CHINE : enfant unique et violations des droits reproductifs en Chine

Un contrôle étroit des naissances

Avec plus d’ 1,3 milliards d’habitants, la Chine est le pays le plus peuplé au monde. Depuis 1979, afin d’éviter une surpopulation, le gouvernement applique un contrôle stricte des naissances, principalement sur les chinois Hans (l’ethnie majoritaire). Si cette politique varie beaucoup d’une région à l’autre du pays, la plupart des familles sont limitées à un seul enfant.

Pour chaque région, il existe un quota (un nombre d’enfants maximum) ; une fois celui-ci dépassé, diverses sanctions peuvent être imposées aux familles comme de lourdes amendes, des sanctions au travail, la perte d’avantages liés aux transports, aux crèches, à l’emploi, aux allocations de logement ou de santé, l’avortement forcé ou la stérilisation.

Les autorités surveillent étroitement les femmes afin de détecter toute violation ou protestation contre la loi : elles font subir aux femmes quatre examens médicaux par année. Le respect des quotas est souvent récompensé par des primes, des possibilités d’avancement professionnel et des allocations supérieures de santé ou d’éducation. Un grand nombre « d’enfants noirs », nés hors quotas sont aujourd’hui cachés par les familles par peur de représailles et sont ainsi privés d’éducation et de soins gratuits. Ces enfants qui n’auraient pas dû naître seraient aujourd’hui environ 200 millions.

Afin de limiter le nombre d’enfants, le gouvernement n’hésite pas à retarder l’âge du mariage et donc de la procréation : dans certaines régions, les hommes n’ont pas le droit de se marier avant 25 ans et les femmes avant 23 ans. Si le couple remplit toutes les conditions pour avoir un enfant, il doit obligatoirement demander un « certificat de planification familiale ». Toute grossesse ou naissance au sein d’un couple qui n’a pas ce certificat n’est pas acceptée par les autorités.

De grandes inégalités

Toutes les catégories de population n’ont pas le droit aux même opportunités en termes de reproduction : en effet, si dans les villes le nombre d’enfants est limité à un, certaines familles peuvent en avoir deux à la campagne. Les minorités ethniques (comme les Ouïgours ou les Tibétains) ont généralement le droit à deux voire trois ou quatre enfants s’ils vivent dans des zones frontalières. De plus, les plus riches peuvent aujourd’hui contourner la politique en payant de très lourdes amendes (parfois l’équivalent de trois fois le salaire d’un foyer en un an) : c’est le cas de Zhang Yimou, célèbre réalisateur chinois qui aurait eu sept enfants !

Déséquilibre démographique et risque de trafic

Dû à une large préférence pour les garçons, gardiens de la lignée et donc de l’héritage, de nombreuses femmes abandonnent leurs filles ou ont recours à des avortements sélectifs malgré l’interdiction de donner le sexe du bébé lors d’une échographie depuis 1995. Cette politique de l’enfant unique contribue à creuser un déséquilibre démographique entre les hommes et les femmes : depuis 1980, il serait né 38 millions de garçons de plus que de filles. En d’autres termes, un chinois sur six ne trouvera pas à se marier et 111 millions d’hommes resteront sans descendance. Dans certaines régions, il arrive qu’on enlève des femmes pour les vendre comme des épouses. Des milliers de jeunes garçons disparaissent également chaque année pour être revendus à des familles à la recherche d’un héritier.

Le cas de Mao Hengfeng, détenue et torturée pour avoir défendu les droits reproductifs

Mao Hengfeng sur la place de Tian'anmen en février 2010
Mao est une activiste des droits humains qui combat la politique de l’enfant unique depuis 1988. Alors qu’elle attend un troisième enfant, elle est licenciée et enfermée de force dans un hôpital psychiatrique où on lui injecte de nombreuses substances qui provoquent des séquelle chez son bébé. Entre 2004 et 2009, elle milite contre les avortements et les stérilisations forcés. Les autorités réagissent brutalement en l’emprisonnant à six reprises. Condamnée à la rééducation par le travail puis à différentes peines de prison, elle est torturée à plusieurs reprises : frappée, agressée sexuellement, privée de sommeil, coupée de ses proches, elle persévère et continue à soutenir les défenseurs des droits humains et les femmes qui ont subi les mêmes violences qu’elles.

En 2010, elle est à nouveau détenue pour avoir manifesté son soutien à Liu Xiaobo (un autre activiste des droits fondamentaux chinois emprisonné depuis 2008). Aujourd’hui, elle a pu regagner son domicile pour finir de purger sa peine de rééducation par le travail.

A toi d’agir : exige la justice pour Mao Hengfeng et signe la pétition !

Plus d’informations sur la politique de l’enfant unique en Chine

Petit lexique :

Droits reproductifs : c’est le droit pour chaque femme de décider librement du moment où elle souhaite fonder une famille, du nombre d’enfants qu’elle veut et de l’espacement entre chaque naissance.

Plus d’informations sur les droits sexuels et reproductifs, la dernière campagne d’Amnesty

Avortement sélectif:c’est une méthode de sélection sexuelle pratiquée dans les pays où le sexe de l’enfant est un enjeu économique important. À l’aide de technologies comme l’échographie, les femmes interrompent volontairement leur grossesse si le fœtus n’est pas du sexe recherché.

Stérilisation : c’est une méthode de contraception de long terme. Chez la femme, elle peut être réalisée par des moyens chimiques ou chirurgicaux. Elle est souvent imposée à certaines catégories défavorisées dans le cadre de contrôle démographique, parfois à leur insu.

Rééducation par le travail : c’est lorsqu’un individu est enfermé dans un camp où il est forcé de travailler. C’est l’équivalent du "goulag" soviétique. En Chine, plus de 250 000 personnes sont détenues dans ces camps sans avoir jamais pu consulter d’avocat, sans jamais avoir été jugées et sans aucune forme de contrôle judiciaire.

Plus d’information sur les camps de travail

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