Bonnes nouvelles d’avril

De la fin de l’ère Orbán en Hongrie, ouvrant une occasion majeure de rétablir l’état de droit et de veiller à ce que les droits humains soient au cœur de l’élaboration des politiques du pays, à une condamnation historique de la Cour de justice de l’UE contre une loi discriminatoire visant les personnes LGBTQIA+, en passant par la libération de l’avocat des droits humains Yu Wensheng en Chine et la confirmation d’un procès historique contre l’ancien président philippin Rodrigo Duterte devant la Cour pénale internationale, plusieurs avancées majeures ont marqué la scène internationale. À cela s’ajoute une victoire importante pour les droits des travailleuses domestiques en Indonésie, désormais reconnues comme des employé·e·s formel·le·s après plus de deux décennies de mobilisation. Voici quelques bonnes nouvelles qui ont marqué le mois d’avril.

Hongrie : la fin de l’ère Orbán, un espoir de voir les droits humains à nouveau au coeur des politiques gouvernementales du pays

Le 12 avril 2026 marque un tournant politique en Hongrie. Après 16 ans d’un gouvernement déterminé à ignorer les droits humains et à démanteler l’état de droit, la majorité de la population hongroise a voté en faveur du changement. Cela représente une occasion pour la Hongrie d’inverser la tendance de recul en matière de droits humains qui a marqué le pays et de revenir sur une voie où les droits humains sont au cœur de toutes les politiques gouvernementales.

Depuis 2010, en effet, Orbán a méthodiquement affaibli les contre-pouvoirs. Réformes constitutionnelles taillées sur mesure, mise au pas progressive de la justice, pressions sur les médias indépendants, instrumentalisation de la peur et des discours nationalistes : son projet politique, nommé comme « illibéral », a éloigné la Hongrie des principes fondamentaux que s’engagent à respecter tous les États membres de l’Union européenne, en particulier le principe de l’état de droit.

Le scrutin du 12 avril apparaît donc comme un désaveu clair, de la part de la population, de la trajectoire adoptée par Viktor Orbán. Il traduit une volonté d’une partie importante de l’électorat de rééquilibrer les institutions et de renouer avec des pratiques plus respectueuses des droits humains. Mais l’arrivée de Péter Magyar au pouvoir ne doit pas être idéalisée. S’il incarne le changement, il reste encore à démontrer sa capacité à transformer cette victoire électorale en réformes concrètes. Les attentes sont élevées : restauration des contre-pouvoirs, lutte contre la corruption, rétablissement de la confiance dans les institutions, arrêt des campagnes d’incitation à la haine contre des minorités et des groupes menacés et abrogation ou modification de l’ensemble des lois, politiques et pratiques qui bafouent les droits humains.

Ce moment politique ouvre donc une fenêtre d’opportunité, mais pas une garantie. La fin de l’ère de Viktor Orbán est perçue comme un soulagement par beaucoup, mais la suite dépendra de la capacité du nouveau pouvoir à prouver, dans les faits, son attachement véritable au respect des droits humains.

Union européenne : un arrêt historique condamne la Hongrie pour discrimination envers les personnes LGBTQIA+

C’est une décision importante pour les droits fondamentaux en Europe, le 21 avril 2026, la Cour de justice de l’Union européenne a rendu un arrêt historique, concluant que la Hongrie a violé le droit de l’Union en adoptant, en 2021, une législation largement dénoncée comme discriminatoire envers les personnes LGBTQIA+.

Cette loi, portée par le gouvernement de Viktor Orbán, visait notamment à restreindre la représentation et la visibilité des identités LGBTQIA+ dans l’espace public et auprès des mineurs, c’est-à-dire qu’elle avait pour objectif assumé de marginaliser la communauté LGBTQIA+.

Dans son arrêt, la Cour franchit un cap. Pour la première fois dans le cadre d’un recours contre un État membre, elle constate une violation de l’article 2 du Traité sur l’Union européenne, qui consacre les valeurs fondamentales de l’Union, notamment le respect de la dignité humaine, de l’égalité et des droits humains. Ce constat donne une portée politique et juridique exceptionnelle à la décision.

