Exemple d’animation sur la violence dans le couple (contrôle de l’autre)


LES VIOLENCES DANS LES RELATIONS AMOUREUSES

Exemple d’une Séance d’animation de 2h., proposé par le collectif Solidarité Femmes de La Louvière

N.B. : Vous pouvez télécharger ce dossier en pdf, en cliquant sur le fichier qui se trouve tout en dessous de cet article.

1) Introduction en grand groupe

Présentation générale des deux heures d’animation.

2) animation

a) Le sketch est visionné en grand groupe (la scène est vue deux fois
)

N.B. : ce sketch provient de la cassette vidéo "Violences, c’est parce que je t’aime", réalisée à l’initiative de l’association "Femmes solidaires contre la violence" à Tournai. Contacts : 069/22 73 31 ou femmescv@skynet.be

Le contrôle de l’apparence physique de l’autre

(A la maison, c’est le soir. Charlotte attend que son copain Denis vienne la prendre pour sortir ensemble chez des copains.)

Charlotte  : Mais qu’est-ce qu’y fait ? Il m’avait dit qu’il passerait me chercher à 9 heures juste. La soirée doit déjà être commencée ah !!
Et puis j’suis impatiente qu’il voie ma nouvelle jupe. Elle est super hein. Julie elle a la même et l’autre jour ça lui a drôlement plu à Denis.

(Denis sonne.)

Charlotte  : Bon enfin : le voilà !
(Elle ouvre la porte.)

Charlotte : Bonsoir toi ah je t’attendais. Dis donc faut se dépêcher parce que ma mère veut que j’sois rentrée avant minuit alors faut y aller. Tu sais j’suis vachement contente parce que le contrôle de maths dont j’avais si peur, eh ben ça s’est super bien passé !!

(Denis ne dit rien et l’examine des pieds à la tête. Il n’a pas l’air content.)

Denis  : Ben quoi t’es pas en jeans ? Qu’est ce que c’est cette tenue ? Ca va du tout !

Charlotte  : Ca alors ! C’est la jupe dont je te parlais et dont j’avais tellement envie. Ma mère a fini par me l’acheter hier.

Denis  : Mais t’es folle ! Tu t’es regardée ! De quoi t’as l’air là-dedans ? Tu vas pas sortir comme ça quand même !

Charlotte  : Mais pourquoi ? Julie a la même et l’aut’jour t’as trouvé ça super...

Denis  : Ouais mais, elle c’est pas pareil.

Charlotte  : Comment ça pas pareil ?

Denis  : Ben Julie : c’est pas ma nana !

Charlotte  : Et alors ???

Denis  : Alors alors ... bon ben... écoute c’est simple : si tu veux qu’on y aille tu m’enlèves ça toute de suite et tu mets un jeans.
Et puis, t’as intérêt à t’grouiller il est déjà 9 heures et demie.

b) Animation en sous-groupe

Un premier tour de table avec une question large : "qu’avez-vous ressenti, pensé... en voyant cette scène ? 5 min .
Les jeunes vont certainement exprimer que : "les filles aussi font ça !". L’animatrice propose alors une piste de réflexion : « comment tu réagis quand ta copine fait ça ? Est ce que tu as peur d’elle ? »

"On ne connaît pas la suite de l’histoire, à votre avis, que va-t-il se passer ensuite ? 5 min
Ce sketch met en scène un conflit, un désaccord dans le couple.

A partir de ce que les jeunes ont imaginé comme fin, on va jouer les fins possibles de sketch. 5 min .
Le jeune qui imagine la fin vient la jouer avec une animatrice

Important : Il faut jouer, au moins, 3 fins. Si les jeunes n’ont pas identifiés la fin positive où le conflit se règle par la communication et la négociation dans le respect de l’autonomie de la partenaire, il faut leur proposer

