Boko Haram

Tu as sûrement déjà entendu parler de Boko Haram. Ce mouvement salafiste djihadiste du nord-est du Nigeria qui a capturé, en 2014, 276 lycéennes âgées de douze à dix-sept ans lors d’un raid sur la ville de Chibok. Le 5 mai, ce rapt est revendiqué par Abubakar Shekau, qui déclare : « J’ai enlevé les filles. Je vais les vendre sur le marché, au nom d’Allah. [...] J’ai dit que l’éducation occidentale devait cesser. Les filles, vous devez quitter (l’école) et vous marier ».

1) QUI SONT-ILS ?

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Ils proclament être Boko Haram.

Le groupe connu sous le nom de Boko Haram (dont le nom peut se traduire par « l’éducation occidentale est un péché ») est un groupe armé extrêmement violent qui s’oppose à l’autorité laïque du Nigéria.

Fondé par Mohamed Yusuf en 2002 à Maiduguri, le mouvement est classé comme organisation terroriste par le Conseil de sécurité des Nations unies et parfois qualifié de secte. Prônant un islam radical et rigoriste, le mouvement a d’abord revendiqué une affiliation aux talibans afghans, avant de s’associer aux thèses djihadistes d’Al-Qaïda et de l’État islamique. Le mouvement est à l’origine de nombreux attentats et massacres à l’encontre de populations civiles de toutes confessions, au Nigéria, mais aussi au Cameroun. Selon les estimations, le groupe compte au moins 15 000 hommes – même si le chiffre réel est sans doute bien plus élevé.
Selon l’International Crisis Group, Boko Haram se compose de trois à six factions qui, selon les moments, collaborent ou entrent en conflit entre elles.

Leur chef politique et spirituel est Abubakar Shekau. Il est à la tête du Conseil des Anciens, appelé Shura, et s’est emparé du pouvoir lorsque l’ancien dirigeant, Mohammad Yusuf, a été tué en détention par la police nigériane en 2009.

QUI SONT LES PRINCIPALES VICTIMES ?

Quiconque est considéré comme un partisan des autorités est une cible potentielle, notamment les fonctionnaires, les responsables politiques et les chefs traditionnels. Les communautés qui ont mis sur pied la Force d’intervention conjointe civile, constituée de groupes armés ralliés au gouvernement, sont particulièrement exposées au risque d’être la cible d’attaques délibérées de la part de Boko Haram. Ce groupe s’est constitué au départ comme un mouvement opposé à l’autorité du gouvernement laïc. Au fil du temps, ses membres ont commencé à prendre pour cible toutes les personnes associées au gouvernement qu’ils qualifient d’« infidèles », quelle que soit leur religion. Ils s’en prennent également aux leaders islamistes qui ne les soutiennent pas. Les forces de Boko Haram s’en prennent aux musulmans et aux chrétiens, mais la plupart de leurs attaques ne sont pas motivées par la religion de leurs victimes. La cible prioritaire du mouvement reste les musulmans « tièdes » selon ses propres termes : les victimes de la secte sont à 90 % musulmans.
Beaucoup de civils ont dû fuir de leurs villes et se retrouvent dans des camps de personnes déplacées ou chez des familles d’accueil nigérianes.

2) OÙ OPÈRENT-ILS ?

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Où commet Boko Haram ses crimes ?

Boko Haram cherche à imposer sa règle (application de la charia) à la population du nord-est du Nigéria, prétendument inspirée de son interprétation de l’islam. En août 2014, le leader de Boko Haram a proclamé l’établissement d’un « califat » sur son territoire. En janvier 2015, le groupe avait pris le contrôle total et occupait une quinzaine de zones de gouvernement local dans le nord-est du Nigéria. En outre, il contrôlait partiellement plus de 15 autres zones de gouvernement local.

3) QUE FONT-ILS ?

