Quand des jeunes échangent avec la ministre de l’Éducation

Découvre l’interview et le témoignage des quatre jeunes qui ont participé le 22 avril 2021 à une rencontre avec Caroline Désir dans le cadre du projet « Mon cri ».

Quatre jeunes d’horizons différents réunis par le projet Mon cri

Ils sont quatre élèves du secondaire, deux filles et deux garçons, à avoir eu l’opportunité d’échanger en direct (mais en visioconférence), pendant deux heures, avec Caroline Désir, ministre de l’Éducation de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et quatre de ses conseillers et conseillères, dans le cadre du projet « Mon cri ». Une expérience enrichissante pour toutes et tous, qui a permis aux jeunes concernés d’être écoutés, mais aussi de se confronter à des discours politiques parfois éloignés du terrain, générant à la fois de la frustration et une volonté renforcée à faire valoir leurs droits et se faire entendre.

Âgés entre 17 et 18 ans, étudiant toutes et tous dans des écoles différentes de Bruxelles et de Wallonie, ils ne se connaissaient pas avant que le projet « Mon cri » les réunisse.

Juliette et Adeline, toutes deux en rhéto, l’une à l’Athénée Royal Paul Delvaux d’Ottignies et l’autre au Collège Saint-Roch de Ferrières, ont chacune eu connaissance de ce projet par une enseignante de leur école. Kenny, en dernière année au Lycée français Jean Monnet d’Uccle, en a entendu parler, quant à lui, sur les réseaux sociaux. Enfin, Amine, en 3e année d’animation sportive à l’Athénée Royal de Ganshoren, a été informé du projet par sa maison de quartier à Molenbeek avec laquelle il venait de participer à un documentaire visant à recueillir les témoignages de plusieurs jeunes sur leurs conditions de vie depuis le début de la pandémie de Covid-19.

Chacun et chacune avait des suggestions précises à transmettre aux autorités belges au pouvoir, afin d’améliorer les conditions de vie des jeunes. Amine et Adeline se sont exprimés en vidéo tandis que Juliette et Kenny ont soumis leurs idées par écrit.

Identifier seulement quelques jeunes pour participer à des rencontres avec des ministres dans le cadre du projet « Mon cri » n’était pas facile tant vous avez été nombreux et nombreuses à transmettre via le formulaire « Mon cri » des propositions concrètes, détaillées et pertinentes. Amnesty International a donc essayé de solliciter des jeunes ayant des suggestions qui se complètent et avec des profils divers. L’objectif n’était pas d’en faire des portes-paroles représentant tous les jeunes ayant participé à « Mon cri » mais de donner l’opportunité à certains d’entre eux de soumettre directement à l’oral leurs idées aux autorités compétentes pour les mettre en œuvre. Un exercice de participation citoyenne directe que Adeline, Kenny, Amine et Juliette ont réalisé avec brio et spontanéité.

Amine, Adeline, Kenny et Juliette nous parlent d’eux et de cette rencontre

Quels sont tes centres d’intérêt, tes passions et tes objectifs pour le futur ?

Amine : J’adore le sport, particulièrement le karaté, et l’animation sportive. Plus tard, j’aimerais à la fois ouvrir une concession automobile car j’adore le commerce de voitures et être animateur sportif. Je pense que je pourrai gérer les deux sans problème et c’est toujours mieux d’avoir plusieurs métiers.

Juliette : J’aime beaucoup l’art plastique (en particulier la peinture à l’huile, les collages et l’aquarelle). Dès que cela sera possible, j’aimerais beaucoup voyager (peut-être poursuivre des études à l’étranger avec le programme Erasmus) et découvrir des cultures différentes. Avant le début de la pandémie, je projetais de partir faire une année d’étude à l’étranger, mais j’ai dû abandonner ce projet à cause de la crise sanitaire. Après ma rhéto, j’aimerais suivre des études de création d’intérieur à l’École des arts de Saint Luc.

Adeline : J’aime lire, faire de l’équitation et de la danse. J’aime aussi beaucoup les animaux. Moi aussi j’avais prévu de réaliser une année d’étude à l’étranger après ma rhéto, mais cela n’est pas possible avec le contexte sanitaire. Mon rêve ce serait d’être bilingue voire trilingue, j’adorerais apprendre des langues différentes. Je pense que je vais suivre des études dans le commerce extérieur. J’aimerais aussi pouvoir revoir librement mes amis comme avant.

