Jeux d’enfants : c’est celui qui dit qui est... c’est craché juré...

Trop gros, pas assez baraqué, trop blanche... Les traits physiques alimentent souvent des violences verbales dont chacun est tour à tour auteur ou victime.

Bulldozer, hippopotame à roulette, pachy­derme à poil ras...
Les personnes souffrant d’obésité, très nombreuses dans notre société, sont fréquemment raillées. Comme les maigres d’ailleurs : "planche de surf, crevette, sole" et autres poissons. On pourrait aussi vous parler des binoclards, autrefois considérés comme des érudits et maintenant seulement comme des intellos. Les "nains de jardin" ou "grandes asperges" soulignent que l’on est toujours trop grand ou trop petit, selon la norme qu’on se fixe.

Comme on le démontre ici, les différences physiques sont très souvent la source de moqueries verbales. Pour les avoir entendues dans notre propre cours de récréation, nous avons voulu analyser ce phénomène.

Quelles causes possibles ?

La peur peut être un facteur de marginalisation. L’inconnu, celui qui est différent, même un tout petit peu nous effraye, et nous le repoussons. Les lieux communs et stéréotypes nous poussent à stigmatiser certaines personnes. Nous nous retranchons derrière des idées préconçues, que l’on nous a données, les certifiant véritables. Nous affirmons donc que les gros sont plus lents, ou plus paresseux. Mais aussi plus joyeux lurons. Naomi Campbell en fait pâlir beaucoup de jalousie. Ce sentiment serait donc aussi une cause de moqueries. Les femmes noires en entendent de toutes les couleurs, mais les blanches cuisent au solarium pour se colorer.

Comment réagir ?

Nous avons commencé par un état des lieux des réactions en réalisant un sondage sur les moqueries parmi les jeunes de notre école. Les statistiques qui en résultent ne sont pas totalement pertinentes. Etant fait en classe, la présence des condisciples ou professeurs peut avoir influencé les réponses.

Les élèves, suite aux agressions verbales, réagissent par la violence dans 50 % des cas. Les réponses sont surtout orales. Il semble que peu en viennent aux mains.
27% des jeunes seulement restent impassibles. Il faut dire que rester de marbre, c’est difficile.
Les répliques nous brûlent les lèvres. Me laisser dire ? Pas question, je ne suis pas un lâche ! Plein de vigueur, prompt à la réplique, la violence répond à la violence.

Et pourtant...

Nous avons questionné le psychologue Roger André et lu le livre Comment survivre à l’école de Roland Beller, pédopsychiatre et psychanalyste, et de Bernadette Casta-Prades, journaliste.

Tous les avis s’accordent, les spécialistes prônent l’indifférence. C’est par le silence qu’on impose le silence. Les dictons populaires ont parfois raison : c’est le plus malin qui se tait, la parole est d’argent et le silence est d’or, etc.

Alors la prochaine fois que votre langue veut persifler, tournez-la sept fois et réfléchissez : en quoi cela est-il utile de traiter les autres de thon, asperge, phoque ou autres ?

Vous-même, n’êtes-vous ni gros, ni maigre, ni petit, ni grand, ni noir, ni roux ?

Fanny Joosens et Salomé Mulders

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