Emilie Djawa - Portrait d’une jeune défenseure des droits humains

Depuis le 14 août 2013, Shawkan périt en prison pour avoir pris des photos. Mais vous, vous prenez des photos quand même ? Et toi, combien de photos prends-tu par jour ?
(...) Je me pose encore la question. Comment est-ce possible ? Comment est-ce possible que l’on soit emprisonné pour avoir voulu informer, pire, exposer la réalité sans parti pris ?
(...) Aujourd’hui, je ressens du dégoût, du dégoût quant à une liberté d’expression qui ne fait toujours pas l’unanimité, quant à l’indifférence face à cette injustice.
(...) Compatir est aujourd’hui insuffisant. Il faut crier, dénoncer, libérer. Faites entendre votre voix ; c’est ce que nous avons de plus fort !
... Voilà quelques extraits du texte écrit par Emilie pour le concours « Aux encres citoyens ».
Nous ça nous parle ! Et toi ?

Emilie Djawa a 17 ans. Elle a trois nationalités : française, belge et ivoirienne.
Elle est née en France, d’une mère belge et d’un père ivoirien et français, mais elle a pratiquement toujours vécu en Belgique.

« Avant j’avais du mal à considérer ce mélange d’origines comme une richesse mais maintenant je le prends comme un tout. Je suis un tout et je vis avec et c’est très chouette ! » dit-elle.

Aujourd’hui, elle est membre d’un groupe local d’Amnesty International en Belgique et elle est l’une des toutes jeunes lauréates du concours « Aux encres citoyens ».

Dans le cadre de ce concours, elle a choisi de parler de la situation de Shawkan, ce photoreporter égyptien emprisonné depuis 5 ans simplement parce qu’il a pris des photos lors d’une manifestation au Caire.

Son texte primé nous a beaucoup touchés. On a eu envie d’échanger avec elle à ce sujet et de vous la présenter !

Jeune lauréate du concours « Aux encres citoyens »

Le concours « Aux encres citoyens ! Aux encres et cetera » a été mis en place conjointement par la Maison des Sciences de l’Homme de Liège et l’ASBL MNEMA en 2013 afin de stimuler l’engagement des jeunes dans la société.

Le principe de ce concours ? Concrètement, il s’agit de réaliser un travail d’expression (écrite et orale), sur un thème de réflexion qui change chaque année, dans une démarche d’éducation à la citoyenneté.
Il se déroule en deux temps : une remise de l’épreuve écrite à une certaine date suivie quelques mois après d’une défense de l’épreuve orale par les candidats sélectionnés.

Qui peut y participer ? Il s’adresse aux élèves de 5e et 6e secondaire de l’enseignement francophone de la Fédération Wallonie Bruxelles, tous réseaux confondus.

Qui juge les participants ? Le jury était composé cette année de professeurs d’université, d’une comédienne et d’un écrivain.

Qu’est-ce qu’on gagne ? Les candidats sélectionnés pour l’épreuve orale bénéficient d’un coaching en art de la parole avant l’épreuve et les trois finalistes remportent un voyage d’étude et de découvertes à Paris avec visite du Musée du Quai Branly.

Comment Emilie en a entendu parler ? « Notre prof de français nous a proposé d’y participer et on a été quelques-unes à répondre à l’appel ».

Et la consigne cette année, c’était quoi ?
Rédiger un texte en s’inspirant d’une phrase de Pablo Neruda : « Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas la venue du printemps ».

Au total environ 100 élèves de 5e et 6e secondaire de différentes écoles de Wallonie et de Bruxelles y ont participé. 10 d’entre eux ont été sélectionnés pour l’épreuve orale finale. Parmi eux, 3 ont gagné le concours. Emilie en fait partie.

Pour ce concours, Emilie a choisi de parler du cas de Shawkan, ce jeune photoreporter égyptien qui est emprisonné depuis maintenant 5 ans en Égypte simplement car il a pris des photos et exercé son métier lors d’une manifestation au Caire.

« Parmi tous les cas d’individus en danger défendus par Amnesty, le cas de Shawkan m’a particulièrement touchée.
Peut-être parce qu’il est si jeune, qu’il a toute sa vie devant lui et qu’il se retrouve emprisonné simplement pour des photos et en raison de son travail de journaliste.
J’envisage de faire du journalisme plus tard alors son histoire m’a parlé.
Avant, l’Égypte apparaissait comme un pays assez progressiste par rapport aux autres pays de la région, mais aujourd’hui le fait qu’il y ait de plus en plus de journalistes emprisonnés dans ce pays montre que ce n’est plus le cas.
Le droit à la liberté d’expression est fondamental pour moi. C’est un droit qui est globalement plutôt respecté ici, mais dans de nombreux autres pays, c’est loin d’être le cas.
J’invite tout le monde à en parler, au moins à se renseigner à ce sujet, c’est déjà un pas en avant. C’est crucial de pouvoir s’exprimer. Ne pas pouvoir s’exprimer librement, c’est invivable. Le débat pour faire avancer les choses, c’est primordial, cela doit vraiment être défendu
 ».

