Johnny L. Robinson

Cette action n’est plus valable.

Johnny L. Robinson a été exécuté en Floride le 4 février 2004. Cet homme
avait été condamné à la peine capitale en 1986 pour le meurtre de Beverly St
George, commis en août 1985.

Johnny Robinson devait être exécuté à 18 heures (heure locale). À 17 h 45,
la Cour suprême fédérale a ordonné la suspension de l’exécution " jusqu’à
nouvel ordre ". Un peu plus d’une heure plus tard, cette juridiction a
rejeté, par cinq voix contre quatre, l’ultime recours introduit par le
condamné. Celui-ci a été tué aux environs de 19 h 30.

La mort de Johnny Robinson porte à dix le nombre de personnes à qui les
autorités des États-Unis ont ôté la vie depuis le début de l’année, et à 895
depuis que les exécutions judiciaires ont repris dans ce pays, en 1977.
Cinquante-huit de ces exécutions ont eu lieu en Floride.

ARCHIVES

AU 27/04
PEINE DE MORT / PRÉOCCUPATIONS D’ORDRE JURIDIQUE

ÉTATS-UNIS (FLORIDE) Johnny L. Robinson, (h), Noir, 51 ans

Londres, le 23 janvier 2004
Johnny L. Robinson doit être exécuté en Floride le 4 février 2004. Cet homme
a été condamné à la peine capitale en 1986 pour le meurtre de Beverly St
George, une femme blanche dont le corps avait été retrouvé par la police, le
12 août 1985, dans le comté de St Johns, dans le nord-est de la Floride.
Beverly St George avait été abattue de deux balles dans la tête. Johnny
Robinson, qui était en liberté conditionnelle après avoir été poursuivi pour
viol, et Clinton Bernard Fields, seize ans, ont été arrêtés.
Johnny Robinson a déclaré à la police qu’il avait eu des relations sexuelles
avec Beverly St George et que celle-ci était consentante. Il a affirmé
qu’ils s’étaient disputés et qu’il l’avait blessée involontairement, son
arme s’étant déclenchée par accident. Il a indiqué qu’il l’avait ensuite
abattue d’une seconde balle, ajoutant : " Qui m’aurait cru si j’avais dit
que j’avais blessé une Blanche par balle accidentellement ? " Selon les
avocats qui assurent actuellement la défense de Johnny Robinson, Clinton
Fields a confirmé cette version des faits dans ses premières déclarations à
la police. Toutefois, lors du procès, Clinton Fields a fait un témoignage
qui s’est révélé crucial pour l’accusation, affirmant que Johnny Robinson
avait enlevé Beverly St George sous la menace d’une arme à feu, l’avait
violée, puis l’avait tuée afin de l’empêcher de les dénoncer. Le 29 mai
1986, le jury a déclaré Johnny Robinson coupable de meurtre passible de la
peine capitale. Lors de l’audience sur la détermination de la peine, qui
s’est tenue le lendemain, les jurés ont opté pour la peine de mort par neuf
voix contre trois. La Cour suprême de l’État de Floride a confirmé la
déclaration de culpabilité en appel, mais elle a annulé la sentence
capitale. Clinton Fields a refusé de témoigner dans le cadre du nouveau
procès dont Johnny Robinson a bénéficié, en 1989. Toutefois, le juge a
permis que le témoignage réalisé par Clinton Fields en première instance
soit lu au jury. Johnny Robinson a de nouveau été condamné à mort, cette
fois-ci par huit voix contre quatre.
Mineur au moment de son arrestation, Clinton Fields était en outre affecté
de retard mental : son quotient intellectuel (QI) s’élevait à 50. Une telle
personne est particulièrement sensible aux pressions exercées par les
policiers. Au cours d’une audience, le 19 janvier 2004, Clinton Fields a
raconté que les policiers l’avaient enfermé dans une cellule de garde à vue,
ne l’avaient pas autorisé à téléphoner à sa mère, et lui avaient promis
qu’il pourrait rentrer chez lui s’il donnait une autre version des faits : "
Ils m’ont dit que j’étais un menteur […] ils se sont énervés et, vous voyez
ce que je veux dire, ils ont essayé de m’intimider. " Lors de cette
audience, Clinton Fields a indiqué que ses premières déclarations étaient
sincères, et qu’il avait fait un faux témoignage pendant le procès parce
qu’on lui avait promis en contrepartie une peine plus légère, peut-être dix
ans d’emprisonnement. Il a finalement été condamné à la réclusion à
perpétuité.
La race a été un thème central de cette affaire. En première instance,
Johnny Robinson a comparu devant un jury entièrement blanc. Lors du second
procès, le jury était composé de 11 Blancs et d’un Noir. La Cour suprême de
Floride a annulé la sentence prononcée en première instance en partie parce
