Interview de Maïté Meeus, lauréate du Prix Amnesty Jeunes

Maïté Meeus a tout juste 23 ans, et déjà beaucoup de raisons de faire parler d’elle.
C’est non seulement la créatrice du compte Instagram « Balance ton bar » qui recueille et publie anonymement les témoignages de victimes d’agressions sexuelles dans les bars de Bruxelles, mais aussi la nouvelle lauréate du Prix Amnesty Jeunes des droits humains pour l’année 2022.
On s’est donc dit qu’une petite interview s’imposait pour te permettre de mieux la connaître et d’en savoir plus sur le mouvement « Balance ton bar ».

Quatrième édition du Prix Amnesty Jeunes des droits humains

C’est fin avril 2022 que Maïté Meeus a reçu le Prix Amnesty Jeunes des droits humains devant près de 250 jeunes activistes participant à la Journée Oxfamnesty. Lancé en 2019, c’est la quatrième fois que ce prix est décerné à une ou plusieurs personnalités résidant en Belgique. Maïté Meeus rejoint ainsi le groupe des lauréates de ce prix composé déjà d’Adriana Costa Santos, d’Anne-Sarah N’Kuna, de Laure Fornier et de Michelle Sequeira, toutes aussi inspirantes et engagées les unes que les autres.

Attribué par de jeunes militant·e·s d’Amnesty International Belgique francophone à une personne ou à un groupe de personnes de 35 ans maximum, et vivant en Belgique, ce prix récompense, chaque année depuis sa création, la qualité d’une action en faveur des droits humains.

Ce prix est avant tout celui des élèves membres des groupes-écoles Amnesty qui, chaque année, proposent des candidat·e·s puis votent pour les personnes de leur choix, parmi sept finalistes présélectionné·e·s par le comité de sélection d’Amnesty.

C’est d’ailleurs la jeunesse engagée qu’elle a tenu à remercier en priorité quand elle a reçu son prix.

Voici un extrait du discours marquant qu’elle a prononcé lors de la remise de son prix.

« N’oubliez jamais qu’au sein même de vos combats, vos forces d’action sont incroyablement complémentaires. Que la vision de l’un complète l’angle mort de l’autre. Que l’expérience et le vécu de tout un chacun ne peuvent que nous enrichir et nous faire croître ensemble ! Que la convergence des luttes est importante et qu’elles se rencontrent toutes en certains points ! Qu’il y a autant de visions et de combats qu’il y a de jeunes dans cette pièce aujourd’hui ! Et que c’est également cela qui est nourrissant !

Aussi, il est facile de voir l’horreur du monde quand on allume une chaîne d’informations ou que l’on passe quelques minutes sur les réseaux sociaux : du non-respect des droits fondamentaux en passant par les violences commises dans le monde entier sur les personnes sexisées, racisées, envers la communauté LGBTQIA+, les inégalités sociales, la guerre aux quatre coins du monde, les enjeux climatiques, et j’en passe… En tant que jeune engagé·e, il est facile de développer une frustration, celle de ne jamais faire assez, celle de la lenteur de l’évolution du combat, celle de notre impact que l’on ne juge jamais aussi considérable face à la gravité de la situation. Nous voudrions parfois être capable de porter toute la souffrance du monde sur nos épaules, entreprendre des actions tellement percutantes qu’elles seraient extrêmement relayées, que notre parole soit enfin écoutée, et bien sachez que ce sont des jeunes comme vous, comme nous, qui construisent le monde de demain. Vous n’en voyez peut-être pas les effets aujourd’hui, mais la société entière en récoltera les fruits dans un avenir proche !

Continuez à vous élever quand vous faites face à l’injustice.
Continuez à vous éduquer sur la lutte que vous menez. À défendre les intérêts de ceux qu’on n’entend pas, des invisibles de notre société, qui ne peuvent plus faire porter leur voix.
Offrez-leur une possibilité d’être vus et entendus. Apprenez également à trouver un équilibre dans votre engagement et à ne pas vous oublier.

Il me tarde de voir le monde plus juste que nous sommes capables de bâtir ! »

À la rencontre de Maïté Meeus

Quelques jours après avoir reçu son prix, Maïté Meeus a accepté de venir nous rendre visite dans les bureaux d’Amnesty pour répondre à quelques-unes de nos questions.

D’origine belge et indienne, Maïté Meeus a vécu plusieurs années en Inde et en Italie, avant de revenir vivre dans son pays de naissance. Elle est à la fois animée par de multiples passions et projets (le théâtre, la musique et la psychologie notamment) et très engagée pour les causes qui lui tiennent à coeur. Actuellement, elle jongle entre des études à distance en psychologie, le suivi du compte « Balance ton bar  » et tout ce qu’il a entraîné, tout en n’oubliant pas ses autres passions comme la musique.

