Rencontre avec la famille d’Amaya Coppens au Collège Saint-Michel

En octobre dernier, nous avons manifesté pour soutenir les étudiants et activistes arbitrairement arrêtés et emprisonnés au Nicaragua.
Parmi ceux-ci, Amaya Coppens, une jeune belgo-nicaraguayenne toujours détenue actuellement. Diego, son frère, et Justine, sa cousine, étaient présents au Collège Saint-Michel à Bruxelles ce jeudi 21 février, suite à l’invitation du groupe-école Amnesty pour échanger avec plus de 70 élèves.
Retour sur cette rencontre enrichissante !

Souviens-toi...

Depuis le mois d’avril 2018, des étudiants manifestent contre la réforme de la sécurité sociale et la dictature du gouvernement du président Daniel Ortega au Nicaragua, et exigent sa démission. Dès le début des manifestations, pourtant pacifistes, la réaction du gouvernement a été très violente : de nombreux étudiants ont été arrêtés, maltraités, et n’ont pas eu droit à un procès équitable. Et tout cela, pour avoir simplement exercé leur droit de s’exprimer librement !

C’est le cas de l’étudiante belgo-nicaraguayenne, Amaya Coppens. Cette jeune fille de 23 ans, étudiante en médecine, est progressivement devenue la figure du mouvement étudiant. Elle a été arrêtée le 10 septembre dernier avec un autre activiste, Sergio Midence, dans la ville de Léon, au nord-ouest du Nicaragua, en Amérique centrale.

Un procès collectif devait avoir lieu le 28 février 2019, mais il a pour la 4e fois été reporté. Comment en est-on arrivé là ?

Retour sur quelques moments clés de cette lutte étudiante

Il y a 10 ans, Daniel Ortega revenait au pouvoir pour la deuxième fois au Nicaragua, un des pays les plus pauvres d’Amérique latine. Durant les années qui ont suivi son élection, le pays a connu une relative croissance économique, ainsi qu’une certaine stabilité politique, permettant à ce dictateur de rester aussi longtemps au pouvoir.

Ces dernières années, des mouvements paysans, mécontents des politiques menées, manifestaient régulièrement dans la capitale du pays. Très vite, le droit de manifester leur a été enlevé, ce qui n’a pas laissé le reste de la population indifférente.

En avril 2018, les étudiants, soi-disant désintéressés par la politique, ont prouvé tout le contraire en rejoignant les manifestations pour exiger la démission du président. La répression du gouvernement Ortega s’est alors intensifiée : les jeunes ont été victimes d’agressions, et Amaya n’a pas été épargnée. Assumant petit à petit le rôle de leader du mouvement étudiant, elle a toujours tenu bon et s’est montrée extrêmement courageuse, mettant jusqu’à sa vie en danger pour réclamer liberté et justice. En effet, il était très difficile pour les étudiants de se réunir en lieux sûrs. Ils devaient sans cesse se cacher, bloquer les rues pour éviter d’être arrêtés par des policiers. Heureusement, ils pouvaient compter sur le soutien de la population. Malgré la gravité de la situation et les dangers potentiels, Amaya, dotée d’un grand sens de la solidarité, n’a jamais voulu quitté ses camarades, à Léon.

Comme ces jeunes ne pouvaient pas sortir dans la rue sans risquer d’être arrêtés, la lutte civile, symbolisée par le drapeau national bleu et blanc, a commencé à se faire via les réseaux sociaux, et non plus dans la rue.

Le 10 septembre 2018, malgré tous ses efforts pour ne pas être repérée, Amaya a été arrêtée à Léon avec un de ses compagnons, Sergio. Sa famille a appris son arrestation via les médias, où elle était présentée, à tort, comme une terroriste, alors qu’elle n’avait jamais touché une arme, comme l’a expliqué Diego lors de la rencontre au Collège Saint-Michel.


Arrestation d’Amaya Coppens - ©Paul Léonard

Amaya est actuellement dans une prison pour femmes, où les conditions de détention sont particulièrement difficiles, ce qui n’est pas sans conséquence sur sa santé. D’après son frère, Amaya garde cependant le moral, et parvient à envoyer des messages codés à sa famille, pour leur dire de continuer la lutte et de ne surtout pas baisser les bras.

Aujourd’hui, au Nicaragua, des personnes continuent d’être arrêtées sans raison valable, et sans bénéficier d’un procès équitable. La population, opprimée, reçoit le soutien de la communauté internationale, et d’organisations comme Amnesty International. Les proches d’Amaya croisent tous les doigts pour qu’elle puisse être libérée, et ils sont toujours dans l’attente de son procès, qui a pour la quatrième fois été reporté. D’après Diego, cela est sans doute dû au fait que le gouvernement n’a pas de preuves suffisantes pour la condamner.

