Une conférence sur Gaza pour des classes du secondaire

Le lundi 3 novembre 2025, près de 900 élèves et enseignant·e·s, d’une vingtaine d’écoles secondaires, ont participé, à Bruxelles ou en ligne, à une conférence sur Gaza organisée par Amnesty International. Trois personnes ont partagé leur expertise et témoignage à ce sujet : Wilson Fache, journaliste de guerre, Romane Devresse, coordinatrice de terrain humanitaire, et Carine Thibault, directrice d’Amnesty International Belgique francophone.

Donner la possibilité à des élèves de mieux comprendre la situation à Gaza, en leur permettant d’obtenir des informations approfondies venant aussi bien du terrain que d’enquêtes et d’analyses juridiques et journalistiques, tel était l’objectif de cette conférence.

À travers les yeux d’un journaliste de guerre

Doté de dix ans d’expérience, Wilson Fache est un journaliste de guerre indépendant, dont le travail a été récompensé par le Prix Albert Londres en 2023.

Il raconte comment, en 2018, il s’installe à Ramallah, en Palestine, en tant que correspondant. Il réalise des reportages notamment en Cisjordanie occupée, dans la bande de Gaza et occasionnellement en Israël.

L’accès au terrain est alors particulièrement complexe : il nécessite une double autorisation, l’une délivrée par les autorités israéliennes et l’autre par le Hamas, sans compter les nombreux checkpoints et le tunnel à franchir.

Le moral de la population est bas : le chômage y est élevé et beaucoup de Palestiniens et Palestiniennes n’ont jamais quitté l’enclave.

Depuis les attaques du 7 octobre 2023, Wilson n’a plus eu accès à Gaza. Les autorités israéliennes ont, en effet, imposé un blocus médiatique. À mesure que le conflit s’est intensifié, seul·e·s les journalistes palestinien·ne·s parvenaient encore à réaliser des reportages, mais un grand nombre d’entre eux et elles ont été ou sont tué·e·s, forcé·e·s à fuir, ou cessent leur activité par crainte pour leur sécurité et celle de leur famille et font l’objet de campagne de désinformation. Face à cette situation, certaines personnes s’improvisent journalistes pour continuer à témoigner de la situation à Gaza.

Wilson explique, au moment où il s’exprime (début novembre 2025), que le seul moyen d’entrer à Gaza reste le dispositif dit « embed », c’est-à-dire le fait, pour des journalistes, de partir en reportage, embarqué·e·s par l’armée israélienne. Wilson Fache a cependant refusé cette option, estimant qu’elle n’a aucune valeur journalistique, puisqu’elle ne permet par d’entrer véritablement en contact avec la population palestinienne.

Témoignage d’une coordinatrice de terrain humanitaire

Romane Devresse est partie dix mois (jusqu’au mois d’août 2025) en mission à Gaza pour une organisation humanitaire. Coordinatrice de terrain humanitaire, elle était notamment chargée de la sécurité, des ressources humaines, et de l’administration. La majorité de ses collègues étaient des Gazaoui·e·s.

Elle effectuait des rotations de six à huit semaines, puis rentrait en Belgique quelque jours pour se ravitailler. À chaque retour sur le terrain, elle repartait avec une valise remplie de nourriture et de biens de première nécessité, pouvant parfois peser jusqu’à 50 kg, faute de pouvoir en trouver sur place.

Elle précise que les Nations unies servaient d’intermédiaire auprès des autorités israéliennes, qui décidaient des entrées et sorties du territoire. De son côté, elle a pu entrer et sortir quatre fois de Gaza, mais plusieurs de ses collègues ont été placé·e·s sur une liste noire, sans explication, comme des médecins, kinésithérapeutes ou chirurgiens, à qui l’accès à Gaza a été refusé.

Elle raconte comment elle a vu Gaza se réduire en ruines, les bombardements, les magasins se vider, ses collègues maigrir de jour en jour. Elle décrit aussi la flambée des prix de nourriture : selon ses collègues, une paire de poules peut atteindre 750 euros ! Elle dénonce par ailleurs certaines initiatives humanitaires inadéquates, impliquant de la nourriture avariée ou des livraisons dangereuses de colis humanitaires qui ont parfois causé la mort de civils.

Elle explique qu’au moment où elle parle (début novembre 2025), une grande partie de la bande de Gaza demeure sous occupation militaire, empêchant plusieurs de ses collègues de rentrer chez eux et chez elles. Si elle se dit soulagée par le cessez-le-feu, mais elle insiste sur sa grande précarité.