On sait que tu es très engagée contre les violences sexuelles, mais y-a t-il d’autres combats qui sont importants pour toi et dans lesquels tu t’es engagée ?

Il y a énormément de causes qui me touchent. Tous les droits humains valent la peine d’être défendus, mais il y a un sujet qui me touche particulièrement, en plus de celui des violences sexuelles, c’est celui du sans-abrisme. J’ai souvent fait du volontariat dans des associations qui venaient en aide aux personnes sans abris, en participant à la distribution de repas ou de vivres.

Comment est né le mouvement « Balance ton bar  » ?

Le mouvement est né au début du mois d’octobre 2021, après que plusieurs témoignages évoquant des violences sexuelles commises sous soumission chimique, par une personne en particulier, dans deux bars du Cimetière d’Ixelles, soient rendus publics. La révélation au grand jour de ces premiers témoignages a donné lieu à une indignation collective. Des manifestations ont été planifiées pour dénoncer ces violences.

Juste avant la tenue de ces manifestations, je me suis dit que je devais faire quelque chose de concret face à ce phénomène qui était récurrent. Je savais que d’autres personnes avaient subi de telles violences dans d’autres bars. Je trouvais inacceptable que ces premiers témoignages soient considérés comme de simples cas isolés et qu’il y ait une vraie omerta dans le monde de la nuit concernant les violences sexuelles. J’avais l’impression que l’on connaissait toutes et tous des femmes et même parfois des hommes qui s’étaient fait droguer et avaient subi des agressions sexuelles ou des viols suite à ça, mais que cela restait dans la sphère privée.

J’en avais aussi marre de la culpabilisation constante de la victime et de ces phrases trop souvent entendues : « fais attention à ton verre quand tu sors », « oui, mais tu sais tout le monde n’est pas bien intentionné, certaines personnes sont des prédatrices ». La première étape indispensable pour lutter contre ce phénomène consistait donc, selon moi, à libérer la parole.

Je me suis dit qu’il y en avait marre de parler entre nous et qu’il fallait faire quelque chose de concret. La veille de ces manifestations, le 14 octobre, j’ai donc créé le compte Instagram « Balance ton bar » en appelant les gens à livrer leurs témoignages via ce compte. Cet appel à témoignages a tout de suite trouvé un écho et les gens ont massivement livré leurs témoignages en l’espace de deux ou trois jours. Ça a démarré très fort.

Ces violences sexuelles commises dans le monde de la nuit restaient donc dans la sphère privée et ce n’est qu’à partir d’octobre 2021 que c’est devenu un fait public et plus discuté ?

Oui, ça restait le plus souvent dans la sphère privée, mais en même temps, les personnes qui avaient le courage et essayaient d’en parler, on leur répondait que « c’était un fait isolé, un fait divers », « ce n’était pas un fait de société que de mettre de la drogue dans les verres », « c’est malheureux que ça te soit arrivé, mais ça n’arrive pas à tout le monde » alors que c’était complètement faux. Si on regarde le nombre de témoignages, ça arrive à tout un grand nombre de personnes. Maintenant, c’est une tout autre histoire avec le recours à des piqûres à la seringue … Il faut arrêter de faire comme si c’était de la faute de la personne qui sortait !

Est-ce qu’il y a une différence dans la quantité de témoignages que tu as reçus entre le moment où tu as créé ton compte et maintenant ?

Au début, il y a eu une vraie libération de la parole. Je pense que c’est pour ça que j’ai reçu un afflux massif de témoignages. Tout ce qui n’avait pas été dit et exprimé en ligne pendant toutes ces années l’a été à ce moment-là. Aujourd’hui, je continue à recevoir beaucoup de témoignages et beaucoup de personnes ne veulent pas forcément que leur témoignage soit rendu public. Elles veulent en discuter avec moi ou être redirigées vers certaines ressources ou structures pour les aider à porter plainte, à trouver un·e avocat·e, etc. J’ai une liste de ressources et structures comme des psychologues, des centres de prise en charge des victimes de violences sexuelles (CPVS), etc. vers lesquelles je peux les orienter si nécessaire.

Il existe donc un certain nombre de témoignages qui ne seront jamais publiés parce que je respecte totalement l’anonymat et le choix des personnes concernées.

Il est important de signaler également que même si je parle beaucoup de femmes, car elles sont largement majoritaires, il y a aussi des hommes qui sont victimes de telles violences.