Découvre le texte qu’Emilie a écrit pour le concours « Aux encres citoyens »

Son parcours, ses choix et ses idées

Pourquoi choisir de militer au sein d’Amnesty International ?

Je connaissais Amnesty International et ses actions via les réseaux sociaux et les ventes de bougies organisées dans les supermarchés et dans mon école. C’est donc naturellement que j’ai choisi Amnesty quand j’ai décidé de m’engager activement pour défendre les droits humains.

J’ai décidé de m’engager dans une association en faveur des droits humains après avoir participé à un projet au Bénin avec Défi Belgique Afrique. Ce projet m’a beaucoup apporté et j’ai eu envie de continuer à rester active et engagée à mon retour du Bénin.

J’ai pensé à Amnesty International parce que je connaissais l’organisation et parce que la défense des droits humains, cela m’a toujours beaucoup touchée. Toute petite déjà, je détestais voir les gens malheureux et je racontais à mes parents que je voulais construire une maison pour tous les SDF de Bruxelles.

J’avais un peu peur au début quand j’ai rejoint le groupe local d’Amnesty International à Evere car il n’y avait que des adultes. J’étais la plus jeune, mais je me suis sentie bien dès le début, tous les bénévoles du groupe m’ont très bien accueillie. J’ai très envie de rester active au sein de ce groupe si je reste en Belgique l’année prochaine. Et si je dois partir pour mes études, alors je chercherai à rejoindre un groupe Amnesty s’il y en a un où je me trouve.

L’engagement bénévole, tu en penses quoi ?

J’aime beaucoup l’idée de faire quelque chose sans attendre autre chose en retour. Cela fait du bien de faire quelque chose de différent par rapport à la routine, de faire quelque chose à 100% sans y être obligé pour des raisons financières par exemple. C’est bien aussi pour la confiance en soi de réaliser des actions bénévoles, on se rend compte que nos actions ont de la valeur.

Quel est le message que tu as envie de faire passer aux jeunes aujourd’hui ?

Je pense que même si on est jeune, on peut être écouté et faire des choses, j’ai réalisé tôt que ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’on ne peut rien faire. Ce n’est pas un frein d’être jeune, on peut toujours faire des choses pour faire changer les choses mais il faut en avoir envie ! Si on veut, on peut !

Si des jeunes ont envie de s’engager, il ne faut pas hésiter à le faire et à foncer.
Cela peut faire peur au début de s’engager, mais c’est une super expérience qui est utile.
Il est important de se rendre compte de ce qui est autour de nous. L’engagement et l’activisme nous aident à prendre conscience plus concrètement de ce qui nous entoure.
On peut toujours apporter sa pierre à l’édifice même si on se sent tout petit.

Il faut être patient quand on s’engage dans quelque chose comme la défense des droits humains. Il ne faut pas s’attendre à ce que tout change dès le lendemain. Il y a des tas d’actions différentes à mener. On peut proposer à des gens de signer des pétitions ou d’écrire des lettres en faveur de telle ou telle personnes en danger dont les droits humains ont été bafoués. On peut aussi juste parler de leur cas.
Sensibiliser les gens à propos de certaines violations des droits humains, en parler, cela permet de faire connaître ces situations autour de soi et dans un sens, c’est déjà changer les choses !

Considères-tu le fait d’être une fille ou une femme comme un obstacle, un atout quand on veut agir pour défendre les droits humains ou bien penses-tu que cela n’a pas d’importance ?

Je trouve que c’est super important que les femmes prennent la parole et que la défense des droits humains soit menée par tout le monde. Je suis féministe et les droits des femmes, ce sont des droits que je défends autour de moi, sur les réseaux sociaux. Ce sont des droits qui sont toujours aujourd’hui fort bafoués dans le monde, y compris chez nous. Il y a un gros travail à faire notamment autour des stéréotypes liés au genre.

C’est peut-être plus compliqué de se faire entendre si on est une femme mais dans notre groupe local par exemple, il n’y a qu’un homme ! Il ne faut pas essayer de le prendre comme un obstacle. Il vaut mieux se dire, j’ai envie de faire ça et je vais le faire !!

As-tu déjà une idée du métier que tu souhaiterais faire plus tard ?

Je suis intéressée par le journalisme mais si jamais je me lance dans le journalisme, j’ai envie que mon travail de journaliste soit en lien avec la politique ou les droits humains.

Travailler dans les droits humains, cela me tente beaucoup ! Si cela ne devient pas mon métier, cela restera une question importante pour moi à laquelle je porterai une attention toute particulière dans ma vie de tous les jours.

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