Quelques mots de la directrice d’une organisation non-gouvernementale

Carine Thibault, directrice générale d’Amnesty International Belgique francophone, évoque le rôle de l’organisation face à la situation à Gaza. S’appuyant sur la Convention sur le génocide de 1948 et des enquêtes approfondies, Amnesty International a identifié plusieurs éléments pouvant constituer des actes de génocide : les meurtres des membres d’un groupe de personnes (la population palestinienne) dans la bande de Gaza, l’imposition de conditions de vie insupportables vis-à vis de ce groupe et les attaques systématiques contre l’intégrité physique et mentale de ce groupe.

Pour évaluer l’intention derrière ces actes, autre élément crucial pour établir un crime de génocide, Amnesty International s’est appuyée notamment sur les déclarations officielles des autorités israéliennes et les vidéos diffusées par des soldats opérant à Gaza. Dans les contenus de ces déclarations et vidéos, les Palestiniens et Palestiniennes sont déshumanisé·e·s, comparé·e·s à des animaux, assimilé·e·s structurellement au groupe terroriste Hamas, et la destruction totale de Gaza est parfois justifiée.

Elle parle également du système d’apartheid, instauré par les autorités israéliennes en Palestine occupée, qui constitue un crime contre l’humanité. Amnesty International a mené une enquête qui présente en détail le système d’oppression et de domination que les autorités israéliennes inflige au peuple palestinien partout où ce pays contrôle ses droits.

Des bonnes questions

Des questions pertinentes et variées ont été posées par les élèves qui participaient à cette conférence : « Quel est le contexte de la guerre ? Quand et pourquoi cela a commencé ? », « Comment Israël a pu construire ce que l’on appelle le mur de la honte (le mur qui sépare la Cisjordanie et Israël), est-ce que c’est légal, comment l’ONU a réagit par rapport à ça ? », « Est-ce que vous n’avez pas eu, à un moment donné, vous qui étiez sur le terrain, envie de rentrer chez vous, eu des doutes et eu peur ? », « Est-ce que les personnes qui partent sur le terrain comme vous sont protégées ? » , « Quel est le lien exact entre les marques à boycotter et Israël et est-ce que les boycotts sont efficaces ? », « Quelles versions des faits ont les personnes israéliennes, avec qui vous avez pu être en contact dans le cadre de vos expériences respectives, par rapport à la situation en cours à Gaza » ? « Comment est-ce que c’est possible que certaines personnes ignorent ce qui se passe à Gaza et tout le génocide en cours ? » « Quelles sont les actions concrètes que l’on peut mener avec Amnesty International par rapport à Gaza ? »...

Et aujourd’hui ?

À la question : «  Qu’est-ce que les jeunes peuvent faire face à la situation à Gaza ?  », les réponses de Wilson, Romane et Carine se complètent.

Pour Wilson, une action consiste à rester bien informé·e, tout en se méfiant de la désinformation, très présente sur les réseaux sociaux. Certains gouvernements et groupes cherchent à semer le doute afin que l’opinion public ne sache plus à qui faire confiance.

Pour limiter ce risque, il recommande de suivre des comptes de médias ou journalistes réputé·e·s (par exemple, sur les réseaux sociaux : Le Soir, Le Monde, l’Echo, le New York Time, Hugo Decrypte, Charles Villa, Camille Coursi...) qui effectuent un véritable travail de « vérification  » et de « contextualisation ».

Romane ajoute qu’il est également important de continuer à exprimer son indignation face à la situation à Gaza aussi bien au sein de son entourage qu’auprès de nos gouvernements. Elle cite notamment l’exemple de la manifestation organisée en octobre dernier en soutien à la flottille, à laquelle un grand nombre de jeunes a participé :

« Ça m’a fait chaud au coeur de voir autant de personnes s’intéresser à cette cause et qui avaient envie d’être là... Certains de mes collègues me disent : "merci Romane d’être cette voix... On a l’impression d’être des insectes, qu’on n’existe pas et que tout le monde nous a oublié·e·s." Alors, au travers de vous, on n’oublie pas ces personnes et on montre qu’elles sont là.. »

Carine rappelle que ce n’est malheureusement pas parce que quelque chose est illégal au regard du droit international que cela ne va pas parfois se produire, c’est la raison pour laquelle il est important qu’un maximum de personnes réagisse face à des violations graves du droit international qui sont commises en interpellant les autorités de leur pays pour qu’elles fassent pression sur d’autres États pour essayer d’obtenir des changements. L’engagement permet ainsi parfois que le droit international ne reste pas un bout de papier et d’empêcher que certaines choses plus graves arrivent.

Merci aux intervenant·e·s sans qui cette conférence n’aurait pas été possible ainsi qu’au public attentif et participatif !

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