Propositions de fins afin d’appuyer les élèves dans leur prestation :
elle ne cède pas, il s’en va et du coup la sortie
est annulée
Fin négative :
F : « Ah ! Non, de toute façon je n’ai pas envie de me changer. Je suis bien comme ça »
H : « Si c’est comme ça on va nulle part ! » (Il sort en claquant la porte)

elle cède et ils sortent

Fin négative :
F : « mais non, moi je me trouve jolie. Je l’aime bien et je l’ai acheté exprès pour ce soir »
H : « je n’ai pas besoin d’une copine qui passe son temps à exciter les autres mecs »
F : « Ouais ça va, t’énerves pas, je me dépêche, je vais me changer... »

elle ne cède pas et il accepte son point de vue

Fin positive :
F : « j’ai le droit de porter cette jupe. En plus elle te plait. »
H : « Je ne supporte pas que les autres te regardent. Je suis jaloux parce que je t’aime et j’ai peur de te perdre »
F : « Tu n’as pas de raison d’être jaloux, si tu m’aimes, tu dois me faire confiance »
H : « Ouais t’as raison, excuse-moi, c’est stupide, allons-y ! En plus c’est vrai t’es vraiment mignonne... »
Cette fin positive va servir de point de comparaison. L’animatrice/teur peut alors poser la question : « quelle fin préférez-vous ?

elle ne cède pas, il accepte de mauvais gré mais reste en colère d’avoir dû "céder". Son mécontentement va resurgir lors d’un autre conflit.


À partir des différentes fins, on va amener les jeunes à se questionner sur ce qui se passe. ¾ heures

Un-e des animateurs/ trices va prendre note de ce que les jeunes disent en fonction des objectifs de l’animation


Il est important de :

Identifier que les comportements du garçon, lorsqu’il contraint sa copine à se changer (soit elle cède, soit il s’en va), font partie d’un ensemble d’actes dont le but est de dominer et contrôler l’autre. Il n’y a pas de négociation possible. L’objectif du partenaire violent est d’obtenir que l’autre fasse ce qu’il lui a dit.
Pour obtenir cette soumission, le partenaire va utiliser des méthodes de plus en plus fortes, de plus en plus dures (escalade) parce que l’autre ne va pas rester passif devant cette volonté de domination.
Les racines de ces comportements sont à rechercher dans l’éducation et les modèles sociaux qu’on propose aux garçons et aux filles.
Ce qui a comme conséquence que les premières formes de violences (le contrôle) ne sont pas identifiées comme telles par ce que jugées "normales" dans une relation de couple : "il est jaloux, il m’aime, c’est normal si je suis en couple que je ne sorte plus sans l’autre, c’est normal que j’arrête mes loisirs parce que je dois me consacrer à l’autre..."
(Une étude française récente a démontré que les filles qui sont en couple finissent par perdre tout leur cercle d’ami-e-s alors que ce n’est pas vrai pour les garçons qui continuent à voir leurs copains, leur petite amie vient s’ajouter à leur cercle de relations)

Il faut qu’ils sachent qu’une femme sur cinq en Europe est victime de violences dans son couple et que toutes les victimes ont vécu et "accepté" d’abord la prise de contrôle du partenaire sur leur habillement, leurs fréquentations, leur travail, leurs loisirs, leur famille... avant d’être battues. Ce qui ne veut pas dire que ce type de situation entraîne automatiquement de la violence. Tout dépendra de la façon dont le conflit sera résolu.

=)
a- définition de la violence
b- les différentes formes de violence
c- l’escalade de la violence (violence psychologique, verbale, physique, sexuelle, homicide)
d- le cycle de la violence (violence, excuses, lune de miel)
e- les conséquences de la violence

Résumé de ce que les jeunes ont découvert. : 5m

Discuter des différentes actions possibles dans leur école lorsqu’ils/elles se rendent compte que des copines et copains vivent des relations de violence. 30 min .

SCENARIO COMPLET DU SKETCH


HISTOIRE DE .....

(A la maison, c’est le soir. Charlotte attend que son copain Denis vienne la prendre pour sortir ensemble chez des copains.)

Charlotte  : Mais qu’est-ce qu’y fait ? Il m’avait dit qu’il passerait me chercher à 9 heures juste. La soirée doit déjà être commencée ah !!
Et puis j’suis impatiente qu’il voie ma nouvelle jupe. Elle est super hein. Julie elle a la même et l’autre jour ça lui a drôlement plu à Denis.