Si on revient à la question initiale concernant l’évolution du nombre de témoignages au fil du temps, je dirais qu’au début il y en a eu énormément, aujourd’hui je continue à en recevoir beaucoup, mais peut-être un peu moins qu’au début.

Est-ce que tu ne trouves pas parfois trop dur de gérer tous ces témoignages et sollicitations ?

Je ne pense pas que je fais ça de façon parfaite, je le dis toujours aux gens, je fais mon maximum pour traiter tous les témoignages, mais parfois il y a un flux massif de messages et je ne suis pas en mesure de tous les traiter en temps voulu. Je pourrais faire ça toute la journée, mais ce n’est pas possible pour moi, en plus c’est un travail bénévole. C’est dur parce que les gens sont en souffrance et attendent une réponse rapide, et moi j’essaye d’avoir une vie à côté, du coup je m’en veux un peu donc il faut savoir gérer tout ça.

C’est difficile de trouver les mots face à ces agressions... Quand je sens qu’il y a un réel besoin des victimes de parler, au-delà de ce que je peux offrir, je trouve qu’il faut être humble et réaliser que je ne suis pas non plus une professionnelle de la santé mentale, je ne suis pas non plus une avocate. C’est un sujet que je connais parce que je l’ai exploré, mais il faut savoir reconnaître quand on n’est plus qualifié·e face à telle ou telle situation ou question. Je sais que cela peut aider certaines personnes de me parler mais c’est parfois qu’une première étape et je propose toujours aux personnes qui me sollicitent de parler à un·e psychologue si elles en éprouvent le besoin.

Est-ce que, selon toi, les choses ont changé aujourd’hui ? Est-ce que les autorités en ont fait assez pour que la situation change ?

Les choses sont en évolution. J’ai pu constater une prise de conscience massive de la part du public au sujet de ce qu’est la soumission chimique. C’est un thème qui ne parlait pas aux gens avant. Il y a une vraie prise de conscience sur le fait que c’est un phénomène de société et que ce ne sont pas des faits isolés. C’est donc positif, mais les autorités n’en ont quand même pas fait assez. C’est ma conviction profonde et ça a été confirmé par des affaires qui sont sorties dans les médias récemment.

On aura beau mettre en place énormément de mesures par rapport à la formation des gens qui travaillent dans les établissements de nuit, par rapport à l’éducation des jeunes sur le sujet, donner accès à un panel de ressources adapté, tant que la justice ne fera pas son travail et qu’il y aura une impunité des personnes qui commettent ces agressions, la situation ne pourra pas avancer, selon moi. Tant que les dépôts de plaintes seront aussi mal gérés, on ne pourra pas avancer non plus. Être confrontée, pour la victime, à de tels obstacles quand elle tente de déposer plainte, c’est ce qu’on appelle la « double peine », ça crée aussi un double traumatisme chez certain·e·s survivant·e·s. Parfois ces personnes vont dans un commissariat pour porter plainte, mais elles ne sont pas écoutées, elles ne sont pas crues. Je ne dis pas que tous les membres de la police font mal leur travail, mais il y a une certaine façon de recevoir ces témoignages et ce type de plaintes. On ne peut pas accueillir ces personnes dans les mêmes lieux et circonstances que celles qui portent plainte pour un vol de voiture par exemple. Il y a clairement un problème au niveau du traitement du dépôt de plainte.

Les policier·e·s ont une formation minime concernant les violences faites aux femmes. La question des violences faites aux femmes est abordée dans des formations thématiques que les membres de la police peuvent suivre de manière volontaire. Ce n’est pas du tout suffisant.
Il n’y a également pas assez de moyens mis en œuvre par rapport aux enquêtes vis-à-vis des violences sexuelles. Par rapport à d’autres branches du droit comme le droit des affaires, où un arsenal de moyens d’enquête est déployé, peu de moyens sont consacrés aux violences sexuelles, peu de juges se saisissent vraiment des dossiers, et on constate encore beaucoup de blocages concernant la question de la preuve qui revient souvent. Il faut réinventer tout ça ! Mais il existe des expert·e·s qui en parlent bien sûr mieux que moi.

As-tu été en contact avec des responsables politiques pour aborder ces questions ?

