Témoignage de Nadia Murad : incarner la force de conviction

Le 10 décembre 2019 dernier, journée internationale des droits humains, Amnesty International s’est rendue au Young Activists Summit (YAS) qui se tenait au Palais des nations à Genève. Ce sommet organisé par l’Office des Nations unies, la Radio Télévision Suisse et l’ONG dev.tv donnait la parole à six jeunes femmes activistes du monde entier venues raconter leur parcours exceptionnel.
Découvre le témoignage de l’une d’elles : Nadia Murad.

Une matinée au Young Activists Summit : six jeunes femmes forces de progrès pour les droits humains

La célèbre salle des droits de l’homme et de l’alliance des civilisations est comble, remplie de classes venues de tous les cantons suisses et au-delà. Des centaines de jeunes sont venus écouter ces six jeunes femmes charismatiques, puissantes et libres.

La session jeune de la matinée est officiellement lancée à dix heures tapantes sous les applaudissements déjà conquis de la salle. Puis, place à l’émotion et à l’humilité. Nadia Murad prend la parole.

Témoignage de Nadia Murad

Nadia Murad a 26 ans et déjà un prix Nobel de la paix à son actif. Son destin de jeune femme est marqué par l’horreur. Elle fait partie des milliers de femmes kurdes yézidies qui ont été détenues et vendues comme esclaves sexuelles sur différents sites de l’État islamique lorsque le groupe terroriste a envahi la région irakienne du Sinjar en 2014. Elle perd six de ses frères ainsi que sa mère dans ce douloureux virage de la guerre. Mais Nadia n’est pas venue parler d’elle. C’est à la jeunesse irakienne dans son ensemble qu’elle va dédier l’ouverture de ce sommet. Son histoire personnelle est un tremplin à une parole plus universelle. Elle est incontestablement devenue le porte-voix d’une génération marquée par la désillusion et l’abandon de la communauté internationale.

« En ce jour des droits de l’homme, je choisis de saluer la jeunesse irakienne qui aspire à des changements fondamentaux même si des centaines d’entre eux ont été assassinés. J’en appelle aux Nations unies pour qu’elle écoute la population irakienne. La population irakienne se meurt parce qu’elle aspire à plus d’intégrité ».

Ambassadrice de bonne volonté auprès de l’ONU pour la dignité des victimes de la traite des êtres humains depuis 2016, Nadia est rôdée à l’exercice de la prise de parole. Pourtant on sent une émotion toujours renouvelée lorsqu’elle aborde le sort de son peuple.

« Les Yézidis n’ont aucune protection. La communauté internationale a abandonné les Yézidis après la défaite de DAECH. Nous sommes laissés à nos difficultés, nous sommes seuls et c’est à nous de reconstruire notre région ».

Nadia nous a parlé d’une responsabilité historique à côté de laquelle les États sont passés et continuent de passer. Elle a abordé, dans une forme de dignité absolue la solitude à laquelle la population irakienne se trouve face au défi de reconstruire la région. Durablement marquée par le génocide contre son peuple, sa parole continue de percer les frontières. Voilà cinq ans que la jeune femme parcourt le monde avec sa fondation Nadia’s initiative dédiée à la reconstruction de régions abîmées par la guerre et au plaidoyer contre les violences sexuelles. Cinq ans que Nadia scande que les promesses qui ne sont pas suivies d’actes concrets sont des douleurs réitérées pour les populations concernées et que les engagements laissés lettre morte sont des violences supplémentaires infligées aux femmes.

«  Je ne parle pas seulement d’assistance internationale, de gouvernements ou d’avocats. De nombreuses organisations nous aident. Il y a beaucoup de personnes à mes côtés qui m’aident aussi à combattre la violence faite aux femmes, aux enfants et aux minorités. Mais nous avons besoin de l’aide de tous. C’est la raison principale de pourquoi je voyage depuis 5 ans. Le Canada, l’Allemagne, l’Australie nous ont donné une assistance concrète sur une courte période. En Europe, je pourrais aussi citer la Belgique  ».

Nadia incarne cette jeunesse force de conviction qui ne peut pas rester le témoin silencieux de la barbarie. Elle place haut la notion de responsabilité et son verbe juste force le respect.

Amnesty ne peut que s’inscrire dans les pas de Nadia et des cinq autres jeunes femmes qui ont témoigné au YAS 2019 pour lancer un appel fort à la jeunesse : n’attendez pas qu’on vous donne une raison d’agir, vous êtes cette raison même. Vous êtes ceux par qui et pour qui le changement naît !

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