L’histoire de la Tchétchénie

Histoire de la Tchétchénie

Le peuple des montagnes

Les Tchétchènes appartiennent au groupe ethnique des Nord-Caucasiens, comme les Ingouches, dont ils sont proches. Dans l’Antiquité, le peuple dont les Tchétchènes sont issus (les Gargares), établi un peu plus au sud, affronte les légions de Pompée (en 66 av. J.-C.). En dépit de sa supériorité militaire, Rome ne parvient pas à s’imposer dans la région, dont les habitants se retranchent dans les montagnes, difficiles à atteindre.

Au XIIIe siècle, les Mongols, puis les khans de la Horde d’Or, ne parviendront pas plus à contrôler ce peuple montagnard et se contenteront d’une sujétion théorique. C’est aussi à partir du XIIIe siècle que les Tchétchènes s’islamisent, sous l’impulsion de leurs voisins du Daghestan. De confession sunnite, ils se regroupent autour de plusieurs sectes soufies, influentes dans tout le Caucase.

L’empire russe et la conquête du Caucase

À partir du milieu du XVIIIe siècle, sous le règne de Catherine II de Russie, est entreprise la conquête systématique du Caucase. Entre 1829 et 1864, les Tchétchènes résistent vigoureusement à la pénétration russe, notamment sous l’impulsion de l’imam Chamil, qui doit cependant se rendre en 1859. Sanglante, cette conquête coloniale s’accompagne de déportations des populations caucasiennes vers la Sibérie, de réimplantation d’autres populations - tels les Cosaques - ou d’exils forcés vers la Turquie ou l’Arménie.

Implantation du pouvoir soviétique et répression stalinienne

Après la révolution d’Octobre, la Tchétchénie proclame son indépendance (mai 1918) et combat les soldats russes blancs du général Denikine (opposés aux bolcheviks). Après la défaite des Russes blancs (1920), l’Armée rouge occupe la Tchétchénie, rencontrant une certaine résistance.

La fin des années 1920 et le début des années 1930 sont marqués par une réaction armée à la politique de collectivisation des terres. Les Soviétiques répriment cette guérilla, déportant les populations et procédant à de nombreuses exécutions. Différents statuts d’autonomie se succèdent toutefois et, en 1934, Moscou unit la Tchétchénie et l’Ingouchie, avant de créer la République socialiste soviétique autonome de Tchétchéno-Ingouchie, en 1936.

Lorsque la Seconde Guerre mondialeéclate, les Tchétchènes sont mobilisés au sein de l’Armée rouge. À l’été 1942, la Wehrmacht lance une grande offensive sur Stalingrad, visant à s’assurer, plus au sud, le contrôle des champs de pétrole du Caucase. Les Allemands occupent alors très brièvement le nord-ouest du Caucase, sans atteindre la Tchétchénie et ses gisements pétroliers. Pourtant, Staline accuse les Tchétchènes de collaboration avec les nazis. À partir de janvier 1944, la population tchétchène est nsoumise à des déportations massives vers l’Asie centrale.

La République autonome de Tchétchéno-Ingouchie n’est rétablie qu’en 1957. Les populations déplacées se voient alors autorisées à rentrer chez elles.

L’indépendance et la première guerre (1994-1996)

L’ampleur des violences commises par la Russie impériale puis soviétique permet d’interpréter la persistance tenace d’un sentiment de défiance à l’égard de Moscou. Le 19 août 1991, l’ancien général de l’armée de l’air Djokhar Doudaïev prend le parti de Boris Eltsine lors de la tentative de putsch des communistes conservateurs en Russie, puis, profitant du flottement à la tête du Kremlin, s’empare du pouvoir. En septembre 1991, les Ingouches se séparent de la république autonome et, le mois suivant, Doudaïev est élu président de la république de Tchétchénie, déclarée indépendante en novembre.

Moscou choisit de temporiser, soutenant les clans opposés au général-président, avant de tenter un coup de force, le 26 novembre 1994. Toutefois, l’opération ‹ éclair › s’embourbe face à la détermination des petites unités de combattants tchétchènes, mobiles et bien armés, qui infligent de lourdes pertes aux troupes fédérales.

En avril 1996, les Russes parviennent àéliminer Doudaïev, sans pour autant mettre fin à la résistance des boïviki (combattants), notamment dans Grozny. Le 31 août 1996, le général Alexandre Lebed, secrétaire du Conseil de sécurité, négocie la cessation des hostilités en échange du retrait des troupes russes. La Tchétchénie est victorieuse mais exsangue. Le conflit a fait plus de 80 000 morts, Grozny est dévastée et les infrastructures économiques du pays sont détruites.

La seconde guerre de Tchétchénie

En janvier 1997, le modéré Aslan Maskhadov est élu à la présidence de la république. Toutefois, il ne parvient pas à ramener l’ordre : les anciens chefs de guerre continuent d’exercer leur pouvoir sur les populations, tandis que des mouvements fondamentalistes musulmans se développent.

Le 7 août 1999, des combattants islamistes tchétchènes mènent une opération armée au Daghestan. En réaction, Moscou bombarde leurs bases en Tchétchénie. Dans le même temps, une vague d’attentats attribués aux Tchétchènes fait plus de 300 morts en Russie, dressant l’opinion publique contre les ‹ bandits ›. Le 1er octobre 1999, l’armée russe entre en Tchétchénie, procédant à des bombardements massifs avant d’attaquer la capitale, le 14 décembre. Le 6 février 2000, Vladimir Poutine, alors président par intérim, annonce la fin de ‹ l’opération de libération de Grozny ›. Toutefois, si les combattants ont évacué Grozny le 1er février, ils se sont réfugiés dans les montagnes du sud, d’où ils continuent de harceler l’armée fédérale.

Ce second conflit achève de ruiner un pays dévasté. La population civile a payé un lourd tribut : devant les violences russes 250 000 Tchétchènes ont fui vers les républiques voisines. En Russie, Vladimir Poutine a utilisé cette intervention militaire comme un argument électoral, contribuant à son accession à la présidence, en mars 2000. Elle lui a aussi permis de réaffirmer face à l’Occident la puissance de la Russie dans cette région instable. Pourtant, la situation militaire est loin d’être réglée. Le conflit tchétchène reste un dossier brûlant pour le gouvernement russe.

Cathleen Ghenne

sources : www.webencyclo.com

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