Victimes d’un « nettoyage social » ?

Les enfants des rues, la population, la police, le système judiciaire : qui est responsable ?

Le Honduras est considéré parmi les plus violents des pays d’Amérique du Sud. Il est considéré comme une société à risque.
D’après l’UNICEF, près de 70% des enfants vivent en zone rurale.Les autres 30% vivent dans une des 25 villes. Près de 18% de la population vit dans une des deux plus grandes villes du Honduras : Tegucigalpa et San Pedro Sula. Ces jeunes mineurs viennent souvent de familles qui ont émigré des zones rurales vers les villes, subsistant dans des conditions pitoyables.

Les enfants des rues sont considérés comme des ennemis et des dangers pour la population.

Celle-ci ne fait aucun effort pour les aider. Tous ces enfants sont dans les rues pour différentes raisons, souvent orphelins exploités ou abusés, ils doivent grandir seuls et se débrouiller pour leurs besoins primaires. Une fois dans ce système, ils se prostituent et tombent dans la délinquance. Pour tenter d’arrêter tous ces malheurs, ils se droguent .
Beaucoup d’enfants et de jeunes qui vivent dans la rue sont victimes de brutalités de la police.
Des commerçants qui ont peur des gangs des rues paient des pots de vin aux policiers et aux militaires pour qu’ils se débarrassent de tous les jeunes qui paraissent suspects. Le fait de porter une casquette ou un tatouage peut valoir à un jeune d’être assassiné en pleine rue.
Depuis 1998, les enfants des rues sont considérés comme des ennemis et des dangers pour la population.

En 4 ans, 950 jeunes ont été victimes d’assassins sans visage.
Aucune enquête n’a jamais été produite, ni aucun coupable jugé pour meurtre de ces enfants.
Le principal problème est l’incapacité de l’Etat à combattre la délinquance à cause de son manque de budget et de volonté. La population a perdu confiance dans la justice.

Les exécutions extra-judiciaires des jeunes représentent des cas extrêmement cruels où les lois nationales sont violées. Le Comité de défense des droits de l’Homme indique que les assassinats ont comme motif la « supposée » délinquance.
La Casa Alianza a prouvé que les plaintes envoyées à la police concernant ces assassinats ne sont pas suivies d’effet. Des autopsies ne sont pas faites correctement, les corps ne sont qu’à moitié analysés et le système pénal du Honduras ne donne pas de réponses concrètes.
Tous ces arguments prouvent selon elle, que le système judiciaire du Honduras est corrompu, défaillant et ne tient malgré les apparences, pas du tout compte de la souffrance du peuple et des droits de l’Homme.
L’ Etat du Honduras s’est pourtant engagé à respecter les Droits de l’Homme qui traitent de l’intégrité physique de la personne.

Un autre problème : la détention illégale des mineurs.
Des enfants sont enfermés dans des prisons quand ils sont considérés comme dangereux. Pourtant il est clairement dit dans la Constitution que des mineurs de moins de 18 ans ne peuvent être admis dans aucun pénitencier ou aucune prison. Presque tous les enfants envoyés dans les prisons pour adultes souffrent de sévices sexuels ou physiques de la part des autres prisonniers adultes aussi bien que des gardes. Les enfants soumis à ces actes n’ont pas de défenseurs publics alors que la loi dit qu’ils doivent en avoir un.

Le rapport de l’ONU

Dans un rapport spécial de la Commission des droits de l’Homme de l’ONU, concernant les disparition et les exécutions sommaires datant du 11 janvier 2001, la Rapporteuse Spéciale, Mme Asma Jahangir a examiné la situation des enfants des rues du Honduras. Selon son rapport, de nombreux cas
« seraient à mettre au compte du « nettoyage social » dans le cadre duquel on assassine ou on fait disparaître des enfants des rues en toute impunité.La majorité de ces actes sont attribués à des groupes privés d’autodéfense ou à des groupes de policiers et de militaires opérant en dehors du service ».
La rapporteuse spéciale a fait part de ses préoccupations au gouvernement du Honduras et insisté pour que des mesures soient prises.

Les autorités honduriennes attribuent l’essentiel de la violence qui règne à 475 bandes juvéniles. Outre la violence qu’elles génèrent, ces bandes s’affrontent entre elles.
L’ancien Président hondurien Carlos Flores a exprimé à Mme Asma Jahangir sa préoccupation pour les assassinats. Il s’est engagé à châtier les policiers qui seraient reconnus coupables.

Droits de l’enfant et enfants des rues

La Convention des Droits de l’Enfant a été adoptée à l’unanimité par l’ONU le 20 novembre 1989. Le 2 septembre 1990, la Convention est devenue un traité international. Les 29 et 30 septembre 1990, à New York, un sommet mondial pour les enfants a pris l’engagement de travailler pour la survie, la protection et le développement des enfants. En 1996, la Convention fut ratifiée par 187 Etats. En 2002,une session extraordinaire des Nations Unies fut consacrée aux enfants.

Dans le monde on estime que près de cent millions d’enfants doivent vivre dans les rues.
Les droits de ces jeunes ne sont en général pas respectés comme par exemple :
le droit à l’instruction (article 28),
le droit de jouir du meilleur état de santé possible ou de soins médicaux (article 24),
le droit de ne pas être enlevé, vendu ou maltraité (article 35),
le droit de bénéficier d’une réadaptation physique, psychologique , d’une réinsertion sociale... (art. 39)
et surtout le droit à la vie (art. 6).

Les enfants des rues n’ont plus accès à leurs familles puisqu’ils les ont quittées, ni à l’école, ni aux structures de transmissions culturelles traditionnelles. Ils vont construire leur culture dans les villes. Ils sont trop nombreux dans les pays pauvres, comme les grandes villes d’Amérique latine ou d’Asie. Leur situation est terrible ; ils quittent la campagne pour gagner de l’argent dans les villes où ils vivent de petits boulots ou de prostitution, ils fouillent les poubelles des gens riches...

Sources :

Enfants assassinés et enfants des rues :
 « Droits civils et politiques, notamment les questions concernant : les disparitions et les exécutions sommaires. Rapport de la Rapporteuse Spéciale, Mme Asma Jahangir »- Nations Unies- Conseil économique et social- Commission des droits de l’Homme 57ème session - E/CN.4/2001/9 -11 janvier 2001-
 « Convention on the right of the child"- United Nations- CRC/C/SR.541- 31 may 1999
http://193.194.138.190/tbs/doc.nsf/(symbol)/CRC.C.SR.541.En ?OpenDocument
 Casa Alianza- nombreux articles publiés depuis plusieurs années sur les enfants assassinés
http://www.casa-alianza.org/FR/about
 « Honduras « Cero Tolerancia…a la impunidad
Ejecuciones Extrajudiciales de ninos y jovenes desde 1998 »-
Amnistia internacional - AI indice : AMR 37/001/2003/s
 « Honduran government complicit in the murder of street children » Shravanti Reddy, Digital Freedom network- - http://dfn.org/news/honduras/streetkids.htm
 Alphonse Tay « Enfants des rues : fatalité ou responsabilité ?
http://pauillac.inria.fr/-maranget/volcans/04.96/enfants.html
 Convention des droits de l’enfant
 Françoise Martinetti : « Les droits de l’enfant. » éd. Librio

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