Une rencontre marquante avec Deniz Gümüşel et Ece Milli

Le lundi 28 septembre 2026, des élèves du secondaire ont eu la chance de rencontrer Deniz Gümüşel, activiste pour la justice climatique en Turquie, et Ece Milli, responsable des campagnes à la section turque d’Amnesty International. Lors de trois rencontres organisées l’une après l’autre, dans des établissements scolaires de Bruxelles, à l’Institut des Soeurs de Notre-Dame, au Collège Saint-Michel et à l’Athénée Adolphe Max, Deniz a partagé son histoire, Ece a évoqué la situation des droits humains en Turquie et elles ont répondu aux différentes questions des élèves.

L’engagement de Deniz pour la justice climatique

Deniz Gümüşel est ingénieure environnementale de formation. Elle est aujourd’hui particulièrement connue en Turquie comme activiste ayant lutté pendant de nombreuses années pour la justice climatique.

La Turquie est un pays largement dépendant du charbon. À l’ouest du pays, près du village d’Ikizkõy, dont Deniz est originaire, une mine de charbon cherche à s’étendre, menaçant la forêt d’Akbelen voisine. Pendant deux ans, des membres du village (dont Deniz), notamment des femmes de 60 à 70 ans, se sont mobilisé·e·s pour défendre cette forêt, en organisant des tournantes de vigiles pour la protéger ou en bloquant les routes pour empêcher les bulldozers de passer et de couper les arbres.

« It’s just like war »

Et le rôle de Deniz dans tout ça ? Elle a évidemment participé aux différentes actions directes. Mais son combat pour sauver la forêt ne s’arrête pas là. Deniz mène des actions légales et tente de convaincre les autorités de ne pas étendre la mine qui, au-delà des innombrables dommages qu’elle cause pour le climat, représente un danger pour la santé des personnes qui habitent dans ses alentours. En l’espace de 40 ans, plus de 60 000 personnes ont perdu la vie à la suite de contacts avec de l’air et de l’eau pollué. « C’est comme une guerre » dit-elle.

La forêt d’Akbelen n’est pas qu’une forêt pour les villageois·e·s. Les gens vivent avec et grâce à elle. Les oliviers ne leur permettent pas seulement de gagner de l’argent et de survivre mais représentent une culture, une manière de vivre. S’attaquer à cette forêt, c’est s’attaquer aux villageois·e·s.

« They take orders from me, not against me »

Durant les rencontres, la volonté et la détermination de Deniz étaient palpables. Elle n’a pas peur de se battre pour atteindre ses objectifs et défendre ce en quoi elle croit. « C’est nous, le peuple, qui leur donnons le pouvoir. Ils obéissent à mes ordres et pas l’inverse. C’est ça qui me donne de la force. C’est ça la démocratie et j’y crois encore, même si cela est étonnant. »

En racontant son combat, elle évoque les violences policières auxquelles elle et d’autres manifestant·e·s ont été confrontées lors d’un sit-in. Lors de cette protestation pacifique qui rassemblait environ 2000 militant·e·s, plus de 5000 policiers ont débarqué et ont fait un usage excessif de la force (en utilisant des canons à eau et du gaz lacrymogène, notamment). Elle a été tirée au sol par l’un d’entre eux, ce qui lui a valu un grand bleu sur le bras, qu’elle considère comme une fierté aujourd’hui. Elle a ensuite passé un jour en prison. « L’action n’était pas violente, la police l’a rendue violente. » dit-elle.

Aujourd’hui, Deniz risque 5 mois d’emprisonnement pour avoir participé à une manifestation pacifique. Toutefois, elle reste confiante, déterminée et ne s’inquiète pas pour son cas.

Un espace civique menacé en Turquie

Ece Milli, responsable des campagnes chez Amnesty International Turquie, a expliqué aux élèves l’importance de la protection de l’espace civique pour garantir le respect du droit de protester, de la liberté d’association et de la liberté d’expression. Ce qu’on appelle « espace civique » fait référence à l’environnement dans lequel des individus et la société civile peuvent accéder à de l’information, débattre, exprimer leurs opinions, se rassembler et influencer les décisions politiques qui, le plus souvent, les concernent directement.

En Turquie, l’accès à l’espace civique est de plus en plus restreint pour un nombre croissant d’activistes et d’associations qui cherchent simplement à revendiquer pacifiquement le respect de droits fondamentaux : le droit à un environnement sain mais aussi d’autres droits comme les droits des femmes et les droits des personnes LGBTI+. Entre le 12 et le 14 septembre 2026, une action de police coordonnée a visé sept associations de défense des droits des personnes LGBTQIA+, deux associations de soutien aux personnes vivant avec le VIH, ainsi que des bars et des boîtes de nuit dans plusieurs grandes villes turques. Au total, 112 personnes ont été arrêtées. Comme Ece le dit si clairement : « Pour certains, comme des associations féministes ou des syndicats, on se demande comment ils vont pouvoir se rassembler. Pour d’autres, comme les associations LGBTQIA+, on se demande si elles vont pouvoir se rassembler tout court. »

Des paroles essentielles à l’approche de la COP31

Alors que la COP31 approche, Deniz appelle à la mobilisation pour la justice climatique, où qu’on se trouve et quels que soient nos moyens disponibles.
La COP, la Convention of the Parties, rassemble tous les pays qui ont signé la convention des Nations unies relative à la protection de l’environnement. Pour sa 31ème édition, elle a lieu à Antalya, en Turquie. Deniz y sera présente ainsi que d’autres militant·e·s pour la justice climatique.



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