Démembrement de l’Empire ottoman : conséquences Dans "Moyen-Orient, mode d’emploi" d’Agnès Levallois, pages 29-30-31, éditions Stock, octobre 2002

Au début du XXe siècle, le Moyen-Orient était encore sous la tutelle de l’Empire ottoman qui, au moment de son apogée, au XVIe siècle, étendait ses frontières jusqu’à la Hongrie, la Crimée, la mer Caspienne et l’Algérie. Son déclin avait commencé au XIXè siècle, suscitant des convoitises de la part des grandes puissances de l’époque, l’Angleterre, la France et, dans une moindre mesure, la Russie. Les Européens ont profité du poids de la dette de l’Empire ottoman qui n’a cessé de croître pour prendre, par le biais économique, une place de plus en plus importante. La faiblesse du pouvoir d’Istanbul a favorisé la pénétration de l’Europe, lui permettant, dès lors, de jouer un rôle de premier plan dans la redéfinition de la région après la chute de l’Empire ottoman et son démembrement. Avant le démembrement, il y avait trois forces en présence : l’Empire ottoman, la Perse et l’Egypte qui, tout en étant une province de l’Empire, était en fait un protectorat anglais. Le creusement du canal de Suez et son ouverture en 1869 allaient accroître l’intérêt des Anglais pour cette voie de communication essentielle à leur commerce avec leurs autres colonies situées en Asie.
La position de l’Empire perse était différente puisqu’il n’a jamais fait partie de l’Empire ottoman et n’a pas eu de contacts privilégiés avec l’Europe. Sa préoccupation était de résister à la rivalité entre les Russes et les Anglais qui voulaient s’approprier les importantes richesses pétrolières que l’on commençait à déceler. C’est à un Britannique que fut accordé le monopole de l’exploitation du pétrole mais, en 1907, sa concession sera limitée en raison d’un accord anglo-russe. 1909 vit la création de l’’Anglo Persian Oil Company’, entérinant de fait la présence britannique en Perse. Ainsi, en 1914, les Anglais contrôlaient l’Egypte, Aden (colonie anglaise depuis 1839), Koweït, Bahreïn, Oman et les petits émirats de la péninsule. Là encore, la préoccupation des Anglais était de contrôler la route des Indes et de faire en sorte que les Russes n’interviennent pas dans la région.

1916 : les accords Sykes-Picot

A cette époque, la Grande-Bretagne et la France sont les deux puissances qui entreprennent de se partager le « gâteau ». Les accords connus sous le nom des deux personnalités qui en sont à l’origine, Mark Sykes et Georges Picot, furent signés en 1916. Ils répartissaient la région en mandats français et britanniques. Les autorités de Londres gardaient la haute main sur la Palestine, l’Irak et la péninsule Arabique alors que les Français recevaient dans leur escarcelle le littoral de la Syrie et la Cilicie (ancien nom d’une région d’Asie mineure située au sud-est de l’Anatolie. Aujourd’hui c’est une province turque). Mais le mandat français n’est pas accepté en Syrie. L’idée principale des Anglais ? Eviter à tout prix que les Français ne prennent le contrôle du port de Haïfa, afin de les éloigner du canal de Suez. D’où le soutien des Anglais au sionisme pour ne pas avoir à entamer de nouvelles discussions avec Paris (la défection de la Russie après la révolution bolchevique impliquait, en effet, une renégociation des accords Sykes-Picot, qui attribuaient un rôle à Moscou).

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