Enquête sur la prison et la réintégration sociale

Interview : assistante sociale et aumônière

1. Pourquoi et comment les prisonniers en arrivent-ils là ?

Beaucoup de personnes font preuve de violence comme des viols, vente de drogue,...
Il y en a qui sont en prison mais en peine préventive c’est-à-dire qu’ils sont reconnus coupables. Mais ils ne savent pas quand cela va se terminer ; ils ne peuvent pas sortir pour éviter les troubles et protéger la société. C’est donc une longue période pour eux , incertaine. Tous les mois ils passent devant un juge.

D’autres personnes ont eu la prévention. La peine peut être réduite.
Lorsqu’ils arrivent à 2/3 de leur peine ils peuvent prendre des congés.
Dans les prisons il y a 2 types de parloirs : une grande salle pour la famille
et une chambrette (sans témoins) pour les avocats et les assistants sociaux.
Il est difficile de rentrer dans une prison il faut préciser qui on vient voir donner la carte d’identité, donner nos affaires ...
Les ¾ des prisonniers sont des personnes défavorisées (trafics, coups et blessures, alcool,...)
Il y a plus d’hommes que de femmes ( à Tournai, il n’y a que des hommes )

Ils y arrivent après un long parcours d’exclusions multiples. Ils n’ont souvent pas connu un milieu familial aidant, nombreux sont ceux qui ont manqué de tout, et en particulier de tendresse. La plupart des détenus sont issus de milieux difficiles, sont peu scolarisés et ont dû lutter très jeunes pour survivre. La vie est pour eux une succession d’échecs... (il y a des exceptions... 90% des détenus connaissent un parcours chaotique dès la naissance).

2. Quelle est l’ambiance dans la prison de Tournai ?

Il y a plusieurs ailes ...
Pour les gens moins turbulents et plus turbulents.
Au cours du « séjour » en prison ils peuvent changer d’aile.
Si des personnes se tiennent mal, elles peuvent changer de prison mais cela entraîne des problèmes de frais pour les familles à cause de la distance.
Dans les prisons il y a des bagarres, des clans, sans oublier la drogue qui circule ...

Difficile de parler d’ambiance... les journées ne se ressemblent pas... certains jours la communication passe bien, dans tous les sens, d’autres jours on a l’impression qu’il faudrait devenir fou pour résister à la pression.

3. Comment se passe une journée type pour un prisonnier ?

Les droits de visite
Les femmes des détenus rencontrent leur mari et peuvent avoir des relations sexuelles.
Ils peuvent voir leur enfant mais sans obligations, des personnes ne veulent pas que leurs enfants voient l’ambiance dans laquelle leur père ou mère vit.

Un tiers des détenus travaillent : ils commencent très tôt (6 h à la cuisine pour faire le café, 6 h 30 pour la distribution des repas, 7h30 pour les autres services (lingerie, préparation des repas, entretien du bâtiment...) et pour l’atelier (emballage et petit montage, soudure et montage de cages à oiseaux). Ils gagnent un peu plus de 100 euros par mois, certains à l’atelier montent à 400 euros par mois. Les deux tiers des détenus n’ont pas de travail. Ils peuvent aller au préau deux à trois fois par jour (une heure et demie). Certains ne sortent jamais de leur cellule. Ils peuvent avoir trois visites par semaine.

4. Quel est leur état d’esprit ?

Au niveau du personnel, il y a des gardien(ne)s, psychologues, médecins.
Beaucoup de détenus sont dépressifs et en arrivent parfois au suicide.
Si un détenu a des problèmes psychiatriques, il ira à l’hôpital psychiatrique de Mons mais il faut un état psy au moment des faits.

200 détenus = 200 états d’esprit !!!

Certains ne sont pas encore condamnés : soit ils jouent les petits caïds, soit ils sont très inquiets de leur avenir... souvent les deux à la fois ! Ils se font du souci à propos de leur logement (loyer non payé) ou à propos de leur famille (parfois sans ressources en leur absence). Certains sont catastrophés de ce qui leur arrive, des faits qu’ils ont commis. Pas facile de se réveiller en se souvenant qu’on est un meurtrier... nombreux cauchemars au cours desquels ils revoient la scène.
Les condamnés savent un peu plus à quoi s’en tenir. Ceux qui ont du travail éprouvent moins de difficultés à voir le temps passer. Ils sont inquiets pour leur libération, pour leur famille... nombreux sont ceux qui se font larguer par leur compagne.

5. et6. Quelle est la réaction de leurs familles ? Que ressentent les prisonniers lorsqu’ils franchissent la porte de sortie ?

Le détenu qui sort après une longue durée, c’est pour lui un changement d’univers. La sortie est difficile.
Ce qui dérange beaucoup les détenus : Comment va régir leur famille (enfants,..) ?

5.Très variable, là aussi. C’est dur pour les familles. Elles en ont déjà bavé bien avant l’incarcération qui n’est que le sommet d’un parcours rude. En général, les familles continuent à suivre la personne incarcérée, et c’est très important. Certains détenus sont tout à fait isolés, ne reçoivent plus de signe de vie de personne et n’ont aucune visite. C’est très difficile pour eux en prison et cela n’aidera pas du tout à la réinsertion.

