où la famille de la mariée reçoit une dot (argent, terre, troupeau), le mariage représente un apport qui peut motiver les parents à marier leur fille. Dans les pays où la famille de la mariée donne la dot, une fille jeune et peu éduquée « coûte » moins cher qu’une femme.

La protection de l’honneur :
Les familles marient souvent leurs filles pour les protéger des relations sexuelles et grossesses hors mariage, qui ébranlent l’honneur de la famille et réduisent la dot que la famille recevra si elle marie une fille qui n’est plus vierge.

Rembourser une dette : certaines coutumes, notamment en Inde, permettent d’utiliser les jeunes filles comme monnaie d’échange. Une personne qui aurait contracté une dette et qui serait incapable de la rembourser s’engage parfois en nature et promet à son créancier l’enfant qui va naître si c’est une fille. Il arrive que le créancier l’épouse ou qu’il la cède à son fils.

Échapper à la justice : le mariage peut être un moyen d’échapper à des poursuites pour agression sexuelle, viol ou enlèvement. C’est le cas au Maroc où le Code pénal autorise un violeur à épouser sa victime afin d’éviter toute poursuite judiciaire. Cela permettra aussi à la jeune fille ayant subi les violences sexuelles et à sa famille d’éviter d’être déshonorée.

Quelles conséquences ?

Insécurité : Plus les filles mariées sont jeunes, plus elles risquent de subir des violences au sein de leur nouvelle famille. Elles sont forcées d’avoir des rapports sexuels avec leur mari, alors qu’elles ne sont pas prêtes physiquement ni mentalement. Elles ont peu de moyens de résister car elle manquent d’autonomie, de ressources et de soutien social. Celles qui ont tenté de s’enfuir et de rentrer chez elles témoignent être en insécurité chez leurs parents, qui n’acceptent souvent pas leur retour et peuvent faire preuve de violence pour les forcer à retourner chez leur mari.

« Il se comportait mal avec moi, et je n’avais aucune idée de ce qu’était le mariage. Je courais d’une pièce à l’autre pour lui échapper, mais il finissait toujours par m’attraper, me battre, puis me faire ce qu’il voulait. À chaque fois que je voulais jouer dans la cour, il me battait et me demandait d’aller dans la chambre avec lui. Je pleurais beaucoup, mais personne ne m’écoutait. Un jour, je me suis enfuie et je suis allée au tribunal pour leur parler. » Nojoud, mariée de force à 8 ans, Yémen.

Manque d’éducation : la plupart des filles qui se marient ne retournent pas à l’école. Elles doivent s’occuper de leurs enfants et participer aux tâches ménagères. Beaucoup n’ont pas les moyens de se rendre à l’école et l’éducation est souvent considérée par les familles comme étant un gaspillage de temps et d’argent. Sans éducation, les jeunes filles dépendent financièrement de leur mari. Elles peuvent rapidement se retrouver dans des situations très difficiles, sans ressource, en cas de divorce par exemple.

« Je voudrais retourner à l’école, même si j’ai un enfant. Les gens pensent que je suis heureuse, mais je ne le suis pas, car je n’ai pas d’éducation. Je n’ai rien qui m’appartient, et tout ce que je fais, c’est nettoyer des bureaux. Si j’étais allée à l’école secondaire, j’aurais eu un bon emploi. » Anyier D., dix-huit ans, mariée de force à l’âge de quatorze ans à un homme qu’elle ne connaissait pas, Soudan du Sud (HRW, 2013).

Menace sur sa santé physique : plus les mariées sont jeunes, plus elles risquent de mourir ou de souffrir suite à une grossesse. En effet, le corps d’une fille n’est pas prêt à recevoir un enfant, et l’accouchement peut provoquer de nombreuses complications. Une fille de quinze ans a cinq fois plus de probabilités de mourir en couche qu’une femme de vingt ans (Unicef, 2009).

