Pourriez-vous revenir sur votre engagement au sein du groupe Amnesty de votre école ?
Entre Amnesty International et moi, tout a véritablement commencé lorsque je travaillais dans une autre école, à l’Athénée des Pagodes où j’ai rencontré une enseignante qui était membre active d’Amnesty International et faisait partie de la coordination jeunesse de l’organisation. Au sein de cette coordination que j’ai alors rejoint, notre rôle consistait principalement à contribuer à la création de fiches pédagogiques à destination des enseignant·e·s et à vulgariser des sujets liés aux droits humains.
Mais mon engagement pour les droits humains, je l’ai en moi depuis bien plus longtemps ! Ma mère m’a beaucoup inspirée. En parallèle de son travail, elle faisait du bénévolat, de manière très active, pour une association qui s’occupait de jeunes en détresse dans leur milieu familial. Je pense que son expérience et sa manière d’être m’ont fortement influencée. Par exemple, quand j’ai dû choisir mon sujet de mémoire alors que j’étais étudiante, j’ai insisté auprès de mon promoteur pour faire quelque chose de social, c’est comme cela que je me suis retrouvée à réaliser un mémoire sur les plaintes adressées à la police en Égypte ptolémaïque !
Lorsque j’ai commencé à enseigner dans une autre école, à l’Athénée Adolphe Max, j’avais envie d’agir à nouveau concrètement dans le domaine de l’éducation aux droits humains. J’ai ainsi lancé, avec une collègue, un groupe Amnesty dans l’école, et petit à petit, le groupe s’est inscrit dans la durée.
Au début, nous vendions des bougies et nous organisions quelques actions de signatures de pétitions. Cela restait des actions à petites échelles, puis nous avons mené quelques actions plus larges et créatives. Nous avons notamment créé, une fois, des centaines de petits bateaux en papier pour les accrocher au plafond de l’école afin de symboliser les milliers de personnes migrantes qui prenaient d’énormes risques pour traverser la méditerranée, un élève a également écrit un poème engagé à ce sujet que nous avons affiché dans le hall de l’école… C’est à partir de ce moment-là que les activités du groupe se sont diversifiées (présentation d’une exposition sur les droits humains à différentes classes par les membres du groupe, participation à un concours d’éloquence lancé par Amnesty International, organisation d’une rencontre avec un ancien prisonnier d’opinion, etc.). Quand les élèves sont pro-actifs, cela donne de l’énergie, c’est un véritable moteur ! Mais le groupe Amnesty de l’école, c’est comme une vague, c’est un aller/retour de motivation entre les élèves et les professeur·e·s qui y participent. Cela nous porte !
Pourriez-vous nous parler de la manière dont votre groupe s’organise ?
Nous organisons deux réunions de 50 minutes, tous les mois, pendant la pause de midi, le vendredi. Et il arrive que nous programmions une réunion supplémentaire s’il y a une urgence ou des actions spécifiques à préparer. Lors de chaque réunion, nous parlons des actions proposées aux écoles par Amnesty International. Nous essayons, avec mes collègues, de cerner la réaction de chaque élève membre du groupe, pour savoir quelle action nous allons défendre en priorité. Un·e élève est en général chargé·e d’écrire un bref compte-rendu de la réunion.
Nous organisons souvent ce que l’on appelle des récré-gâteaux Amnesty : on se répartit alors les rôles en réunion : qui va faire des gâteaux à vendre au profit d’Amnesty International,, qui va s’occuper de la caisse, qui va faire des affiches et s’occuper de la communication pour annoncer l’événement dans toute l’école, quelles sont les sujets et actions concrètes que l’on va mettre en avant à ce moment-là pour sensibiliser un maximum d’élèves au respect des droits humains, etc.
Actuellement, le groupe est composé d’environ 20/25 élèves de la première à la 5e et nous sommes plusieurs professeur·e·s à encadrer le groupe. Il est arrivé qu’il y ait moins d’élèves et que cela soit moins structuré. Cela dépend des années. Je pense que le fait que la préfète de l’école ait décidé d’inclure les réunions du groupe Amnesty de l’école dans les activités parascolaires proposées, a incité plus d’élèves à y participer.

Qu’apporte le groupe-école Amnesty à l’école selon vous ?
En général, cela apporte de la curiosité sur les droits humains. De la solidarité. De l’ouverture. Une meilleure sensibilisation aux droits humains. Un intérêt ciblé par rapport à telle ou telle action. Et une magnifique ambiance quand certaines grandes activités qui impliquent toute l’école sont organisées par le groupe : l’école forme alors un seul groupe : c’est beau à voir !
Qu’apporte, selon vous, le groupe-école Amnesty aux élèves qui en font partie ?
Cela permet de développer et renforcer certaines compétences et de mettre en avant certains talents des élèves notamment dans le domaine artistique, de la communication, et de l’organisation. Cela crée des liens parfois assez forts entre les membres du groupe. Cela leur permet aussi d’approfondir leurs connaissances sur les droits humains et de s’éveiller à certains sujets. Enfin, cela leur apporte de la confiance en eux et en elles, de la reconnaissance et de la fierté. C’est valorisant de défendre des causes qui leur tiennent à cœur, auprès des autres élèves, des professeur·e·s, mais aussi de leur famille.
Qu’est-ce que le groupe Amnesty vous apporte à titre personnel ?
Ce groupe m’apporte énormément ! C’est presque émotionnel. Savoir que, dans le monde dans lequel nous vivons, qui est tellement tourné vers le moi, vers le soi, des élèves (qui rencontrent parfois des difficultés dans leur vie quotidienne) prennent le temps de s’engager pour les droits humains, je trouve ça extraordinaire !
Je m’étais toujours dit que le jour où je m’ennuierai, je partirai. Si je suis dans l’enseignement depuis maintenant près de 40 ans, c’est véritablement grâce au groupe Amnesty de notre école qui m’a permis de trouver un nouveau souffle et qui m’a toujours donné de l’énergie pour mes cours.
J’ai autant de joie que les élèves membres du groupe quand on organise une action. Cela me rapproche d’eux et d’elles aussi. C’est un partage. Dans ces moments d’action, on oublie un peu qu’on est prof. On défend des valeurs et on partage une activité.
Le groupe Amnesty permet aussi la transmission. Mon métier c’est transmettre et ce groupe me permet de transmettre l’importance des droits humains, l’envie de s’y intéresser dans le monde.
Avez-vous un message à destination des professeur·e·s qui hésiteraient à se lancer dans une telle aventure/dans un tel projet ?
C’est un projet porteur pour un ou une professeur·e. Cela peut prendre un peu de temps, mais chacun·e peut décider de s’y impliquer plus ou moins, cela reste flexible. Et cela permet de découvrir ses élèves autrement. L’école ne se limite pas à des cours. L’école c’est la vie, et dans la vie, il y a pleins d’actions. Surtout aujourd’hui, on est dans une pédagogie plus ouverte où il est possible de faire pénétrer des actions comme celle-ci dans l’enseignement. Les jeunes ont besoin de s’engager face à des injustices et rejoindre un tel groupe est une opportunité incroyable pour les jeunes de visiter le monde et de s’ouvrir à la société dans laquelle on évolue !
Photos : © Alexandre Brehm/Amnesty International