Les élèves du collège Saint-Michel ont rencontré Diego et Justine Coppens




©Paul Léonard

Le frère d’Amaya, Diego, est arrivé en Belgique il y a quelques mois pour y rejoindre une partie de sa famille, vu l’insécurité régnant au Nicaragua. Lors de la rencontre au Collège Saint-Michel, il était accompagné de sa cousine, Justine. Ensemble, ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour soutenir les étudiants détenus au Nicaragua, et plus particulièrement Amaya. Ils étaient notamment présents le 8 octobre, avec des militants d’Amnesty International, pour manifester devant l’ambassade du Nicaragua à Bruxelles.

Jeudi 21 février, jour de la rencontre de Diego et Justine avec des élèves du Collège Saint-Michel à Bruxelles, ces derniers avaient de nombreuses questions à poser à nos deux intervenants : «  Que risque-t-on si l’on manifeste au Nicaragua ? », « Comment te sens-tu face à cette situation ? », etc.


Intervention d’un élève du Collège Saint-Michel

Retour sur les interventions de Justine et Diego

Diego a commencé en rappelant qu’en Belgique, manifester est un droit. Au Nicaragua, avec la dictature instaurée par le Président, toute manifestation est « hors la loi  ». Lorsque les étudiants sont sortis dans les rues, à travers le pays, pour faire entendre leurs voix, la répression de la part de l’État a été très violente. Cela a beaucoup choqué la population, qui s’est alors mise à demander la démission du Président. Dans les mois qui ont suivi, de nombreux individus, pourtant innocents, sont devenus des prisonniers politiques. On en compte plus de 700 aujourd’hui, « pour un petit pays comme le Nicaragua, c’est énorme !  », a expliqué Diego. Parmi eux, une centaine ont été condamnés pour « délit de terrorisme ».

Diego a ensuite expliqué qu’à son arrivée en Belgique avec son frère de 15 ans, il y a quelques mois, ils se sentaient tous les deux coupables. Ils avaient le sentiment d’avoir abandonné leur soeur. Ils se sont ensuite rendus compte qu’il était possible de la soutenir d’ici, et de mener de nombreuses actions. De plus, leur soeur avait eu l’opportunité de quitter le pays à plusieurs reprises, mais ne l’avait jamais fait. En effet, il était primordial pour elle d’assumer son rôle de représentante du mouvement étudiant !

Justine a ajouté qu’il est important pour Diego et elle de rétablir la vérité sur le cas d’Amaya et de relayer les messages des manifestants et des personnes emprisonnées au Nicaragua qui n’ont pas la possibilité de faire entendre leurs voix et de manifester comme il est possible de le faire ici en Belgique.

« Nous avons l’espoir qu’Amaya sorte un jour de prison, bien sûr, mais la situation est compliquée. » - Diego

Justine a ensuite pris la parole, partageant avec les élèves ses espoirs et ses craintes.

Elle a expliqué avoir été particulièrement blessée par tous les mensonges circulant autour d’Amaya, traitée, à tort, comme une « terroriste ». Il est donc très important pour Justine de rétablir la vérité sur Amaya, en la décrivant telle qu’elle est vraiment : « courageuse, déterminée et tournée vers les autres ». Elle souhaite également relayer le message des manifestants et des personnes emprisonnées, qui n’ont pas la possibilité de faire entendre leurs voix.

Elle est ensuite revenue sur le jour de l’arrestation d’Amaya, où elle a eu très peur de ce qui pouvait lui arriver. Avec l’aide de l’association « SOS Nicaragua  », une première manifestation a très vite été organisée. Le but était de médiatiser un maximum son cas, afin de minimiser les risques que l’on s’en prenne à elle. Par la suite, Justine et son frère ont eu le soutien d’Amnesty International, ce qui leur a donné l’occasion de toucher un public plus large, dans un contexte de violation des droits humains. Leurs actions ont petit à petit eu des répercussions au Nicaragua, et ont fait réagir le gouvernement, qui a diffusé des photos pour montrer que les prisonnières étaient « bien traitées ».

« Ce sont de petites actions qui peuvent paraître dérisoires, mais ce sont les petites gouttes qui font que le mouvement peut prendre de l’ampleur ! » - Justine

Nous avons terminé cette rencontre en visionnant une vidéo, où les élèves ont pu entendre les parents d’Amaya s’exprimer sur la situation. Leurs propos étaient très touchants !

« Amaya a beaucoup de charisme, et un très grand sens de la justice sociale !  » - Tamara, maman d’Amaya

Ensuite, avant de partir, vous avez eu l’occasion de signer des pétitions et d’écrire des cartes pour soutenir Amaya. Merci encore de votre participation. Et merci à Diego, Justine et au groupe-école Amnesty du Collège Saint-Michel.


©Paul Léonard

Pour découvrir le témoignage intégral de Diego et Justine

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