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Ramatoulaye a eu son premier bébé à 12 ans. Elle a accouché chez elle, sans la surveillance d’un personnel médical formé. © Anna Kari, Burkina Faso

Menace sur sa santé mentale : le mariage forcé prive les jeunes filles de leur enfance et de leur adolescence, alors qu’elles ont besoin de ce temps pour grandir, se construire. Le traumatisme de quitter leur famille pour un univers inconnu peut les perturber. De plus, le fait de ne pas avoir eu le droit choisir leur partenaire implique des sentiments de trahison, d’humiliation et de perte de confiance en soi. Beaucoup de jeunes filles sombrent dans la dépression, certaines allant même jusqu’au suicide.

Le danger existe aussi en Europe !

Tous les ans, de nombreuses jeunes filles, mais aussi des garçons, sont victimes de mariages forcés en Europe, bien que la loi les interdise. Si le phénomène est difficile à recenser car le sujet est tabou, toutes les associations constatent une hausse des mariages forcés dans toutes les communautés où ils sont pratiqués. Pour le Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles (GAMS), cette augmentation s’explique d’abord par des raisons démographiques, mais aussi administratives : les jeunes filles nées de la politique de regroupement familial au début des années 1980 arrivent aujourd’hui à l’âge du mariage. C’est souvent lors de "vacances" dans leur pays d’origine qu’elles sont forcées de se marier. Pour les époux venus de l’étranger, c’est aussi une stratégie d’obtention de papiers.

« Je suis née en Belgique. Le jour de mes 16 ans, mon père m’a offert un billet pour aller passer mes vacances au pays. J’étais folle de joie, rien ne m’a fait comprendre que quelque chose se préparait derrière mon dos. Quand je suis arrivée, un de mes oncles m’a accueillie à l’aéroport. Il a demandé mes papiers, j’étais tellement heureuse d’être sur place que sans me méfier, je lui ai donné.
Quand je suis arrivée dans ma famille, mon père m’a annoncé que je devais me marier avec quelqu’un que la famille avait déjà choisi depuis très longtemps pour moi. De 30 ans plus âgé que moi ! J’étais choquée, anéantie, j’ai essayé de discuter avec ma famille, mais eux ne voulaient rien entendre !J’ai refusé et me suis forcée à trouver une solution, mais que faire sans papiers ? J’étais séquestrée à la maison, tout le monde me surveillait. Je me suis confiée à une de mes tantes, qui elle aussi a été mariée de force à un vieux. Elle m’a confié qu’elle n’a jamais été heureuse et a promis de m’aider à m’enfuir. Je me suis échappée avec son aide de la maison et j’ai réussi à joindre le Consulat. J’ai pu prendre contact avec l’assistante sociale d’une association de femmes à Bruxelles. J’ai pu avoir des nouveaux papiers et un billet de retour pour la Belgique.
 » Sarah, 18 ans, forcée de se marier à seize ans (extrait du site www.monmariagemappartient.be, initiative du Réseau mariage et migration qui conseille et assiste les jeunes filles menacées de mariage forcé).

Petit lexique :

Droits sexuels et reproductifs : c’est le droit de décider librement si, quand et avec on désire avoir des rapports sexuels, avoir des enfants ou se marier sans craindre de discrimination, de pressions ou d’actes de violence.

Dot : Échange de biens, cadeaux qui accompagnent le mariage dans certaines cultures. C’est parfois un moyen de paiement aux parents des futurs époux.

Plus de lecture sur le mariage forcé :

"Moi Nojoud, 10 ans, divorcée" , de Nojoud Ali et Delphine Minoui, Éd. Michel Lafon, 2009. L’histoire vraie d’une jeune yéménite mariée de force à 8 ans et son combat pour obtenir le divorce.

Plus d’articles sur les droits sexuels et reproductifs :

Le cas de l’avortement

La politique de l’enfant unique en Chine

La nouvelle campagne "Mon corps, mes droits" d’Amnesty International Belgique Francophone

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