que le représentant du ministère public avait fait indûment référence à des
questions de race lors de l’audience sur la détermination de la peine. Elle
a fait observer : " La discrimination raciale n’a rien à faire dans notre
système judiciaire et cette juridiction, depuis longtemps, n’a de cesse de
la condamner. La discrimination raciale est néanmoins une réalité indéniable
de l’histoire de cette nation […] L’affaire qui nous occupe, dans laquelle
un Noir est accusé d’avoir enlevé, violé et tué une Blanche, constitue un
terrain propice à l’expression de la discrimination raciale. Nous jugeons
inacceptable le fait que des préjugés d’ordre raciaux aient pu jouer un rôle
lors de la détermination de la peine. " La cour n’a pas annulé la
déclaration de culpabilité. Pourtant, au stade de la détermination de la
culpabilité, en première instance, le représentant du parquet avait dit au
jury : " Si vous retenez la version des faits donnée par M. Robinson, voilà
ce que j’aurai à en dire […] même James Bond ne réussirait pas à faire
descendre une dame de sa voiture à minuit sur la route 95, alors une Blanche
dans une voiture avec un Noir… " Lors de l’audience qui s’est tenue en
janvier 2004, trois Afro-Américains, dont deux anciens fonctionnaires du
comté de St Johns, ont attesté que le représentant du ministère public qui
était intervenu dans le procès de Johnny Robinson avait la réputation d’être
raciste.
Les études effectuées ont régulièrement démontré que la race, notamment la
race de la victime, était un facteur déterminant dans l’application de la
peine capitale. Aux États-Unis, bien que le nombre des victimes noires et
blanches soit à peu près équivalent, 80 p. cent des quelque 900 personnes
exécutées depuis 1977 ont été condamnées à mort après avoir été déclarées
coupables d’avoir tué des Blancs. Environ un cinquième des Afro-Américains
exécutés depuis 1977 ont été condamnés par des jurys exclusivement composés
de Blancs (voir le document intitulé USA : Death by discrimination, the
continuing role of race in capital cases, avril 2003, disponible à l’adresse
suivante : http://web.amnesty.org/library/index/ENGAMR510462003). Les
avocats de Johnny Robinson ont présenté des éléments de preuve mettant en
évidence le racisme systématique dans l’application de la peine de mort au
niveau local. Johnny Robinson a été jugé dans le comté de St Johns, où 33
Blancs et 25 Noirs ont été victimes d’homicides entre 1976 et 1987. Trois
accusés, dont Johnny Robinson, ont été condamnés à mort ; tous trois avaient
été déclarés coupables d’avoir tué des Blancs. Les avocats qui assistaient
Johnny Robinson en appel ont également fait valoir que dans le septième
circuit, qui couvre quatre comtés, dont celui de St Johns, les affaires de
meurtre sont 13 fois plus susceptibles de déboucher sur une condamnation à
mort lorsque la victime est blanche que lorsque la victime est noire. En
outre, le risque qu’un Noir soit condamné à mort est 35 fois plus élevé
quand la victime est blanche que quand elle est noire. Une étude sur les
condamnations à mort prononcées en Floride entre 1976 et 1987 a révélé que,
toutes variables prises en compte, un accusé soupçonné d’avoir tué une
personne de race blanche court un risque trois fois et demi plus élevé
d’être condamné à mort que si sa victime est de race noire.
De même que nombre des occupants des couloirs de la mort aux États-Unis,
Johnny Robinson vient d’un milieu pauvre, dans lequel il a subi des mauvais
traitements. Selon les éléments présentés lors du nouveau procès ou de la
procédure d’appel, son enfance a été marquée par des sévices répétés. On le
battait à coups de ceinture ou de baguette, notamment alors qu’il avait les
mains attachées, ou tout en le contraignant à rester accroupi pendant de
longues périodes, un manche à balai entre les jambes. Il a également subi
des atteintes sexuelles. Par ailleurs, son grand-père, chargé de l’embauche
d’ouvriers agricoles, l’a obligé à participer aux récoltes dès l’âge de cinq
ou six ans, et le battait dès qu’il arrêtait de travailler. À l’âge de onze
ou douze ans, Johnny Robinson s’est enfui du domicile familial et a commencé
à vivre dans la rue. Il a également vécu dans plusieurs camps de
travailleurs immigrés, où il aurait été soumis à des violences sexuelles.