Oui, j’ai été en contact avec des responsables politiques pour discuter de ces questions et certaines choses bougent. Des budgets ont été débloqués par la Secrétaire d’État à la Région de Bruxelles-Capitale, chargée du Logement et de l’Égalité des Chances, Nawel Ben Hamou, pour lutter contre la soumission chimique, ce qui est un premier pas. Ils vont être consacrés à financer une campagne de sensibilisation sur le sujet et une formation du personnel des établissements de nuit. Un plan intitulé « Rien sans mon consentement » a également vu le jour. Il comprend 77 mesures qui vont être mises en place pour lutter contre le harcèlement sexiste et sexuel dans l’espace public. Ce qui est intéressant c’est que c’est la première fois qu’on parle de mesures contraignantes pour les établissements de nuit, ce qui est très important parce que la suggestion, c’est bien, mais l’obligation c’est mieux, surtout pour des patrons qui considèrent que ça engendre des coûts supplémentaires pour eux de prévoir telle ou telle formation ou mesure. Je pense que c’est très prometteur, j’attends bien sûr cependant de voir comment le dispositif est effectivement appliqué.

Dans certains bars de Belgique, le système « Ask for Angela » qui vient de Grande-Bretagne a également été mis en place. Il s’agit juste de mettre des affiches dans les toilettes des femmes des bars sur lesquelles il est noté « Demandez Angela » si vous subissez des actes de harcèlement et de « briefer » ensuite le personnel de l’établissement en leur disant : « si quelqu’un vous demande où est Angela, c’est un code pour dire que ça ne va pas et que cette personne a besoin d’aide », ça ne coûte pas grand-chose, et ça peut aider des personnes en difficulté.

En résumé, il y a donc des choses qui avancent, même s’il reste beaucoup à faire.

Si tu devais lister les mesures qui te paraissent les plus prioritaires, tu dirais quoi ?

La formation du personnel des établissements de nuit me semble essentielle. Au niveau de la police, une formation obligatoire par rapport aux violences faites aux femmes me paraît également primordiale. Il faut améliorer le peu qui est consacré à cette question dans la formation obligatoire et mettre en place une formation continue sur le sujet. On pourrait par exemple imaginer une journée de formation chaque année à ce sujet. Quant à la justice, je souhaite avant tout que le sujet des violences sexuelles soit pris davantage au sérieux. Danièle Zucker (qui est psychothérapeute et spécialiste en analyse du comportement criminel) m’a souvent parlé de la notion de la preuve, elle m’a dit qu’il est nécessaire de réformer la façon dont on perçoit la preuve, et qu’il faudrait créer des tribunaux spécialisés en matière de violences sexuelles comme ils en existent déjà en Espagne ou au Canada. Je trouve ses idées intéressantes, mais je ne suis pas assez qualifiée pour parler de ça. De nombreuses propositions ont déjà été formulées par des expert·e·s pour réformer cette matière-là. Il me semble important que les autorités écoutent les personnes spécialisées sur ces questions qui ne cessent de répéter que ce que le système qui est mis en place pour lutter contre les violences sexuelles n’est pas suffisant. Aujourd’hui, les victimes ont l’impression de se battre contre la justice en plus de leur agresseur, cette situation n’est pas normale.
Enfin, l’éducation et la sensibilisation des jeunes sur ces questions sont hyper importantes, et c’est sûrement la mesure concrète la plus oubliée. Il faut éduquer les nouvelles générations et les sensibiliser déjà très tôt au sujet de la notion de consentement, c’est la base. On peut aussi aborder avec les jeunes toutes les problématiques attenantes aux violences sexuelles comme la soumission chimique, la question des violences conjugales, mais au cœur de toutes ces questions, de nouveau, on trouve le consentement.

Que penses-tu de l’éventuelle justice sociale qui se met en place dans certaines situations ?

Quand la justice ne fait pas son travail, on trouve des moyens parallèles. C’est exactement ça que représentent tous ces mouvements qui passent par les réseaux sociaux : quand on vit une telle indignation intérieure et collective (on voit bien que l’impunité de l’agresseur persiste) et que le phénomène continue à se reproduire, il faut trouver un moyen de s’exprimer et de dénoncer la situation, de se sentir cru·e, entendu·e, écouté·e et de donner de la visibilité à ce sujet, donc ça a une utilité. Quand le formel ne fait pas son travail, on passe à l’informel.

Est-ce que tu penses que les problèmes persistants que tu décris par rapport à la police et la justice sont liés à la « culture du viol » et tous les stéréotypes sur le viol ?