Kenny : Je suis très intéressé par l’action politique, l’histoire, les cultures, et le fait de faire bouger les choses. Je suis aussi passionné par la danse et je fais du hip hop. L’année prochaine, j’aimerais faire des études en sciences politiques, sciences éco et sociales ou en relations internationales.

Le mot « jeune » porte une connotation parfois négative au sein des débats et ce jugement sur les jeunes générations semble s’être accru pendant la pandémie. Pourtant, même pendant la pandémie, les jeunes se sont engagés et ont fait preuve d’une grande solidarité. Plus généralement, ils sont aussi très actifs dans les luttes climatiques et sociales. Quelles sont, selon toi, les raisons qui expliquent cette discordance ? Quel est ton ressenti par rapport à la place et le rôle que tu occupes au sein de la société ?

Juliette : J’ai l’impression que le jugement souvent négatif porté sur les jeunes a toujours existé quelque soit l’époque. Je trouve dommage que tout le monde ne soit pas ouvert aux nouvelles idées, aux idées des jeunes générations.

Adeline : Beaucoup de stéréotypes circulent sur les jeunes. On veut être pris au sérieux, mais on ne nous écoute pas suffisamment à cause de ces stéréotypes. Heureusement qu’il existe des espaces de parole mis en place par des organisations comme Amnesty International, sinon on serait vraiment sans voix.

Amine : Je trouve qu’on ne laisse pas suffisamment de place aux jeunes au sein de la société. Les autorités pensent que nous passons notre temps à faire la fête et ne prennent même pas le temps de nous poser des questions et de nous écouter. Je trouve ça anormal et injuste.

Kenny : Selon moi, la place accordée aux jeunes au sein de la société est clairement insuffisante, c’est pour cette raison que quand j’ai entendu parler du projet « Mon cri », j’ai immédiatement décidé de saisir cette opportunité pour m’exprimer en espérant que cette initiative permettrait aux jeunes d’être mieux considérés et entendus.

Pourquoi as-tu participé à « Mon cri » et quelles étaient tes attentes par rapport à cette initiative ?

Adeline, Amine, Juliette et Kenny répondent en cœur que c’était une occasion de se faire entendre et de s’exprimer sur les sujets les concernant. Ils espèrent toutes et tous que leurs idées et suggestions transmises via « Mon cri » contribueront à faire évoluer la situation des jeunes.

Connais-tu d’autres espaces de parole et de participation à destination des jeunes dans le cadre de la crise sanitaire ?

Adeline, Amine, Juliette et Kenny répondent toutes et tous qu’ils ne connaissent pas de véritables espaces de participation pour tous les jeunes. Adeline ajoute qu’elle a déjà entendu parler du Comité des élèves francophones (CEF) sur Facebook mais il ne s’agit pas pour elle d’un espace qui permet à tous les élèves d’exercer leur droit à la participation. Quant à Juliette, il existe dans son école à pédagogie active différents organes et fonctions qui facilitent la participation des élèves au sein de l’école et permettent une meilleure écoute des élèves, mais cela ne concerne que son école et pas de manière plus globale tous les élèves de toutes les écoles, et de manière encore plus générale tous les jeunes.

À ce sujet, Amine indique : cette année a été la pire en matière de représentativité des élèves dans mon école. J’ai été plusieurs fois délégué de classe durant ma scolarité, mais cette année il n’y avait tout simplement aucun délégué des élèves dans toute l’école et aucune élection n’a été organisée. On a pourtant interpellé les enseignants et la direction à ce sujet à plusieurs reprises, mais sans succès. Et hors période de pandémie, même quand il y avait des délégués de classe parmi les élèves comme cela a été mon cas plusieurs fois, ils ne servaient pas à grand-chose car ils n’étaient sollicités que pour des questions sans intérêt. Je trouve que les sujets abordés avec les délégués des élèves en général, et le fait de ne pas se soucier d’organiser des élections de délégués des élèves pendant la pandémie démontrent qu’il y a un sérieux problème en matière de participation des élèves concernant les décisions prises au sein de l’école.

Kenny, quant à lui, a été amené à participer à une action organisée par le Forum des Jeunes sur le racisme et a, par la suite, rejoint le Forum, mais il estime que cet organe ne permet pas d’offrir un véritable espace de participation à tous les jeunes, notamment aux jeunes du secondaire.

Si tu devais résumer ta rencontre avec la ministre en une phrase, quelle serait-elle ?

Amine  : Des bonnes intentions ! La ministre était à l’écoute, mais on sentait que c’était avant tout une responsable politique, éloignée de notre quotidien.

