La littérature policière chinoise a aussi son héros.

Le juge Ti : le Sherlock Holmes chinois. Le juge Ti et les Cinq Nuages de Félicité.

Vous dévorez les romans d’Agatha Christie ? Vous ne manquez aucune aventure de l’inspecteur Colombo ou de l’inspecteur Maigret à la télévision ? Vous tenez Sherlock Holmes et son "élémentaire, mon cher Watson" pour une référence ? Alors, vous allez adorer les énigmes du juge Ti. Elles sont publiées en Livres de poche dans toutes les bonnes librairies. Courez-y !

Les trois premières affaires résolues par ce juge-détective (de fiction) ont été écrites dans un texte anonyme du XVIII° siècle. C’est le diplomate hollandais, Robert Van Gulik, qui a entrepris de traduire ces récits avant de leur inventer une suite qui a donné naissance à dix-sept enquêtes toutes plus passionnantes les unes que les autres !

Ces investigations se déroulent dans la Chine ancienne (de l’Empire T’ang, soit dans les années 600).
On y voit le grand juge-détective, le juge Ti, démêler avec un calme étonnant les fils de mystérieuses énigmes, au sein desquelles les fantômes et autres phénomènes surnaturels ne sont pas absents (ce qui ajoute au dépaysement).

On y voit également ce juge, à l’allure confucéenne (les livres sont agrémentés de dessins), prendre sans coup férir la défense de la veuve et de l’orphelin. Ce qui l’a rendu d’autant plus populaire.

L’histoire que je vais vous raconter s’intitule :

Cinq Nuages de Félicité.
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Cette affaire s’est passée en 633, dans le district de Peng-Lai, aux confins de la côte nord-est de l’Empire.

Le juge Ti se trouvait dans son cabinet particulier, au tribunal, en compagnie de trois personnes :
 monsieur Ho, Secrétaire du Ministère de la Justice retraité devenu conseiller technique du juge ;
 monsieur Houa Ming, riche armateur, soupçonné par le juge d’être capable de tremper dans des affaires louches pour essayer de gagner de l’argent en plus ;
 monsieur Yi Pen, armateur également, mais considéré comme parfaitement honnête par le juge.

La discussion, qui tournait autour de la possibilité de faire passer l’industrie navale sous le contrôle du gouvernement, allait prendre fin. Elle avait commencé à 14 heures et il était près de 17 heures. Le sergent Hong, fidèle assistant du juge Ti, vint apporter un message : l’intendant du monsieur Ho avait trouvé madame Ho pendue dans le pavillon de repos du jardin de leur demeure.

"Quelques heures à peine après que je l’aie quittée", s’exclama monsieur Ho, lorsque l’horrible nouvelle lui fut annoncée. Il demanda alors au juge Ti de bien vouloir accomplir les formalités à sa place, de façon à ne pas devoir trouver le corps de son épouse en rentrant chez lui. Le juge Ti s’en alla donc, en laissant les trois hommes dans son cabinet.

Arrivé sur place, il put constater les traces autour du cou de la pauvre femme. Le médecin légiste lui apprit cependant très rapidement qu’aucune vertèbre cervicale n’avait été déplacée. Cela signifiait que la mort avait été lente et pénible. Pourquoi madame Ho , si elle voulait mourir, n’était-elle pas montée haut assez pour s’attacher le cou autour de la corde ? En procédant de la sorte, elle aurait eu le cou tranché en tombant et serait morte immédiatement. D’autre part, la trace d’un coup apparaissait sur la tempe de la morte. Ces indices révélaient au juge qu’il s’agissait d’un crime et non d’un suicide !

Première chose à faire pour essayer de comprendre : trouver l’heure de la mort. Le regard du juge tomba sur une jolie boite dont le couvercle présentait un motif de la forme de cinq spirales continues, les Cinq Nuages de Félicité. C’était une horloge à encens, lui apprit la servante. Chaque spirale brûlait durant une heure. Or, la théière qui se trouvait sur la table ayant été renversée par les pieds de madame Ho, au moment où elle est tombée, le thé écoulé avant éteint la mèche à la moitié de la troisième spirale. Ne restait donc plus qu’à savoir quand madame Ho avait allumé l’encens pour connaître l’heure du décès. A cette question, la servante certifia qu’il était plus ou moins deux heures. Cela signifiait que le crime avait eu lieu aux environs de quatre heures et demie.

Le juge Ti questionna alors les membres du personnel sur les visites éventuellement reçues dans la journée. Il y en avait eu deux : celle de monsieur Houa Ming, qui avait essayé de persuader monsieur Ho de parler en sa faveur, lors de l’entretien de l’après-midi avec le juge Ti et celle de monsieur Fung, ami intime de madame Ho, qui n’était pas entré mais que l’on avait vu rôder autour du portail vers quatre heures et demie.

Madame étant une dame d’excellente éducation, le juge Ti fut très déçu d’apprendre qu’elle entretenait une liaison intime avec un monsieur autre que son mari.
La servante le renseigna plus avant : ce monsieur Fung avait été son premier prétendant ; malheureusement, il n’était qu’un peintre désargenté et, en outre, une grave maladie l’avait atteint. Madame Ho avait dès lors accepté d’épouser monsieur HO, tout en gardant toute son amitié à monsieur Fung qu’elle voyait - en tout bien tout honneur - dans son petit pavillon de jardin certains après-midis.

Monsieur Fung fut amené sur place pour être interrogé. Lorsqu’il apprit la mort de sa grande amie de coeur, il s’effondra. Il raconta au juge Ti avoir reçu un message de sa part lui demandant de le rejoindre ce jour-là à quatre heures et demie. Malheureusement, poursuivit-il, personne ne lui a ouvert la porte et il s’en est donc retourné. Le juge voulut voir le billet ; monsieur Fung répondit qu’il l’avait brûlé, ainsi que le lui avait demandé madame Ho. C’était la première fois qu’elle faisait cette demande et c’était aussi la première fois qu’elle envoyait un jeune garçon de la rue lui porter un message. D’habitude, c’était toujours la fidèle servante qui s’en chargeait. Cependant, ajouta-t-il pour finir, l’écriture et le style étaient bien ceux de madame Ho.

Le juge Ti fit placer monsieur Fung en garde à vue puis retourna au tribunal. Là, il retrouva le mari éploré. Le sergent Hong lui amena ensuite un nouveau message selon lequel feu madame Ho était enceinte de trois mois. Cet élément permit au juge Ti de comprendre ce qui s’était passé. Il interrogea monsieur Ho :

"Tout à l’heure, lorsque vous avez su que votre épouse était décédée, vous avez dit que cela arrivait quelques heures seulement après que vous l’ayez quittée. Comment saviez-vous qu’elle n’était pas morte au début de l’après-midi ? Parce que c’est vous qui l’avez tuée ! Vous avez vous-même renversé du thé sur la troisière spirale, comprenant que j’en déduirais que la mort s’était produite à quatre heures et demie. Vous pensiez ainsi non seulement être disculpé d’office mais également faire inculper à votre place monsieur Fung, dont vous connaissiez parfaitement l’existence. La jalousie est le mobile de votre crime odieux !"

P.S. : Pour la réaction et les explications fournies par le coupable, je vous renvoie au livre. Il vous permettra de lire les autres nouvelles qui y sont reprises.
Bonne lecture !

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