Donner la vie doit rester un cadeau et non un fardeau ! Stop aux ravages de la mortalité maternelle au Burkina Faso

Est-ce que tu as déjà pensé au fait que lors de cet événement réjouissant qu’est la naissance d’un enfant, il arrive que celui-ci se transforme en quelque chose d’effroyable causé par la mort de la mère et parfois même de l’enfant qu’elle porte en elle ?

Tout comme nous, tu as certainement du mal à concevoir la chose surtout qu’à notre époque, les progrès dans la médecine ont tellement évolué, qu’on peine à croire que cela peut encore être possible. Et pourtant…

La mortalité maternelle au Burkina Faso

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un père qui a perdu sa femme lors de son accouchement. Anna Kari

Au Burkina Faso, chaque année, ce sont près de 2000 femmes qui perdent la vie pendant leur grossesse ou leur accouchement parce qu’elles sont privées des soins médicaux qui leur sont nécessaires pour pouvoir survivre. Ce qui est certain, c’est que la pauvreté dont elles sont les victimes y est pour beaucoup mais qu’elle n’est pas la seule en cause dans ce problème sanitaire urgent. C’est bien des femmes qu’il s’agit mais de certaines en particulier, alors qui sont-elles vraiment ? Ce sont celles qui proviennent de milieux ruraux défavorisés, qui sont pauvres et qui sont très peu instruites et donc bien celles qui ont une fois n’est pas coutume, le plus de difficultés à s’en sortir.

Pour te donner une idée de ce que ces femmes sont amenées à vivre, voici un exemple frappant qui démontre bien l’injustice dont elles sont les victimes. Une femme qui vit dans une région fort éloignée d’un centre de soins doit pouvoir s’y rendre et vite. Tu te doutes bien qu’il lui faut trouver un moyen de transport mais si elle le trouve cela ne veut pas forcément dire qu’elle peut y monte dedans ! Hé oui, ce n’est pas gratuit, elle va donc devoir payer le chauffeur mais sans argent, pas de moyen de locomotion ! Comment faire alors ? C’est là que démarre pour elle la course contre la montre dans laquelle elle doit arriver à rassembler la somme d’argent que le chauffeur exige d’elle. Malheureusement, si elle y parvient, il est souvent trop tard et elle risque alors sa vie et celle de son enfant. Qu’est ce qu’on peut retenir de cela ? C’est que le droit de vie et de santé de la femme n’est une fois de plus pas respecté !

Le Burkina Faso en quelques mots

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Carte du Burkina Faso. Université du Texas.

Un petit arrêt sur le pays s’impose pour mieux saisir la complexité du problème et te donner quelques clés de compréhension supplémentaires. Il faut savoir que le Burkina Faso qui se situe en Afrique de l’Ouest, est l’un des pays en voie de développement les plus pauvre au monde. C’est ainsi que la majeure partie de la population vit sous le seuil de pauvreté et dans des conditions très précaires. Contrairement à certains de ses voisins, le Burkina Faso ne dispose pas de ressources naturelles riches et abondantes ce qui l’empêche de s’enrichir suffisamment via l’agriculture et le commerce de celle-ci. Pour couronner le tout, le haut taux de chômage ne fait qu’aggraver la mauvaise situation économique du pays et plonge toujours davantage la population dans une extrême pauvreté.

Quelles sont les causes principales de la mortalité maternelle ?

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le couloir de la maternité de l’hôpital Yalgado, Ouagadougou, Burkina Faso. Anna Kari

Sans rentrer dans les détails mais pour te donner un aperçu général de la discrimination dont les femmes souffrent au quotidien, tu dois savoir que la santé et la sexualité des femmes au Burkina Faso sont loin d’être respectées. Quand on parle de discrimination, cela veut dire que tous les droits dont chaque individu dispose légalement ne sont pas respectés et que du coup, tout le monde n’a pas droit au même traitement. Tu t’en doutes, cela est injuste et ce qui n’est pas juste c’est bien de la discrimination.

S’il y a bel et bien de la discrimination à l’encontre des femmes c’est premièrement, parce que le manque d’argent empêche celles-ci de se faire soigner correctement et dans les temps. Comme on te l’a expliqué plus haut, certaines femmes vivent à 50 Km voir plus des centres de santé et il est très difficile pour elles de s’y rendre et quand elles n’ont pas assez d’argent et bien au lieu de le dépenser pour elles pour se faire soigner, elles préfèrent l’utiliser pour les besoins de leur famille. Deuxièmement, parce que ce manque s’étale alors aux traitements médicaux, aux infrastructures des systèmes de santé et à la qualité des soins prodigués par le personnel soignant qui est généralement trop peu nombreux et n’a pas reçu de formation médicale adéquate. Qui plus est, il y a certaines pratiques traditionnelles et culturelles qui sont très importantes pour ces femmes. Par exemple et pour ne citer que cela, il existe des positions d’accouchement qui sont ancrées dans leurs rites et leurs coutumes depuis des siècles déjà et qui ne sont pas prises en compte par le personnel soignant. Cela a pour effet que les femmes préfèrent accoucher seules parce qu’elles ont le sentiment de ne pas être comprises et respectées et cela ne fait bien évidemment qu’aggraver les risques liés à l’accouchement.