Juliette : J’étais heureuse d’avoir l’opportunité d’échanger avec une ministre, mais frustrée par certaines réponses donc je suis sortie de cette rencontre avec des sentiments partagés.

Adeline : C’était une bonne expérience, mais je suis moi aussi partagée. Je suis très contente d’avoir eu la chance de participer à cette rencontre, je me suis sentie écoutée et je regrette que de telles opportunités ne puissent pas avoir lieu plus souvent, mais je suis tout de même déçue et frustrée par certaines de ses réponses et réactions.

Kenny  : J’étais content d’y avoir participé, j’ai trouvé que c’était une expérience intéressante, cela nous a permis d’approfondir de nombreux sujets cruciaux, même si j’étais moi aussi déçu par certaines de ses réponses.

Quelles sont les propositions qui te semblaient les plus importantes à transmettre aux autorités qui ont le pouvoir de changer les choses ?

Juliette : Toutes les questions et propositions que l’on avait étaient aussi importantes et intéressantes les unes que les autres selon moi, mais si je devais en mettre une en avant plus particulièrement, ce serait le problème de la communication et de la diffusion des informations vers les jeunes. La ministre a semblé prendre au sérieux ce problème et les propositions qu’on lui a faites à ce sujet. Nous lui avons notamment proposer de créer sur Instagram un compte dédié à l’attention des élèves (et des jeunes plus globalement si une collaboration interministérielle est possible à ce niveau-là), rassemblant toutes les informations et actualités concernant l’éducation, l’accès aux soins psychologiques et la participation citoyenne des élèves dans le cadre du contexte de crise sanitaire. Nous lui avons également suggéré de faire appel à des influenceurs et influenceuses belges suivis par les jeunes pour faire passer les informations principales et faire connaître ce compte. J’espère que nos discussions à ce sujet vont aboutir à des changements concrets.

Adeline : Selon moi, le problème du suivi psychologique défaillant des élèves est le plus important et le plus urgent à régler. Ses réponses à ce sujet n’étaient pas suffisantes. En effet, même si des mesures ont déjà été prise par la ministre et son équipe pour améliorer le suivi psychologique des jeunes, la détresse psychologique des élèves et le décrochage scolaire ne s’amenuisent pas. Dès lors, je pense qu’il y a encore des projets à mettre en place pour réellement faire baisser cette détresse, en prévoyant par exemple d’intégrer à l’avenir, dans la visite médicale scolaire obligatoire, un entretien avec un ou une psychologue, et à plus court terme, en prévoyant un entretien obligatoire de tous les élèves avec un employé d’un centre psycho-médico-social (PMS) pour permettre aux jeunes de s’exprimer.

Amine : Pour moi, la question de l’accès au matériel informatique pour les élèves qui en ont besoin me semble essentielle. De manière générale, il n’y a pas assez de budget dans les écoles et c’était criant particulièrement durant cette période de crise. J’aimerais que les autorités comprennent que l’on ne veut pas des ordinateurs pour jouer mais pour étudier ! Même si je sais que du matériel informatique a été distribué dans certaines écoles pour les élèves/familles qui en avaient besoin pendant la crise sanitaire, ce n’était pas suffisant. Il y a un problème d’accès à un équipement informatique pour tous les élèves qui en ont besoin et un problème d’information à ce sujet. De plus, dans mon école et celle de mes sœurs et de mes amis, j’ai constaté que certains élèves avaient un sérieux problème à comprendre comment fonctionnaient les outils informatiques utilisés pour les cours en distanciel. Quelques formations ont été prévues pour les enseignants, mais rien pour les élèves. On part du principe que « les jeunes savent y faire avec les ordinateurs et les smartphones ». Mais "l’absence de formation spécifique à destination des élèves est un problème et certains élèves ont décroché, car ils n’étaient pas suffisamment à l’aise avec ces outils.

Kenny : J’estime que le plus important pour les jeunes aujourd’hui est de mettre en place des politiques à la hauteur de la crise de santé mentale, actuelle et à venir. Je comprends tout à fait l’impuissance du gouvernement au début de la crise face à ce nouveau raz-de-marée difficilement perceptible. Je comprends aussi la logique classique d’augmenter le nombre d’employés des Centres psycho médico sociaux (PMS). Cependant, si nous voulons réellement endiguer le problème, il faudrait, selon moi, une vraie alliance et coopération entre les autorités gouvernementales compétentes et les centres PMS pour arriver à des projets ambitieux.

Quels sont les points positifs que tu retiens de cette rencontre ?

