C’est quoi le "mariage forcé" ?

Qu’est ce que le mariage forcé ?
C’est être marié(e) à une personne connue ou inconnue contre son gré.
La pratique des mariages forcés va à l’encontre de la liberté de conscience. C’est ignorer le choix de vie de ces jeunes femmes mais aussi des jeunes hommes.

Article 16 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme : « Toute personne a le droit de se marier et de fonder une famille sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion. Le mariage ne peut être conclu qu’avec le libre et plein consentement des futurs époux. »

Le mariage forcé n’est pas une pratique limitée à une région du monde. On le retrouve dans quasiment toutes les cultures, et encore à l’heure actuelle ! Problème malheureusement bien présent auquel Amnesty a décidé de s’attaquer avec ton aide...

Il est très important de différencier mariage forcé et mariage arrangé. Dans un mariage arrangé, les familles des deux futurs époux jouent un rôle central dans l’arrangement du mariage, mais le choix de se marier ou non appartient au final aux deux concernés. En Inde, on estime à 95% la proportion de mariages arrangés.

Le mariage précoce (voir article à ce sujet), quant à lui, se caractérise par le jeune âge de la mariée. Ainsi, parfois des jeunes filles de 10/12 ans peuvent être données en mariage à des hommes de 40 ans. Dans les cas, les plus extrêmes, la future mariée n’est âgée que de 7 ans !

Enfin, le mariage blanc consiste à épouser une personne dans le seul but d’obtenir un permis de séjour ou une rémunération en contre-partie de ce permis. Ce phénomène n’est pas forcément lié aux mariages forcés.

Question de culture ? de classe sociale ?

Depuis la nuit des temps, le mariage est bien plus qu’une union d’amour entre deux personnes. Il renvoie souvent à l’union de deux familles ou de deux « communautés ». Il est aussi un acte sur lequel repose l’organisation d’une société, avec ses coutumes et ses rôles déterminés. Ceux qui s’écartent du chemin tracé par la famille ou par la communauté risquent de se voir exclus et parfois même punis.

En Belgique aussi, dans certains milieux, le choix des époux est avant tout une affaire de famille et de rang social. Dans les milieux de la noblesse belge par exemple, des « rallyes » ou soirées dansantes pour riches sont organisés afin de faire en sorte que les jeunes puissent se rencontrer dans le même milieu social. Il ne s’agit bien sûr pas de mariages forcés, mais de traditions où les jeunes sont, parfois sans en être conscients, soumis à des pressions psychologiques ou même financières de leur famille, afin qu’ils choisissent le « bon partenaire ».

Ces pressions sont encore plus fortes dans les milieux de l’immigration, pour qui le mariage est aussi un moyen de conserver une identité propre, une culture, ou un certain contrôle social sur ses enfants. Les mariages forcés sont souvent pratiqués sur des ados car ces derniers sont encore sous la responsabilité, la contrainte et l’autorité des parents et ils n’osent pas dire non ! Ils n’ont souvent même pas le droit de dire non ! Les parents ont une emprise physique, morale et économique sur leurs enfants.

Néanmoins, le mariage forcé n’est pas une fatalité ! Beaucoup de jeunes, tout en respectant leurs parents, parviennent à résister à la pression familiale.

Quelques chiffres

Belgique :
Une récente étude, commandée par la direction de l’égalité des chances de la Communauté française en 2004, révèle que sur un échantillon de 1200 élèves du secondaire supérieur, 23 % des jeunes affirment être confrontés de près ou de loin aux mariages forcés.
Voir « Faits &Gestes » n°15 ou www.egalite.cfwb.be

France :
« En France, un rapport du Haut Conseil à l’intégration estime à 70 000 le nombre de jeunes filles concernées. C’est un chiffre qui fait peur, mais il est sans doute très en deçà de la réalité. Il témoigne de l’urgence de remédier au problème. »
Source : Interview de Joëlle Garriaud-Maylam, sénatrice française, Le Monde (28/03/2005)

Que dit la loi ?