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Korotoumou avec son enfant. Elle devait avoir des jumeaux, mais l’un des deux est mort. Elle a cinq autres enfants, qui ont de quatre à quatorze ans. Hôpital régional de Ouahigouya (c) Anna Kari

Pour que cela te parle davantage, nous t’invitons à lire le témoignage qui suit et qui te permettra de comprendre encore mieux la difficulté dans laquelle ces femmes sont plongées. Ali le mari de Mariam vivait avec elle à Ouagadougou en Afrique. Ce jeune couple avait perdu un enfant de six ou sept mois dans le passé et attendait des jumeaux, bonne nouvelle n’est-ce pas ? Hé bien pas tant que ça figurez-vous. Une semaine après l’accouchement, la jeune femme a commencé à avoir des étourdissements et de violents maux de tête. Ali l’a alors conduit à l’hôpital, Miriam va t’elle pouvoir être soignée ? Lisez plutôt la suite…. Voilà ce que nous a raconté Ali : « Miriam gémissait et tremblait énormément. Plusieurs membres du personnel médical m’ont dit qu’il fallait que je paye pour différents produits, je ne savais d’ailleurs pas lesquels mais je l’ai fait ».

Le jour suivant, Miriam s’est de nouveau sentie très faible et un retour à l’hôpital a été nécessaire et avec ça l’achat d’autres produits médicaux. « Après deux heures d’attente, je suis allé demander pourquoi ma femme n’avait toujours pas reçu de traitement. On m’a répondu qu’il y avait des gens plus gravement malades qu’elle. J’ai continué à attendre jusqu’au moment où je leur ai demandé pourquoi ils ne s’occupaient toujours pas d’elle et voilà ce qu’ils m’ont répondu : c’est vous qui devez d’abord vous occuper de votre femme. J’ai alors compris que je devais de nouveau payer quelque chose en plus pour qu’on s’occupe correctement d’elle. J’ai donné environ 5000 francs CFA (plus ou moins 7,50 euros) et on l’a enfin pris en charge mais il était déjà trop tard… » La morale de cette histoire, c’est qu’au Burkina Faso, l’hôpital c’est comme une chambre de commerce. Si vous êtes pauvre, on vous oublie mais si vous avez de l’argent, alors on vous soigne.

Est-ce que tu aimerais devoir te marier très jeune à un homme que tu ne connais pas plus que ça, devoir avoir de nombreux enfants avec lui mais en contrepartie ne pas pouvoir dire ce que tu souhaites réellement au fond de toi ? Est-ce que tu aimerais devoir à subir des pratiques dangereuses comme les mutilations génitales parce que soi-disant c’est ainsi depuis toujours et que tout le monde le fait ? Je pense que la réponse est évidente, NON ! Encore une fois, au Burkina Faso, les filles n’ont pas le privilège de pouvoir utiliser comme bon leur semble des moyens de contraception, elles ne peuvent pas recourir à l’avortement aussi facilement que chez nous même si l’enfant est le résultat d’un viol ou d’un inceste. Ces jeunes mamans subissent en plus des humiliations et des violences de la part des hommes et le sentiment de honte et de peur qu’elles ressentent les empêchent trop souvent de se défendre et de protester contre cela. C’est pourquoi, nous te demandons de devenir la voix de toutes ces femmes sans voix qui ne peuvent pas s’exprimer librement afin de faire en sorte que les droits sexuels et reproductifs des femmes deviennent enfin une priorité et une réalité à l’ordre du jour.

Rends toi dès à présent dans l’onglet Citoyens du monde, élevons la voix ! Nous t’invitons à y regarder la vidéo sur l’excision et les pressions sociales qui en découlent au Burkina Faso.

