Fomusoh Ivo Feh, emprisonné pour une blague

Originaire de Bamenda, au nord-ouest du Cameroun, le jeune Fomusoh Ivo Feh semblait promis à un bel avenir. Il avait réussi son General Certificate of Education (GCE) et s’apprêtait à entrer à l’université. Avant qu’un SMS sarcastique ne bouleverse le cours de sa vie.

10 ans de prison pour une blague

À la fin de l’été 2014, Fomusoh Ivo Feh, alors âgé de 25 ans, reçoit d’un ami ce texto : « Boko Haram recrute des jeunes à partir de 14 ans. Conditions de recrutement : quatre matières au GCE, y compris la religion ». Traduction de cette petite plaisanterie : il faut être bon élève et réussir ses examens pour trouvé un travail, même auprès d’un groupe terroriste. Ivo a la mauvaise idée d’envoyer le texto à un ami, Azah Levis Gob, qui l’envoie à Afuh Nivelle Nfor, un autre lycéen. Un enseignant en prend connaissance, confisque le portable et alerte la police. La blague se transforme de manière inconsidérée en affaire d’État.

Fomusoh Ivo Feh et ses deux amis sont arrêtés entre septembre et décembre 2014, incarcérés et accusés d’avoir tenté d’organiser « une rébellion contre l’État ».

En novembre 2016, le tribunal militaire de Yaoundé (capitale du Cameroun), condamne Ivo et ses deux amis, à 10 ans de prison pour des infractions liées au terrorisme. Une juridiction militaire confirme la condamnation des trois jeunes en appel en mars 2018.

La seule erreur de Fomusoh Ivo Feh et de ses amis a sans nul doute été d’avoir grandement sous-estimé le niveau de tension régnant dans le pays, en particulier dans l’Extrême-Nord.

Quelques explications pour t’aider à comprendre la situation au Cameroun

Boko Haram est un groupe terroriste salafiste et jihadiste dans l’Afrique de l’Ouest. La dérive meurtrière de ce groupe a en effet déstabilisé la région de Maroua (ville au Cameroun) et les zones riveraines du Nigeria, au point que des troupes tchadiennes ont un temps été appelées en renfort.

Le savais-tu ? Le Cameroun, le Nigéria et et le Tchad sont tous trois des pays frontaliers.

Boko Haram s’est livré à des enlèvements, attentats-suicides et attaques de villages camerounais. Ainsi, plusieurs centaines de civils ont été massacrés, le 4 février 2015, dans la localité de Fotokol (commune du Cameroun à la frontière avec le Nigéria). À la suite des abus du groupe armé, plus de 170 000 ruraux camerounais, des femmes et des enfants surtout, ont fui leur foyer et sont déplacés dans tout l’Extrême-Nord.

En réponse, dans le but de protéger sa population des violences de Boko Haram, les autorités camerounaises ont multiplié les arrestations. Les dénonciations calomnieuses n’ont pas manqué.

Entre juin 2015 et juillet 2016, plus de 100 personnes ont été condamnées à mort sur la base de « preuves  » invérifiables.

En juillet 2016, Amnesty International a dénoncé le véritable climat de terreur créé par les autorités du pays. En effet, comme l’a souligné Alioune Tine, directeur du bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique centrale et de l’Ouest : le Cameroun vise le bon objectif, à savoir mettre fin aux violence du groupe armé, mais il ne s’y prend pas de la bonne manière en arrêtant des personnes sans preuves et en les torturant.

On peut désormais ajouter qu’en arrêtant des lycéens et en les condamnant à dix ans de prison ferme sur la base d’un SMS malencontreux, le gouvernement camerounais persiste à « ne pas employer les bons moyens ». Signe la pétition pour exiger leur libération. Leur place n’est pas en prison !

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