Les « Maras » : les gangs de jeunes d’Amérique Centrale

Qu’est ce qu’une Mara ?

De façon générale, le terme Mara désigne les gangs armés extrêmement violents qui se sont implantés au Salvador, au Guatemala, au Honduras et de façon moins importante au Nicaragua. Ces gangs sont constitués en majorité de jeunes issus de quartiers défavorisés. Une Mara est composée d’une centaine de Clicas, chacune possédant son territoire (souvent un quartier). On estime leur nombre autour de 100 000 dans toute l’Amérique centrale. Le Salvador est le pays qui en compte le plus : il y en aurait près de 45 000.

Le « marero » est un membre de la Mara : les jeunes qui rentrent dans ces gangs ont entre 10 et 14 ans et leur espérance de vie dépasse rarement 30 ans. Les 2 gangs les plus grands et les plus violents sont la Mara Salvatrucha 13 (MS13) et la Mara 18 (M18).

D’où viennent les « mareros » ?

Tout commence à la fin des années 1970, lorsque les conflits armés s’intensifient en Amérique centrale. Beaucoup de personnes trouvent alors refuge aux Etats-Unis, surtout en Californie. Ils trouvent rarement du travail car ils ne parlent pas anglais et se font attaquer par des gangs afro-américains, porto-ricains ou mexicains. Pour se défendre, ils se regroupent en imitant le fonctionnement des gangs qui les attaquent. C’est ainsi que naissent les premières Maras à Los Angeles.

Lorsque les pays d’Amérique centrale mettent fin aux conflits armés dans les années 1990, les Etats-Unis expulsent la plupart des jeunes mareros. Leur retour est difficile car ils n’ont plus la culture de leur pays d’origine. Face à la faiblesse des autorités, à la pauvreté et au chômage, ils reproduisent les comportements qui leur avaient permis de se forger une identité et un sentiment de sécurité aux Etats-Unis. Les Maras se développent alors à toute allure et leur réseau s’étend dans toute l’Amérique centrale.

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Affiche du documentaire "La vida loca" de Christian Poveda

Un mode de vie criminel mais avant tout une identité

Ces gangs s’enrichissent à travers toutes sortes de trafic : armes, drogues, prostitution, kidnappings, cambriolage et racket. Pour la plupart des jeunes défavorisés, les « maras » sont un véritable ascenseur social : beaucoup d’entre eux y trouvent du prestige et une solidarité qu’ils n’ont pas au sein de leur famille. Même les filles y trouvent leur place : elles représenteraient environ 20% des effectifs.

Une des caractéristiques des Maras est de porter des tatouages sur tout le corps, comme signe d’appartenance à un clan, mais aussi comme signe de courage. Jusqu’à la fin des années 2000, beaucoup se tatouaient même sur le visage : ils étaient donc très reconnaissables. Certains allaient jusqu’à se tatouer des larmes noires au coin des yeux pour symboliser le nombre de personnes qu’ils ont tuées.

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Pour pouvoir rentrer dans la Mara il faut subir un "rite d’initiation" : pour les hommes, il s’agit le plus souvent d’un passage à tabac (se faire rouer de coups) ou de tuer quelqu’un au hasard dans la rue. En ce qui concerne les filles, elles peuvent être passées à tabac ou forcées à tuer aussi, mais sont également forcées d’avoir des relations sexuelles avec plusieurs membres du gang. Pour elles, entrer dans une Mara signifie souvent devenir des esclaves sexuelles et tomber enceintes très tôt. Ces rites d’initiation commencent dans la plupart des cas entre 9 et 12 ans.

Il est très difficile de sortir d’une Mara. De nombreux jeunes qui ont voulu changer de vie ont été rattrapés et tués : « sortir de la Mara, c’est la trahir, et la Mara tue les traîtres » dit Christian Poveda, réalisateur d’un documentaire sur les Maras. Si certains s’en sortent, il est impossible d’effacer toute trace de leur passé : ils continuent à payer un impôt à la Mara et conservent leurs tatouages, ce qui rend très difficile de trouver un travail. De nombreux ex-mareros cherchent aujourd’hui à effacer leurs tatouages pour passer inaperçus.

Une politique de répression discriminatoire et inefficace

Les pays d’Amérique centrale se retrouvent donc confrontés à un problème d’augmentation de la violence. Plusieurs pays mettent alors en place des politiques très répressives : au Honduras, on lance le « Plan Liberté bleue » en 2002 et au Salvador, on lance la politique de la "Mano dura" (la main dure) en 2003. Ces politiques prévoient des lois spéciales « antimaras » : un simple soupçon devient suffisant pour arrêter quelqu’un. La police vise essentiellement les mineurs, qui pendant quelque temps sont jugés comme des adultes par les tribunaux. En 2003, Amnesty lance un appel au président du Salvador pour changer ces lois qui légalisent la discrimination envers les jeunes délinquants et violent la liberté individuelle.

L’objectif de réduire la violence n’a donc pas été atteint. Au contraire, la violence a augmenté : les Maras deviennent plus organisées et discrètes et se vengent sur la population. Les autorités n’ont pas su centrer leur action sur les problèmes économiques, sociaux et éducatifs dans les quartier défavorisés à l’origine de la formation des gangs.

En parallèle, on a constaté dans ces pays la création de brigades civiles, appelées "escadrons de la mort" dont le but est de faire justice elles-mêmes et ainsi faire disparaître le plus grand nombre possible de mareros. On parle de "nettoyage social" qui plonge les populations dans une spirale de violence et de paranoïa.

Les mareros, des enfants-soldats aussi ?

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On se demande aujourd’hui si les mareros ne seraient pas une forme d’enfants-soldats des villes. En effet, les jeunes deviennent des cibles parfaites pour le recrutement par les Maras : elles exploitent la misère et recrutent des jeunes à la recherche d’une position sociale et d’affection. Cette situation ressemble fort aux recrutements d’enfants-soldats dans d’autres pays ! Après tout, selon la définition de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), un enfant-soldat est toute personne de moins de 18 ans recrutée par un groupe armé.

La frontière entre un gang et un groupe armé, un criminel et un soldat est donc très floue et elle dépend beaucoup des intérêts politiques. De plus, le phénomène des Maras est assez mal compris et est associé à beaucoup de stéréotypes car peu d’informations et de statistiques fiables sont disponibles à leur sujet.

Un espoir ?

En mars 2012, une trêve entre les autorités et les deux principales Maras (Mara Salvatrucha et Mara 18) est négociée au Salvador : en échange d’une suspension des homicides, les chefs des Maras emprisonnés ont obtenu un transfert vers des prisons plus confortables. Les résultats semblent montrer une réduction de la violence dans le pays, mais pourtant rien n’est gagné : la trêve n’est pas acceptée par tous les gangs ni partout dans le pays.

Plus d’informations sur les Maras :

Attention, certaines de ces vidéos contiennent des images qui peuvent choquer. N’hésite pas à les regarder avec un adulte.

Le documentaire "La vida loca" de Christian Poveda

Le film "Sin Nombre" de Cary Fukunaga

Le documentaire d’Arte "Alma, une enfant de la violence"

L’article de Rue89" Les Maras, ces gangs armés qui piègent une jeunesse sans espoir"

L’article de Courrier International "Au pays des Maras"

Plus d’informations sur la situation en Amérique Latine :

Les enfants-soldats de Colombie

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