(Denis sonne.)

Charlotte  : Bon enfin : le voilà !
(Elle ouvre la porte.)

Charlotte  : Bonsoir toi ah je t’attendais. Dis donc faut se dépêcher parce que ma mère veut que j’sois rentrée avant minuit alors faut y aller. Tu sais j’suis vachement contente parce que le contrôle de maths dont j’avais si peur, eh ben ça s’est super bien passé !!

(Denis ne dit rien et l’examine des pieds à la tête. Il n’a pas l’air content.)

Denis  : Ben quoi t’es pas en jeans ? Qu’est ce que c’est cette tenue ? Ca va du tout !

Charlotte  : Ca alors ! C’est la jupe dont je te parlais et dont j’avais tellement envie. Ma mère a fini par me l’acheter hier.

Denis  : Mais t’es folle ! Tu t’es regardée ! De quoi t’as l’air là-dedans ? Tu vas pas sortir comme ça quand même !

Charlotte  : Mais pourquoi ? Julie a la même et l’aut’jour t’as trouvé ça super...

Denis  : Ouais mais, elle c’est pas pareil.

Charlotte  : Comment ça pas pareil ?

Denis  : Ben Julie : c’est pas ma nana !
Charlotte  : Et alors ???

Denis  : Alors alors ... bon ben... écoute c’est simple : si tu veux qu’on y aille tu m’enlèves ça toute de suite et tu mets un jeans.
Et puis, t’as intérêt à t’grouiller il est déjà 9 heures et demie.

Charlotte :............................................?

Comment va se terminer cette histoire ?

FIN 1

Charlotte  : « Ah ! Non, de toute façon je n’ai pas envie de me changer. Je suis bien comme ça »

Denis
 : « Si c’est comme ça on va nulle part ! » (Il sort en claquant la porte)

FIN 2

Charlotte  : « mais non, moi je me trouve jolie. Je l’aime bien et je l’ai acheté exprès pour ce soir »

Denis :
« je n’ai pas besoin d’une copine qui passe son temps à exciter les autres mecs »

Denis :
« Ouais ça va, t’énerves pas, je me dépêche, je vais me changer... »


FIN 3

Charlotte  : « j’ai le droit de porter cette jupe. En plus elle te plait. »

Denis
 : « Je ne supporte pas que les autres te regardent. Je suis jaloux parce que je t’aime et j’ai peur de te perdre »

Charlotte :
« Tu n’as pas de raison d’être jaloux, si tu m’aimes, tu dois me faire confiance »

Denis
 : « Ouais t’as raison, excuse-moi, c’est stupide, allons-y ! En plus c’est vrai t’es vraiment mignonne... »

ANNEXE POUR LES ANIMATRICES/TEURS


Définition de la violence dans les relations amoureuses

Agir sur une personne avec qui on a des relations amoureuses ou la faire agir contre sa volonté en employant la force ou l’intimidation une ou plusieurs fois, et ce, pour la contrôler ou la dominer.
Cette violence est, en très grande majorité, exercée par des hommes de tous niveaux social, économique et culturel, dans tous les pays du monde.


Les formes de violences

1) Violence verbale : la violence la plus oubliée

Emploi d’un langage grossier et injuriant.
Usage de railleries, de critiques ou de propos humiliants.
Interdictions exagérées, insultes ou menaces.

2) Violence psychologique : la violence la plus méconnue

Elle se situe principalement au niveau des attitudes et comportements et est souvent reliée à la violence conjugale.
Elle a pour effet de dénigrer la personne dans sa valeur en tant qu’individu.
Elle mène souvent à la cruauté mentale : bouderie, indifférence, silence, contrôle des vêtements et de la nourriture, exigence excessive par rapport aux tâches, contrôle de l’argent, penser ou décider pour l’autre.
Elle se manifeste également sous forme de menace d’abandon, de déportation, d’enlever ou de tuer les enfants, de tuer les animaux, de briser des objets chers...