Depuis quelques années, Boko Haram mène des attaques meurtrières devenues quasi quotidiennes. En 2014, ces attaques se sont multipliées : on a dénombré près de 230 raids et bombardements, qui ont fait au moins 4 000 victimes civiles. Le chiffre réel est sans doute plus élevé. Ces derniers mois, les morts se comptent chaque semaine par dizaines et la barbarie de cette secte semble avoir encore progressé.

Menant des attaques éclair, les combattants de Boko Haram entrent dans les villages sur des motos et à bord de voitures et de camions. Ils passent ensuite de maison en maison et ordonnent aux habitants de se rassembler. Soit ils abattent les hommes en âge de combattre, soit ils s’en prennent uniquement à ceux qui, selon eux, ont des liens avec le gouvernement ou l’armée. Bien souvent, ils enlèvent les femmes et les jeunes filles non mariées, comme ils l’ont fait en avril 2014 lors de l’enlèvement de 276 lycéennes de l’internat public de Chibok. L’immense majorité d’entre elles sont toujours portées disparues.

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Les 276 lycéennes enlevées.

Par ailleurs, les écoles sont la cible d’attaques dans le nord-est du pays : des bâtiments scolaires ont été incendiés ou gravement endommagés, et des enseignants et des élèves ont été tués. De nombreuses écoles ont été contraintes de fermer en raison de ces attaques.

Amnesty International a reçu des informations selon lesquelles Boko Haram a fait usage de la torture, a marié de force des femmes et des jeunes filles à ses membres, et a recruté et utilisé des enfants soldats.
Selon notre organisation, les tueries commises à Baga entre le 3 et le 7 janvier 2015 ont fait de plusieurs centaines à peut-être 2 000 morts et pourraient être le massacre le plus meurtrier de l’histoire de Boko Haram.

4) COMMENT SONT-ILS FINANCÉS ?

Les spéculations vont bon train quant à l’origine des armes et de l’argent qui se trouvent aux mains de Boko Haram. Certains affirment que le groupe entretient des liens avec des responsables politiques nigérians et des groupes djihadistes internationaux qui lui fournissent armes et financement. La majorité de leurs fonds, toutefois, proviendrait des pillages des villes, des cambriolages de banques et des rançons.

6) LES RÉACTIONS

Que fait le gouvernement nigérian pour stopper son expansion ?

Le gouvernement nigérian a décrété l’état d’urgence en mai 2013 dans trois États. Il a lancé plusieurs opérations militaires contre Boko Haram. L’état d’urgence a été prolongé à deux reprises et le président a demandé une nouvelle prolongation en novembre 2014, qui doit être approuvée par l’Assemblée nationale. Cependant, Boko Haram ne montre aucun signe d’affaiblissement. Lors des opérations visant à le stopper, l’armée s’est rendue responsable d’une longue liste d’atteintes aux droits humains contre les membres présumés de ce groupe armé, notamment d’actes de torture et d’homicides.

Que fait la communauté internationale pour stopper Boko Haram ?

En mai 2014, le Comité des sanctions contre Al Qaïda du Conseil de sécurité de l’ONU a inscrit Boko Haram sur la liste des sanctions, pour des sanctions financières ciblées et un embargo sur les armes.

Plusieurs États, dont la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, se sont engagés à aider le Nigéria à la suite de l’enlèvement des lycéennes à Chibok : partage de renseignements, formation des troupes nigérianes et efforts conjoints visant à élaborer une stratégie régionale de lutte contre le terrorisme.

Depuis plusieurs années, le Tchad, le Niger et le Nigéria ont mis en place la Force multinationale conjointe (MNJTF) afin d’assurer la sécurité des frontières entre ces pays et en vue de combattre Boko Haram. Le 7 octobre 2014, les pays membres de la Commission du bassin du lac Tchad et le Bénin ont décidé la création d’une nouvelle force multinationale conjointe pour lutter contre Boko Haram. Le Conseil de paix et sécurité de l’Union africaine (UA) a déjà esquissé les contours de cette nouvelle force, mais il n’est pas du tout clair quand elle sera opérationnelle.

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