L’esclavage en 2013 : ça existe encore !

Le 6 mai dernier, nous avons eu l’occasion de rencontrer Biram Dah Abeid, président de l’ONG « Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie » (IRA). Il a ainsi pu nous expliquer la situation en Mauritanie ainsi que l’origine de son engagement et les difficultés qu’il rencontre depuis des années.

L’esclavage en Mauritanie

En Mauritanie, l’esclavage est une pratique très ancienne qui existe toujours. On estime qu’aujourd’hui, environ 20% de la population (homme, femme et enfant) est réduite à l’esclavage. Il peut être domestique (faire les tâches ménagères), agricole ou sexuel. La plupart du temps, les esclaves sont séquestrés et non rémunérés par leurs maîtres.

Les femmes sont particulièrement touchées par ces pratiques. La loi considère les femmes esclaves comme des mineures à vie, des citoyennes de seconde zone : elles ne possèdent pas d’état civil, ce qui signifie qu’elles appartiennent au maître qui peut en toute légalité les vendre, décider qui elles peuvent épouser et leur interdire d’aller à l’école. Selon Biram, les femmes esclaves sont souvent victimes d’agressions sexuelles et de mutilations en toute impunité car elles n’ont pas le droit de témoigner en justice. Il est plus facile pour les hommes esclaves de se rebeller contre leur maîtres, de s’enfuir ou de s’affranchir. Il est important de souligner que ce sont les femmes qui transmettent de générations en générations le statut d’esclave : on appelle ça un système "matrilinéaire".

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Pourtant, le pays a ratifié de nombreux textes de lois internationaux visant à interdire l’esclavage dans le pays. De plus, le travail forcé est officiellement aboli depuis 1981 et l’esclavage a été érigé en infraction pénale en 2007. Mais ces lois ont très peu de poids dans le pays car le droit coutumier (le droit qui repose sur les coutumes du pays) appliqué par les juges locaux prime toujours.

En effet, la Mauritanie est une république islamique : elle applique donc des textes qui interprètent le Coran et qui autorisent l’esclavage. Pour Biram, ces livres sont en contradiction avec le principe de tolérance du Coran et sont similaires au Code Noir en vigueur lors de la traite des esclaves au 19ème siècle. Son ONG s’appuie donc sur la loi de 2007 pour faire avancer le combat : s’il existe une loi qui affirme officiellement que toute pratique esclavagiste doit être punie, alors il faut l’appliquer !

Une vocation à toute épreuve

Biram est descendant d’esclave : sa grand-mère était esclave et son père. L’esclavage est donc un sujet qui le touche beaucoup. Comme il nous l’a dit hier, il a juré à son père qu’il se battrait toute sa vie pour défendre les esclaves et faire reconnaître leurs droits. Il a donc créé l’IRA afin de réaliser des actions concrètes et de sensibiliser le plus grand nombre sur ce phénomène que le gouvernement refuse de reconnaître.

Si l’IRA est une organisation récente, elle est très active et a déjà réalisé plusieurs grandes actions dans le pays. En décembre 2010, l’ONG a dénoncé à la police l’esclavage de deux jeunes filles de 9 et 14 ans par une fonctionnaire du gouvernement. 9 membres de l’organisation ont été arrêtés et frappés. Alors que la fonctionnaire coupable d’esclavage a fait 9 jours de prison, Biram et deux autres membres de l’IRA ont été condamnés à un an de prison.

Briser un tabou n’était pas suffisant pour faire avancer les choses : en janvier 2012, Biram a décidé de brûler les textes de loi qui interprètent le Coran pour montrer son désaccord avec les lois mauritaniennes. Il a été arrêté puis relâché en septembre 2012 : il est toujours dans l’attente de son procès pour lequel il pourrait être condamné à la peine de mort.

Un combat récompensé

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Biram lors de la remise du prix Front Line Defenders

Il y a quelques jours, l’engagement de Biram et de son ONG a été récompensée par le prix Front Line Defenders, une Fondation internationale pour la protection des défenseurs des droits humains. Il a été sélectionné parmi 100 nominés de plus de 40 pays pour son combat infatigable, malgré les menaces et le harcèlement qu’il subit quotidiennement.

On espère tous que ce prix lui permettra de faire avancer les choses dans son pays et de recueillir encore plus de sympathisants dans le monde entier !

Plus d’informations sur Biram :

Front Line Defenders

Le rapport 2012 d’Amnesty sur la Mauritanie

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