INFORMATIONS GÉNÉRALES
Amnesty International est opposée à la peine capitale en toutes
circonstances. Marqué au coin de l’arbitraire, le système d’application de
la peine de mort aux États-Unis est entaché de discriminations et d’erreurs.
Depuis 1977, plus de 100 condamnés ont été libérés des couloirs de la mort
après que la preuve de leur innocence eut finalement été apportée. La
Floride, avec 23 cas, est l’État qui compte le plus grand nombre de
condamnés à mort innocentés. Depuis la reprise des exécutions judiciaires
aux États-Unis, en 1977, les autorités de ce pays ont ôté la vie à 892
personnes. Cinquante-sept de ces exécutions ont eu lieu en Floride : dans 46
de ces cas (soit 81 p. cent), les personnes exécutées avaient été condamnées
pour un crime dont la victime était blanche. De même que Johnny Robinson, au
moins cinq des 17 Afro-Américains exécutés en Floride avaient comparu devant
des jurys entièrement composés de Blancs.

ACTION RECOMMANDÉE :

Dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après, et que vous rédigerez (en anglais ou dans votre propre langue) en utilisant vos propres mots et en vous inspirant des recommandations suivantes :

 faites part de votre compassion pour la famille et les amis de Beverly St
George, et dites que vous ne cherchez aucunement à minimiser le crime qui
lui a coûté la vie ni les souffrances qu’il a causées ;
 dites-vous préoccupé par le fait que Clinton Fields, qui avait seize ans
et présentait un retard mental au moment de son arrestation, ait déclaré
qu’on l’avait contraint à mentir et à dire que le crime était prémédité et
avait été commis avec des circonstances aggravantes ;
 faites observer que malgré ce témoignage crucial, sept jurés au total ont
voté pour la réclusion à perpétuité et que, dans la plupart des États, il
suffit d’un seul vote en ce sens pour que la réclusion à perpétuité soit
prononcée ;
 faites part de votre inquiétude à propos des éléments qui mettent en
évidence une discrimination raciale systématique dans l’application de la
peine de mort, notamment dans le circuit où Johnny Robinson a été jugé,
ainsi que des allégations selon lesquelles le représentant du ministère
public intervenu en première instance était raciste ;
 exhortez le gouverneur à faire preuve de clémence.

APPELS À :
Gouverneur de Floride :
Governor Jeb Bush, Executive Office of the Governor, 400 S. Monroe Street,
The Capitol, Tallahassee, Florida 32399-0001, États-Unis , Fax : + 1 850 487
0801
Formule d’appel : Dear Governor, / Monsieur le gouverneur,

COPIES
Ambassade USA
Boulevard du Régent, 27, 1000 Bruxelles, Fax : 02/511 27 25

PRIÈRE D’INTERVENIR IMMÉDIATEMENT
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