interview de Patrice, homosexuel

"Nous ne demandons qu’à vivre avec notre différence, sans qu’elle soit un handicap"

L’homosexualité... un fait de société qui fait beaucoup parler de lui, même s’il reste encore tabou. De plus en plus médiatisé, il reste mal compris, mal accepté. Pour tenter de comprendre ce phénomène, les difficultés de vivre, nous donnons la parole à un jeune gay, âgé de 21 ans. Puisqu’il préfère conserver l’anonymat, appelons-le Patrice. Il nous retrace son existence depuis la découverte de son homosexualité jusqu’à sa vie de tous les jours avec son ami Nourédine.

 Quand, comment avez-vous fait la découverte de votre homosexualité ?

J’avais douze ans environ. Je me sentais attiré plus par les garçons que par les filles. Mes fantasmes s’orientaient ainsi. Dans un premier temps, je pensais qu’il s’agissait d’une question d’âge, que ça allait passer. Mais ça ne m’est jamais passé. J’ai dû me résoudre et accepter d’être homo.

 Comment l’avez-vous vécue et acceptée ?

C’est clair que je ne l’ai pas acceptée tout de suite. Je trouvais cela choquant. D’autant plus que, pour ne pas arranger les choses, mon père est un véritable « bouffeur de PD ». Je me suis tu longtemps. J’imagine que mon comportement, mes manies ne trompaient plus mon entourage. Je ne faisais rien pour masquer la vérité. C’est peut-être pour cela que j’étais de mieux en mieux dans ma peau.

 Quelle fut la réaction de votre entourage (famille-ami) ?

 (Patrice rigole) Cette question on me l’a déjà posée une bonne dizaine de fois. Il est vrai qu’on pourrait se demander comment les parents d’homosexuels réagissent lors de la découverte de l’homosexualité de leur enfant. Comme je vous l’ai dit, mon père haïssait les homosexuels. Quand j’ai eu l’occasion d’annoncer cette nouvelle au cours d’un dîner familial, la réaction de mon père était celle que je redoutais au plus. Mais je m’y étais préparé. Quand je revois la scène, j’en rigole. Il a jeté son assiette au mur. J’ai éclaté de rire, même s’il m’a dit qu’il ne voulait plus me voir à la maison. Et ma mère a fondu en larmes.
J’en ai aussi parlé à la plupart de mes amis. Enfin, à ceux que je croyais amis. Car plus d’un, à priori tolérants, ouverts à toutes les idées, ont mal réagi, ont pris leurs distances, comme s’ils prenaient des risques en me gardant parmi leurs proches, comme si leur vie d’hétéro était mise en danger par ma présence.

 Votre vie a-t-elle changé ?

 Fameux changement, pour moi¬même, qui commençais à m’accepter tel quel. Je devenais à l’aise. Je redoutais de moins en moins les contacts, les agressions verbales. Car on en entend des vertes et des pas mûres. Par la force des choses, j’ai fait un sacré tri dans le cercle de mes camarades, ce que je ne souhaitais pas. Ceux qui restent sont de vrais amis qui ne me jugent pas.

 Participez-vous à des manifestations gays ?

 Non, je n’aime pas ce déballage, cette mascarade, cette provocation qui ne nous apporte rien et trop souvent nous ridiculisent. Se mettre à l’affiche, se déguiser, porter des tenues provocantes, ce n’est pas mon truc... J’aspire à quelque chose de plus sincère.

 Quelle est votre réaction face à la gaypride, aux nouvelles législations sur le mariage entre homosexuels ou sur l’adoption, face aux pays où la loi punit l’homosexualité ?

 La gaypride est la manifestation que je déteste le plus pour les raisons déjà évoquées, Elle ne fait que renforcer les plus grands a priori sur les homos, C’est ridicule, ça nous rend la vie encore plus difficile. Je ne peux pas comprendre que certaines personnes y vont chaque année, Pour rien au monde ils ne rateraient ce « carnaval ». Franchement, nous, on lutte pour que l ’homosexualité soit acceptée, c’est un combat de tous les jours. La gaypride est en fait le pire ennemi des homosexuels. Mais attention, c’est mon avis ! Chacun ses idées et ses façons de penser, de s’éclater." Par contre, je n’ai pas encore une opinion bien tranchée sur ce qui concerne l’ adoption. Avoir un enfant est une décision capitale et je ne sais pas". En fait Nourédine et moi-même n ’y avons jamais trop pensé, je pense qu’à 21 ans on a autre chose en tête. Peut-être plus tard, qui sait. "
Le mariage, c’est la même chose, On n ’y pense pas encore. Mais personnellement, je suis heureux de voir que les mentalités évoluent, doucement mais sûrement.

Ah, les pays refusant l’homosexualité ! Je vais enfin pouvoir cracher mon venin (il rit). Je trouve ça inadmissible ! Il ne faut pas s’étonner des critiques disant que le pays a du mal à se développer ! Regardez l’Egypte, dans ce pays l’homosexualité est punissable d’emprisonnement ! Vous imaginez ? Nourédine, mon ami, est égyptien. Ca fait presque 6 ans qu’il n’a plus vu sa famille. Ses parents n’ont pas les moyens de se payer les billets d’avion pour venir en Belgique. Ils estiment que c’est au plus jeune de se déplacer. Homosexuel, Nourédine risque la prison s’il retourne dans son pays. Tout ça pour une histoire de moeurs ! Evidemment, il ne veut pas courir le risque.

 Qu’avez-vous pensé de la vague médiatique sur le mariage d’Elton John ?

 Je suis très content pour Elton John et son ami et je leur souhaite le maximum de bonheur. Cependant, tout comme avec la gaypride, je ne peux pas supporter la vague médiatique qui accompagne cet événement privé, A force de voir présenter ce « premier mariage homosexuel en Angleterre », j’ai l’impression qu’on présente ce couple comme bêtes de foire... Désolé, mais être homosexuel c’est d’abord être un homme. Chacun mérite le respect de sa personnalité, de son intégrité, quels que soient ses choix.

 Selon votre expérience, ressentez-vous une discrimination à l’égard des homos ?

 Oui, malheureusement, les mentalités évoluent trop lentement. Tous les jours, j’ai droit à une petite tape sur l’épaule accompagnée d’une petite insulte du genre : "tapette, tafiole, sale pédale." Ce genre de remarque, c’est facile, tellement gratuit, ridicule. On est encore traité comme un groupe étrange, qui ne sait pas s’intégrer parmi le reste de la population alors que, souvent, on nous refuse cette intégration. C’est quand même attristant de voir à quel point les gens sont étroits d’esprit. Ceux qui combattent l’homophobie ne doivent pas désespérer en m’écoutant. Bien au contraire, je leur demande de poursuivre, pour accéder à un monde plus juste... Nous ne demandons qu’à vivre avec notre différence, sans qu’elle soit un handicap.

Par AP.

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