Bien sûr ! Je pense que la culture du viol joue énormément sur le fait qu’on ne prenne pas cette matière au sérieux que ce soit au niveau de la police ou de la justice. Souvent on me demande « comment savez-vous que ces femmes ne mentent pas ? » et c’est une question qui me scandalise. Le taux de fausses allégations est à 3%, donc peu de personnes vont porter plainte et aller au bout de cette démarche en racontant quelque chose de profondément faux. Il faut déconstruire tous les mythes sur le viol notamment celui selon lequel le viol serait lié à une pulsion biologique et sexuelle. Danièle Zucker explique plutôt le viol comme la forme érotisée d’un besoin de pouvoir et d’emprise sur l’autre, je trouve ça très juste. Cette explication permet de remettre la responsabilité du viol sur l’auteur et non sur la victime. C’est important de rappeler la responsabilité de l’auteur surtout quand on est confronté·e à des réactions du type « Mais, tu as vu comment t’étais habillée, c’est normal ce qui t’est arrivé, tu l’as cherché ! ». Le viol n’est pas la conséquence de comportements aguicheurs ou provocants de la part de la victime.

Que savais-tu d’Amnesty International avant de recevoir ce prix ?

J’ai commencé à être sensibilisée au travail d’Amnesty International à travers les actions du groupe Amnesty de mon école secondaire. Il faisait signer des pétitions, il vendait des bougies, il y avait aussi des campagnes de sensibilisation et des affiches. Certaines m’ont marquée. Par la suite, j’ai continué à rester informée au sujet des actions menées par Amnesty dans les médias et sur les réseaux sociaux. Je vous admirais de loin !

Qu’as-tu ressenti quand tu as reçu le Prix Amnesty Jeunes ?

J’étais très touchée ! Je ne m’y attendais pas, mais je ne prends pas ce prix seulement pour moi, je pense aussi à toutes les personnes qui se sont mobilisées et ont milité pour lutter contre ce type de violences. Ça a été un énorme effort collectif pour sensibiliser le grand public. Par exemple, le jour du boycott des bars, il y avait une vraie sororité. Pas mal de personnes m’ont envoyé des messages en me disant « j’ai ressenti des choses que je n’avais jamais ressenties avant. Je me sentais entourée, comprise, entendue, j’avais l’impression d’être avec mes sœurs ». C’est la force du groupe et du nombre qui a fait qu’on en est arrivé là. Je n’oublie pas bien sûr les personnes qui ont témoigné évidemment. Il faut saluer leur courage et leur force intérieure qui leur ont permis de se livrer. Donc je reçois ce prix en pensant à toutes ces personnes là. Il y a aussi toutes les personnes qu’on voit moins, c’est vrai que je suis visible, mais d’autres personnes travaillent dans l’ombre et sont des acteur·ice·s de terrain depuis des années qui font un travail remarquable.

Et est-ce que ton projet a été bien reçu par les personnes qui militaient déjà dans ce milieu et par le grand public ?

Oui je pense, globalement. Je crois qu’il y a toujours des divergences d’opinion même au sein d’un même mouvement, mais c’est du débat et c’est constructif. C’est l’alliance qui peut créer quelque chose de beau et je pense que même si l’on n’a pas toutes la même vision du féminisme, ce n’est pas gênant. Il y a autant de visions du féminisme qu’il y a de femmes, je dirais, c’est très pluriel. Et la diversité des expériences est bien présente, l’expérience d’une femme transsexuelle, une femme noire, une femme âgée ne seront pas les mêmes, on se nourrit toutes des visions des unes et des autres.

Pour ce qui est de la réaction du grand public, au départ, la question qui se posait tout le temps était celle de la diffamation quand une personne révélait une agression sexuelle ou un viol. Maintenant avec l’explosion de ce mouvement, l’opinion publique en vient à croire davantage les victimes, elle remet moins en question leur témoignage.

Au début, je me suis cependant pris une claque de menaces et d’insultes à laquelle je n’étais pas forcément préparée. Je n’étais pas armée pour me protéger contre des messages haineux. Même si ces messages négatifs n’étaient pas majoritaires, ils étaient durs à encaisser. J’avais l’impression d’avoir fait exploser un truc que je n’aurais pas dû, mais doucement j’ai repris mes esprits et je me suis souvenue que ce combat était légitime. Je me suis donc entourée de personnes militantes, d’avocats, d’expert·e·s, etc. et aujourd’hui, je me sens plus forte et mieux armée pour répondre aux messages de haine.

Quels sont tes projets pour le futur ?

Je souhaite continuer à sensibiliser un maximum de personnes à la problématique des violences sexuelles dans les bars, et à la question du consentement, en en parlant sur les réseaux sociaux, dans des conférences, des débats, avec un public plus jeune. J’aimerais être plus en contact avec les nouvelles générations. Ça va d’ailleurs être une de mes priorités de parler de ces questions à la tranche d’âge la plus jeune, surtout que les jeunes sont très réceptifs et c’est très gai de voir qu’ils s’intéressent à ça et qu’ils ont envie d’œuvrer pour le changement, ça fait plaisir et c’est stimulant !

Merci Maïté !

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