Les mesures déjà prises par le gouvernement du Burkina Faso

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Patricia, 29 ans (en vert) et Mariam, 48 ans (en mauve) avec le bébé de Patricia. Anna Kari

Le gouvernement du Burkina Faso a dans ses projets, prévu quelques dispositions pour améliorer le sort de toutes ces femmes mais les choses ne bougent pas concrètement et c’est pour ça qu’Amnesty espère ton soutien pour que la situation évolue enfin. Ce que le gouvernement a mis en place, c’est une subvention à 80 % des soins de santé maternelle et la gratuité de ceux-ci pour les femmes les plus pauvres. Ensuite, c’est par l’ouverture de nombreux centres de soins de santé et en faisant appel à du personnel médical qualifié que le gouvernement tente tant bien que mal d’améliorer le sort de toutes les femmes. Mais attention de ne pas oublier que malgré ces quelques améliorations qu’on a plus entendu que vu réellement, le système de santé au Burkina Faso présente encore trop de carences dans son fonctionnement et ses infrastructures. La liste qui suit reprend l’ensemble des problèmes que l’on retrouve dans ces systèmes de santé : les hôpitaux n’ont pas le matériel adéquat qu’il soit médical ou de base pour accueillir les femmes, il existe un réel manque de médicaments et de personnels soignants formés, les réserves de sang en cas d’hémorragie par exemple sont insuffisantes et enfin, il y a trop peu de gynécologues qualifiés.

Comment améliorer la situation actuelle ?

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Ramatoulaye et son enfant près du fleuve Nakambe. Anna Kari.

A chaque problème, il existe des solutions mais faut-il encore prendre la peine d’y réfléchir sérieusement et surtout de les appliquer ! Qu’en est-il dans ce cas-ci ?

Il y a plusieurs choses fondamentales dont les femmes ont besoin et qu’il est possible de leur donner. Avant tout, il faut que les soins de santé soient gratuits et de qualité ce qui sous-entend que les personnes qui vont leur administrer ces soins soient compétentes et qualifiées pour le faire. Ensuite, les femmes doivent pouvoir avoir facilement et librement accès à toutes les informations qui concernent leur santé et leur sexualité. Cet accès simple concerne aussi le fait qu’elles doivent pouvoir se rendre dans des soins de santé rapidement en cas de complication et c’est pour ça qu’il faut qu’elles puissent bénéficier de moyens de transport qui soient gratuits et accessibles. Pour terminer, c’est en redonnant aux femmes la place qu’elles méritent dans la société et en respectant leurs désirs et leurs choix, que la tendance actuelle pourra s’inverser.

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Une sage-femme examine une jeune femme de dix-sept ans qui attend son premier enfant et dont le travail commence. Lankoué, Burkina Faso (c) Anna Kari

Et Amnesty dans tout cela ?

 Amnesty veut dépénaliser l’avortement parce que c’est un droit dont toute femme doit pouvoir jouir et qui peut empêcher que leur santé soit mise en danger par un avortement mal pratiqué par des charlatans ou par elles-mêmes. Qui plus est, quand elles ne peuvent pas avorter, elles tombent souvent dans la dépression et arrivent même jusqu’au suicide pour certaines.
 Pour éviter d’en arriver à un tel acte, Amnesty défend l’importance de programmes de planification familiale et la nécessité pour ces femmes de disposer de moyens de contraception efficaces et peu coûteux. Ces programmes de planification familiale jouent un rôle majeur ici parce que c’est via ceux-ci que les femmes pourront bénéficier des informations nécessaires pour éviter des grossesses non désirées et donc, dans certains cas aussi, des pratiques d’avortement dangereuses, en prenant connaissance des moyens contraceptifs qui existent et la façon de les utiliser.

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Safiata Kindo, 25 ans avec sa petite fille Alimata (4 mois). Elle a accouché sur le bord de la rivière parce que le canot qui devait la faire traverser n’était pas là. Rivière Nakambe près de Wonko, Burkina Faso. Anna Kari

 Il faut aussi à tout prix qu’elles aient la possibilité d’accéder facilement, rapidement et de manière gratuite aux soins de santé de base qui peuvent assurer leur survie et celle de leur enfant.
 Cela étant dit, il faut aussi que les femmes aient leur mot à dire dans tout cela et ce n’est pas parce que leur santé peut être épargnée, qu’il faut qu’elles fassent plus d’enfants pour autant.

Pourquoi dit-on cela ? Hé bien parce qu’au Sierra Leone par exemple, les hommes pensent que si la santé de leur épouse n’est plus mise en danger, alors au lieu d’avoir 7 enfants, ils en veulent 9. Mais est-ce bien ce que leur femme veut réellement ? On en n’est pas si sûr et c’est pour ça aussi qu’elles doivent avoir droit à la parole et qu’il faut qu’on les écoute parallèlement. Comme tu le vois, ce sont là des revendications importantes mais qui sont réellement nécessaires si on veut en arriver à ce que le droit à la santé, à l’égalité, à la non discrimination et à la vie des femmes soit enfin respecté à long terme.

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