Au-delà du cas hongrois, cet arrêt envoie un message important : les atteintes aux droits fondamentaux, en particulier lorsqu’elles visent des minorités, ne peuvent être tolérées au sein de l’Union. Il renforce l’idée que l’appartenance à l’Union européenne implique des obligations concrètes en matière de respect des valeurs communes, et pas seulement des engagements symboliques.

Chine : la libération d’un avocat des droits humains Yu Wensheng

Le 13 avril 2026, l’avocat Yu Wensheng a été libéré après avoir purgé une peine de trois ans de prison pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État ». Arrêté en 2023 avec son épouse Xu Yan alors qu’ils se rendaient à une rencontre avec des représentants de l’Union européenne, il fait partie des figures les plus connues de la défense des droits humains en Chine. Sa libération représente un soulagement important pour ses proches après des années de détention et de pressions.

Poursuivi pour son engagement en faveur de la justice et de l’État de droit, Yu Wensheng n’aurait jamais dû être emprisonné. Son cas s’inscrit dans un contexte plus large de répression des défenseur·e·s des droits humains, où les autorités utilisent régulièrement des accusations liées à la sécurité nationale pour réduire au silence les voix critiques.

Attention, cela ne constitue pas en soi une réparation. En effet, de nombreuses personnes libérées restent soumises à des restrictions, comme la « privation de droits politiques », souvent utilisée pour prolonger la surveillance et le harcèlement. Yu Wensheng doit pouvoir retrouver sa famille et reprendre sa vie librement, sans intimidation.

Cette libération est donc une étape importante, qu’il faut saluer. Mais elle rappelle aussi l’urgence de mettre fin aux poursuites arbitraires et de garantir le respect des droits humains en Chine.

Philippines : un procès historique en vue pour Rodrigo Duterte

Le 23 avril 2026, la Cour pénale internationale a confirmé toutes les charges contre l’ancien président Rodrigo Duterte. Les juges estiment qu’il existe suffisamment d’éléments pour ouvrir un procès pour crimes contre l’humanité.

Trois accusations ont été retenues, liées à des meurtres et tentatives de meurtre commis dans le cadre de la « guerre contre la drogue  » menée aux Philippines entre 2011 et 2019. Selon la Cour, ces violences pourraient s’inscrire dans une attaque à grande échelle et organisée contre des civils.

La décision intervient après plusieurs années de contestation. Les juges ont confirmé que la Cour restait compétente, même si les Philippines ont quitté son traité fondateur en 2019, car les faits examinés sont antérieurs à ce retrait.

Le procès se tiendra à La Haye. C’est une première pour un ancien chef d’État d’Asie du Sud-Est, et un signal important dans la lutte contre l’impunité.

Indonésie : une avancée pour les droits des travailleuses domestiques

Le 21 avril 2026, l’Indonésie a reconnu officiellement les travailleuses et travailleurs domestiques comme des employé·e·s formel·le·s, après l’adoption de la loi sur la protection des travailleurs domestiques. Cette décision intervient à l’issue de plus de 22 années de mobilisation et de plaidoyer.

Adopté par la Chambre des représentants, ce texte vise à protéger environ 4,2 millions de personnes, dont une écrasante majorité de femmes, longtemps restées dans l’ombre des législations du travail. En leur accordant un statut légal, la loi leur ouvre enfin l’accès à des droits fondamentaux, tels que l’assurance maladie, les allocations chômage, la formation professionnelle et des jours de repos.

Le texte introduit également des mesures importantes pour prévenir les abus. Il interdit désormais l’emploi de personnes de moins de 18 ans comme travailleuses domestiques et proscrit les pratiques abusives des agences de placement, notamment la déduction de frais de recrutement sur les salaires. Il impose en outre la mise en place de contrats de travail clairs, encadre les processus de recrutement et prévoit des mécanismes de règlement des différends ainsi que des protections contre la violence et l’exploitation.

Pendant des années, les organisations de la société civile et les syndicats ont dénoncé les conditions précaires et les abus subis par ces travailleuses, souvent invisibilisées. Leur mobilisation constante a été déterminante pour faire aboutir cette réforme !

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