Actuellement, les autorités commencent à prendre conscience du problème :

En Belgique, la validité d’un mariage est soumise à certaines conditions juridiques. L’article 146 du Code Civil indique clairement qu’ : « Il n’y a pas de mariage lorsqu’il n’y a pas consentement ».
De plus, un nouveau projet de loi prévoit une peine pouvant aller jusqu’à 2 ans de prison et 500 euros d’amende en cas de mariage forcé.

En France, pour lutter contre le risque des mariages forcés, on vient d’adopter une loi visant à relever l’âge légal du mariage pour les femmes. Il passe donc de 15 à 18 ans et met désormais les hommes et les femmes sur un pied d’égalité.

Des conséquences dramatiques :

La pratique des mariages forcés s’appuie encore sur de vieilles traditions, présentes dans différents pays à travers le monde. Le plus souvent, c’est la jeune fille qui est la plus vulnérable par rapport à ce phénomène, surtout lorsqu’elle est mineure, mais les hommes en sont également victimes. Chez les filles, le mariage forcé concerne souvent de jeunes adolescentes de quatorze - quinze ans, mais aussi de douze ans ou même moins. En général, elles ne sont pas conscientes de toutes les implications d’un tel mariage. Manila, une femme de 40 ans et mère de quatre enfants, raconte : (photo2) « Une fille afghane d’un milieu modeste, élevée dans un village perdu, une fille comme ça rêve de Kaboul comme si c’était Paris : la grande ville, la richesse et le luxe, le prince avec son cheval blanc un mariage de conte de fées. Elle ne voit son époux pour la première fois que le jour de son mariage. Est-il sympa ? Bien, alors c’est une bonne affaire ! Est-il un monstre ? A-t-il 70 ans et déjà quatre épouses ? Tant pis ! Presque toutes les filles afghanes enterrent leurs rêves le premier jour de leur mariage. En à peine quelques heures, toutes leurs attentes s’effondrent. Pas étonnant qu’autant de filles ne voient pas d’autres solutions que le suicide. »

Conséquences sociales et psychologiques :

  Chez les filles comme chez les garçons, les conséquences des mariages forcés sont très difficiles à vivre. Psychologiquement et affectivement, ils sont violentés. Le fait de ne pas avoir eu le droit choisir leur partenaire implique des sentiments de trahison, d’humiliation, de perte de confiance en soi et en la famille.

  Une fois mariées, les jeunes filles doivent habituellement rester à la maison pour s’occuper du ménage ou du bébé. Souvent, elles interrompent leurs études, ne voient plus leurs amis, bref, elles n’ont quasi plus de vie sociale.

Conséquences physiques :

  Pour les jeunes filles, le mariage est presque toujours synonyme de grossesse, ce qui peut entraîner un accouchement prématuré. A quatorze ou quinze ans, le corps de la fille n’est pas toujours prêt à porter un enfant et à accoucher, ce qui peut mettre en danger aussi bien la vie de la mère que celle du bébé.

  En plus, les jeunes filles mariées de force peuvent également être victimes d’« esclavage domestique » et de violences conjugales (le mari a lui aussi été forcé à se marier, ce qui peut entraîner chez lui une frustration et une colère qui vont se retourner sur sa femme).

Des solutions ?

Il est important de ne pas rejeter des coutumes ou des cultures simplement parce qu’elles sont « différentes ». Mais il faut rappeler aux filles comme aux garçons qu’ils ont des droits égaux, et que toute relation hommes - femmes doit être basée sur ce principe d’égalité, qui se retrouve dans la loi.

Mais les lois ne suffisent pas toujours à faire respecter le droit. Ainsi, au Maroc, ils viennent de réformer le code de la famille (Moudawana), ce qui offre théoriquement aux femmes un statut égal à celui des hommes. Mais dans la pratique, on remarque que, malheureusement, les mariages forcés sont loin d’avoir disparu.