Adeline : Elle a accepté de nous rencontrer ! Elle semblait nous comprendre, parfois elle avait de l’empathie.

Juliette : Ce n’était pas un mur, elle nous a apporté des réponses.

Amine : Elle avait l’envie de nous comprendre et de nous écouter. Le plus important, c’est qu’on ait pu vider notre sac, dire ce que l’on avait sur le cœur et partager nos idées.

Kenny : Le fait qu’elle nous ait bien écoutés, elle nous a laissé du temps, on avait le temps de rebondir sur ces réponses. Elle était ouverte sur plusieurs de nos propositions. Pour le retour en présentiel, elle avait l’air assez impliquée et active. Elle a été très à l’écoute sur les problèmes de communication et nos idées en la matière. J’attends donc beaucoup de sa part à ce sujet.

Que penses-tu de l’annonce de la mise en place « d’Assises de la jeunesse » ? Trouves-tu de l’intérêt à ce dispositif et selon toi comment celui-ci devrait être organisé ?

Kenny : C’est une super opportunité mais il faut qu’une véritable place soit accordée aux jeunes autour de certains responsables politiques avec des échanges directs afin que l’on puisse proposer des choses qui seront prises en compte. On nous dit qu’il y a le Forum des jeunes qui existe mais c’est insuffisant. On doit être associé aux discussions de manière concrète, on doit avoir le même poids qu’un adulte et même plus. J’aimerais que ce projet d’Assises de la Jeunesse fonctionne un peu comme la convention citoyenne pour le climat mise en place en France avec des experts qui interviennent. On pourrait imaginer des Assises sur le même modèle mais concentrées sur une semaine de vacances scolaires par exemple à la fin de laquelle des propositions concrètes et réalistes sont soumises au gouvernement.

Quelles sont les points pour lesquels les réponses apportées par la ministre n’ont pas été satisfaisantes selon toi ?

Juliette, Amine, Kenny et Adeline sont d’accord pour dire que les réponses de la ministre et de l’une de ses conseillères n’étaient pas satisfaisantes sur la question du suivi psychologique mais également sur celle de l’accès aux équipements informatiques et aux salles de sport.

Amine et Kenny : Il n’y a pas assez de centres psycho médico sociaux (PMS), ils sont tout le temps pleins et débordés, et il n’y a pas assez de visites de psychologues dans les écoles. Il faut que les gens viennent vers toi quand tu es en détresse psychologique et pas que tu sois obligé de faire la démarche d’aller vers un psy. Un fou ne va pas aller à l’hôpital psychiatrique de lui-même, cela paraît logique.

Lors de cette rencontre, vous avez souligné que les réalités des élèves étaient différentes selon les classes sociales et les types d’enseignement (enseignement technique/professionnel vs enseignement général). Qu’est-ce qu’il serait utile de mettre en place pour réduire ces écarts et ces inégalités selon toi ?

Amine : Essayer de mettre en place l’égalité à tout prix, c’est pas la meilleure chose à faire selon moi, c’est plutôt une question d’équité ! Il y a clairement un problème d’absence d’équité auquel il faut remédier.

Kenny  : C’est dingue qu’ils aient mis tout le monde dans le même sac. Je trouve que ce n’est vraiment pas normal qu’ils n’aient pas prévu de dispositifs différents pour les 3 filières (technique, professionnel et général). Ils devraient mettre en place des politiques plus adaptées à chaque secteur.

As-tu un dernier message à partager ?

Juliette : Il est important de se faire entendre mais pour que son cri passe, il faut rester constructif, tolérant et visionnaire.

Amine : Je pense que la ministre nous a bien entendus, qu’elle fera en sorte que notre enseignement se passe au mieux et que notre cri soit bien compris et pris au sérieux. J’estime qu’on a réussi à lui faire passer des messages au nom des jeunes et surtout des écoliers !

Adeline : Même si tous les jeunes n’ont pas eu l’occasion de participer à cette échange, nous avons pris au sérieux notre rôle pour que la voix des jeunes soit mieux entendue et prise en compte. À présent, on attend beaucoup des autorités au pouvoir car il faut agir dès maintenant pour améliorer les conditions d’apprentissage et la santé mentale des jeunes. Sans perspective, beaucoup de jeunes risquent de ne pas continuer leurs études en sachant ce qui les attend. Nous avons tous besoin de voir la fin du tunnel et de nouvelles mesures adaptées à nos attentes, afin de rebooster notre envie de continuer nos études.

Pour en savoir plus sur les propositions reçues via « Mon cri »

Crédit photo : Marjorie Goffart

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