3) Agression sexuelle : la violence la plus redoutée et la plus cachée
Geste résultant d’un profond sentiment d’agressivité ou de contrôle, dans le but de satisfaire un besoin sexuel contre le gré de la partenaire.

4) Violence physique : la violence la plus connue
Sa présence indique souvent que toutes les autres formes de violence sont également présentes. Emploi de gestes violents tels que : bousculer, frapper, pousser, secouer, blesser, tirer les cheveux, serrer les bras, etc.

5) Violence économique

L’empêcher d’avoir un compte bancaire à elle, faire en sorte qu’elle n’ait jamais d’argent de poche, la priver de toutes sortes de revenus, encaisser les chèques personnels de sa conjointe sans son accord. Contrôler le budget familial pour que la conjointe ne connaisse pas les revenus du ménage.

C’est progressivement que la violence s’installe dans un couple.
Dans la majorité des cas, avec le temps, elle s’aggrave. L’escalade peut être rapide ou prendre des mois, des années.
Trop souvent, les victimes la nient ou l’acceptent comme un élément désagréable de leur vie, jusqu’à ce qu’une nouvelle escalade rende la violence intolérable. Les intervalles entre deux accès de violence, parfois vécus comme des sursis amoureux, endorment en quelque sorte la vigilance des personnes et les empêchent de la reconnaître et de réagir.

La violence débute généralement par des agressions psychologiques qui dénigrent la personne dans ce qu’elle est, ce qu’elle dit et ce qu’elle fait. La violence verbale, les insultes, les menaces précèdent souvent l’agression physique. Celle-ci devient plus sévère avec le temps et peut aller jusqu’au meurtre.

*La violence sexuelle est souvent présente dans toutes les phases de l’escalade mais reste taboue et fort peu comprise.
À titre d’exemple, la jalousie est une forme de violence sexuelle qui a un aspect psychologique, le harcèlement sexuel tend vers l’aspect verbal tandis que le viol est une forme de violence sexuelle qui atteint la dangerosité du niveau physique.
La violence sexuelle comprend aussi l’obligation d’avoir des relations sexuelles parce que c’est "normal de satisfaire son homme"

Les 4 phases du cycle de la violence, que celle-ci soit verbale, physique, psychologique ou sexuelle, varient en temps et en intensité durant la vie d’un même couple et d’un couple à l’autre.

Escalade de la tension

Plusieurs incidents, considérés comme mineurs par la victime, se produisent. La victime croit que cela est passager et qu’elle pourra contrôler la situation.

Explosion de la violence
C’est un épisode court (de quelques heures à 24 heures), plus grave, plus visible que les violences qui existent dans la phase de tension. Ce n’est souvent qu’à ce moment que la victime identifie le comportement de l’agresseur comme un acte de violence à son égard.
Il peut s’agir de violences psychologiques, verbales, sexuelles ou physiques.
Cela dépend du niveau d’escalade de la violence où se trouve la victime.

Justifications et culpabilisation de la victime
L’agresseur essaye de justifier ses actes. Il minimise la gravité de ceux-ci et attribue la responsabilité de son comportement à la victime ou à un problème extérieur (fatigue, stress, alcool...) Celle-ci croit ce qui est dit et se culpabilise. Elle se sent responsable de l’agression subie.
Par ex :
Si le conjoint invoque ses problèmes au boulot, elle va se culpabiliser de ne pas avoir été assez attentive à ce qu’il lui arrive et va le plaindre)
Si le compagnon invoque une attitude "inadéquate" de sa conjointe comme raison à son agression, celle-ci essaie de voir ce qui cloche chez elle et va tenter d’y remédier.

Période de calme et de réconciliation : la lune de miel
Le conjoint veut se faire pardonner, il devient très gentil et attentionné. La victime reprend espoir et veut oublier. Elle essaie de changer de comportement puisqu’elle croit être à l’origine de la violence de son conjoint ou elle tente d’aider son conjoint à régler ses problèmes extérieurs.
Cette période est de durée variable et peut même être absente chez certains conjoints.

Le cycle recommence avec des phases de plus en plus rapprochées et de plus en plus graves.


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