6.Ils la franchissent progressivement : d’abord des congés (une nuit dehors), parfois précédés de sorties spéciales (quelques heures pour un rendez-vous en journée).
Suivant la durée de l’incarcération, c’est la joie, le soulagement (surtout pour les prévenus qui sortent avant condamnation : ils n’ont passé que quelques jours, voire quelques semaines en prison, et sortent facilement) ; pour les détenus qui sortent après de longues années, la joie est mêlée d’appréhension. Pas facile de ne plus avoir de cadre, de limites. Peur du regard des autres. Difficultés d’adaptation. Un détenu libéré après quatorze ans de prison m’a confié qu’il oubliait de fermer les robinets : en prison, ce sont des boutons poussoirs, pas besoin de fermer le robinet.
Certains détenus, conscients de la difficulté que constitue la sortie, demandent à être accompagnés au début.

7. Comment réagissent les gens lorsqu’ils connaissent leur passé ?

Les personnes de la société réagissent mal, ils se méfient.

Quand on est en face de quelqu’un, on ne voit pas d’abord ce qu’il a fait, on voit d’abord un être humain. Les paroles les plus dures qu’on puisse entendre viennent surtout de ceux qui ne connaissent pas les détenus. Ceux qui les côtoient après leur libération disent souvent que le passé ne les regarde pas.

8. Ont-ils des difficultés à trouver un travail ? un logement ?

Oui c’est difficile : il y a un trou dans leur CV et l’ expliquer aux employeurs est difficile.
Généralement ils ont besoin d’une aide extérieure, par exemple, le CPAS.
La maison de la justice aide aussi les prisonniers et assure leur suivi.
Les personnes qui sortent doivent monter qu’ elles ont de la bonne volonté pour continuer leur sortie.

Pour obtenir la libération (sauf ‘fond de peine’) il est nécessaire de disposer d’un logement et d’un travail. Le logement se fait parfois en maison d’accueil, plus souvent dans la famille, et le travail n’est souvent qu’une formation proposée par l’onem ou un autre organisme de réinsertion. Pour obtenir un vrai travail, c’est assez difficile, sauf dans certains secteurs comme les bouchers ou les chauffeurs de poids lourds.

9. Ont-ils tiré une leçon de leur passage en prison ?

Il faut espérer que oui.
Il y a des lieux d’apprentissage des choses à ne pas faire mais ce n’est pas valable pour tout le monde.

Non, la prison en soi ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à rassurer le « bon peuple ». La prison déshumanise, brise les liens sociaux, victimise les coupables qui en oublient parfois leur culpabilité. La manière dont sont gérées les libérations met les nerfs des détenus à rude épreuve, et nombreux sont ceux qui à ce moment perdent toute confiance dans la justice qui, leur semble-t-il, ne tient pas ses promesses, leur ment. Ils ne voient pas en quoi ils devraient être plus corrects, puisqu’on n’est pas correct avec eux.

10. Que faites-vous pour réintégrer les personnes sorties de prison ?

a) accorder le service d’insertion (IR) : attendre de régulariser les choses vers le C.P.A.S, chômage, emploi...
b) b) Offrir les services de réinsertion : formation comme les bâtiments, espaces verts, ... ou la mise à l’emploi généralement en externe : usine, ASBL...
Il y a des cours d’alphabétisation ou encore une aide pour gérer son budget et se resocialiser.
c) Toutes les personnes ne vont pas en prison : ceux qui ont fait un petit délit doivent travailler pendant quelques semaines
Ces travaux consistent à nettoyer, s’occuper de l’environnement.
TRAVAUX D’INTERET GENERAL

Avant leur sortie, je leur permets de parler de leurs projets, de leurs craintes. Je les aide parfois dans leurs premières sorties. Je ne peux beaucoup les suivre ensuite... de temps à autre une lettre, un coup de téléphone... impossible de m’occuper de ceux qui viennent d’arriver si je prends du temps pour ceux qui sont partis !

11. Est-ce que la prison leur a appris quelque chose sur la vie ?

On dit souvent que la prison est la meilleure école des crimes mais elle protège la société.
Il y a des cas où des personnes font des études mais pour d’autres ça n’apprend rien du tout
La prison peut être un moment de réflexion.

Ils en ont bavé tellement avant d’être incarcérés que ce n’est pas tellement la prison qui leur apprendra quelque chose de neuf. Ce qui serait nécessaire, ce qu’ils auraient besoin d’apprendre, c’est comment vivre dans le respect de chacun, dans le respect de soi d’abord... et la prison n’est pas précisément un lieu de respect et d’amour !
Pourtant... ils ne sont pas rares, ceux qui découvrent qu’il y a plus en eux... lisez dans le dernier numéro de « Paraboles » un article écrit par un détenu.

Notre point de vue sur le sujet :

Il nous paraît évident que certains prisonniers ont mérité leur peine,.Cependant à leur sortie ils ont, pour la plupart, payé leur dette et devraient être réinsérés dans la société. Ceci permettrait aux ex-prisonniers de se sentir moins exclus et empêcherait la récidive.
Il faudrait peut-être les surveiller au début afin de voir comment ils réagissent dans la société et aussi leur donner un travail, une vie sociale...Et progressivement leur laisser leur liberté.

Blandine,Marie,Céline,Camille et Stéphanie

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