C’est pourquoi il faut surtout changer les mentalités, au sein des populations comme au sein des dirigeants à travers le monde, afin que les principes d’égalité hommes-femmes et le libre consentement des époux soient réellement appliqués. Chacun doit être conscient que les mariages forcés, surtout lorsqu’ils concernent les jeunes, sont contraires aux droits humains.

Cette meilleure égalité des chances entre filles et garçons passe aussi par l’enseignement et par la lutte contre la pauvreté. C’est grâce entre autre à l’éducation des différentes générations, parents comme enfants, qu’on peut espérer faire changer les choses !

Enfin, il ne faut pas oublier les victimes actuelles des mariages forcés. Certaines associations peuvent apporter une aide psychologique ou juridique aux filles ou aux garçons qui fuient leur famille afin d’échapper à un mariage forcé. Tu trouveras leurs coordonnées dans l’encadré ci-dessous.

Quelles solutions ?

Des actions très variées sont nécessaires pour faire baisser le nombre de mariages forcés et leurs conséquences. Des mesures préventives, mais aussi des mesures en faveur des jeunes qui sont déjà mariés. Il faut parfois faire passer de nouvelles lois, ou s’assurer que les lois déjà existantes soient vraiment appliquées.

Mais il faut surtout changer les mentalités, au sein des populations comme des dirigeants à travers le monde. Chacun doit être conscient que les mariage forcés sont contraires aux droits humains et même dangereux.

Cela implique une meilleure égalité des chances dans l’enseignement entre les filles et les garçons, une lutte accrue contre la pauvreté, une véritable campagne de prévention contre les maladies sexuellement transmissibles (notamment par un meilleur accès à la contraception).

Il faut aussi prévoir une aide psychologique et matérielle pour les femmes qui fuient leur famille afin d’échapper à un mariage forcé. Cela ne devrait pas être uniquement le cas dans les villes, car le phénomène touche davantage les campagnes.

Enfin, il faut veiller à ce que le rôle des femmes dans la société soit valorisé et qu’elles puissent participer à la prise de décisions dans tous les domaines.

Et si je suis concernée ou que je connais quelqu’un ? —> RDV à l’article "contacts utiles" !

Outils disponibles :

— > Romans
La répudiée, Eliette ABECACCICE
Mon jardin dévasté, Khadidiatou DIALLO
Nuit d’encre pour Farah, Malika MADI, Ed. Cerisier

— > Films
" My son the fanatic " de Hanif KUREISHI
" My beautiful laundrett " de Hanif KUREISHI
" Just a kiss " de Ken LOACH
" Fish and chips " de Damien O’DONNELL
" Vive la mariée et la libération du Kurdistan, Hiner Saleem, 1997

— > Reportages
Noces de papiers, Emission l’HEBDO du 2/11/01, de J.C. DEFOSSE et D. CAISSE
Mariages forcés, de Xavier PETUGGIA
Turquie, mariages forcés, ARTE Reportage, de Gönül KIVILCIM et Gunnar KOHNE

" Contraindre les enfants, en particulier les filles ,à se marier en bas âge peut être dommageable physiquement et sur le plan émotionnel. Cette pratique viole les droits à la liberté personnelle et à la croissance. Jusqu’à présent, il n’y a jamais eu d’effort fait afin d’étudier le mariage d’enfants comme représentant en soi une violation des droits humains eux mêmes "
Carol Bellamy, directrice exécutive de l’Unicef.

Fatou a été obligée, à l’âge de 12 ans, d’épouser Souleymane, un riche quadragénaire polygame qui la bat toutes les nuits. Averti, le chef de village sensé rendre justice a toujours donné raison au mari car, dit-il, une femme doit obéir à son mari.
Un jour, Fatou lassée, s’est enfuie de la maison conjugale et est allée vivre en ville dans une maison de prostituée tenue par une femme qui lui verse une modique somme en guise de salaire toutes les fins de mois. Juste de quoi se payer un parfum ou une crème pour le visage.

Extrait du journal soleil

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