La traite d’enfants, forme moderne d’esclavage

Définition

Chaque année, près de 2,5 millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont transportés illégalement à l’intérieur ou à l’extérieur de leur pays afin d’être exploités pour leur force de travail, leur sexe ou pour leurs organes. Par la contrainte ou la tromperie, ils sont victimes du crime organisé : pour les Nations Unies (ONU), la traite d’êtres humains est la troisième activité criminelle la plus lucrative, après le trafic de drogues et d’armes.

Traite et trafic, quelle différence ?

La nuance entre traite et trafic est assez floue : on parle de traite lorsqu’une victime est recrutée de force ou par tromperie pour être exploitée à l’intérieur ou à l’extérieur de son pays d’origine. On parle de trafic lorsqu’une personne "consentante" est transportée à l’extérieur de son pays (et traverse une frontière internationale) et qu’elle est "libre de ses mouvements" une fois arrivée à destination. Mais ces définitions sont très subtiles : si de nombreuses personnes sont consentantes au départ, elles ne réalisent pas toujours que les conditions de voyage ou de travail seront déplorables. Classer les victimes dans une de ces catégories peut donc être très complexe.

La traite d’enfants

Par enfant victime de la traite, on entend toute personne de moins de 18 ans qui est recrutée, transportée, transférée, hébergée ou accueillie aux fins de
l’exploitation, à l’intérieur ou à l’extérieur d’un pays
. Le plus souvent, ils sont achetés puis revendus à différentes personnes et sont à la merci de leurs "employeurs". Les filles sont particulièrement vulnérables à ces pratiques en raison de l’intensification du commerce sexuel.

« Nous étions pour eux moins que des animaux. Achetées, vendues, séquestrées, tout ça sous la contrainte. C’est la peur qui te fait danser, c’est la peur qui te fait coucher avec quelqu’un, c’est la peur qui te fait faire n’importe quoi. C’est la descente de la police qui nous a sauvées. Dieu merci. » Viola, vingt ans, Moldavie

Les trafiquants recrutent les enfants à l’aide de différentes méthodes, allant de l’enlèvement à l’obtention du consentement de l’enfant ou de ses parents. Beaucoup de familles sont victimes d’imposture : un recruteur leur explique, à eux ou à leur famille, qu’il existe ailleurs de bonnes possibilités d’emploi et qu’ils peuvent accompagner l’enfant. L’enfant ou la famille peut donc, en apparence, " participer de plein gré " à la traite.

Dans la majorité des cas, les "employeurs" les forcent à travailler en leur expliquant qu’ils ont une dette à rembourser : ils doivent travailler sans salaire (ou très peu) jusqu’à ce qu’ils aient remboursé les "sommes avancées" pour financer leur voyage, leurs papiers ou leur nourriture. Mais la plupart du temps, l’employeur rajoute constamment des intérêts à la dette d’origine : rembourser la dette devient quasiment impossible.

JPEG - 125.4 ko
Un enfant forcé de travailler : il sculpte des "buddhas" à destination de la Chine. (c) Erik Schoeber

Parfois, certains enfants arrivent à rembourser la dette, mais seulement au bout de plusieurs années. Certains tentent également de fuir, mais cela reste très difficile : ils ne parlent pas souvent la langue du pays, ne connaissent pas les environs, ne savent pas vers qui se tourner pour trouver de l’aide et peuvent parfois être rattrapés par les autorités locales qui travaillent avec les trafiquants. Dans certains pays, ils sont parfois même arrêtés et incarcérés comme étrangers en situation irrégulière. A cela s’ajoutent de nombreuses techniques de coercition de la part des trafiquants comme la surveillance, l’isolement, les menaces de représailles contre l’enfant ou sa famille ou encore la confiscation des papiers d’identités.

Où travaillent-ils ?

Ces enfants peuvent travailler dans les champs, dans les maisons comme domestiques, dans les usines, dans la rue comme mendiants ou prostitué(es), dans des bars, restaurants ou boîtes de nuit, dans des groupes armés comme soldats.

On estime qu’il existe 5 grands réseaux de traite d’enfants dans le monde :

 De l’Amérique Latine vers l’Europe et le Moyen-Orient
 De l’Asie du Sud vers l’Europe du Nord, l’Amérique du Nord et le Moyen-Orient
 Un "marché" régional européen (de l’Est vers l’Ouest)
 Un "marché" régional au Moyen-Orient
 Un marché d’exportation de filles en Afrique Occidentale

Les causes

Différentes causes peuvent expliquer la traite d’enfants à travers le monde :

La pauvreté : à la recherche de meilleures conditions de vie, les enfants sont souvent attirés par les trafiquants, qui leur font croire qu’ils pourront aider leurs familles. Parfois, lorsque les familles n’ont plus les moyens d’entretenir leurs enfants, ils n’ont pas d’autres choix que de les abandonner aux mains des trafiquants. Les enfants des rues et les orphelins sont également des victimes idéales : vulnérables et livrés à eux-mêmes, les trafiquants leur promettent une "famille" et des meilleures conditions de vie dans un autre pays.

Le manque d’éducation : le manque d’éducation et l’analphabétisme rendent les enfants et les parents beaucoup plus vulnérables aux trafiquants. Ils ne connaissent pas leurs droits, ni comment les faire valoir. Sans ces informations vitales, ils tombent rapidement à la merci du crime organisé.

Crises humanitaires :
La traite d’enfants est particulièrement importante dans les régions frappées par des catastrophes naturelles ou par la guerre. Souvent loin de leur communauté d’origine, sans logement ni travail, les familles ou les enfants se retrouvent très vulnérables. Un grand nombre d’entre eux sont enlevés ou recrutés au sein de camps de réfugiés.

JPEG - 377 ko
Camp d’expulsés haïtiens, Port-au-Prince, 2012. (c) AI

Corruption : La traite d’enfants est une source de revenus très importante. C’est un trafic tellement rentable que les réseaux illégaux de la traite ne cessent de s’agrandir. Ils impliquent souvent des membres de la police, des services sociaux ou des médecins qui cherchent à arrondir leurs fins de mois.

Défaut d’enregistrement à la naissance : il est souvent plus facile d’enlever des enfants dont la naissance n’a pas été déclarée officiellement. En effet, s’ils n’existent pas pour l’État, leur disparition sera complexe à déclarer. L’UNICEF estime qu’environ 40 millions d’enfants naissent chaque année sans être déclarés.

Les conséquences

Les enfants victimes de la traite voient bon nombre de leurs droits fondamentaux violés. Ils sont très souvent soumis à des mauvais traitements : coups, viols, privation d’eau et de nourriture, de soins de santé et séquestration font partie de leur lot quotidien. Pour les filles mariées de force ou forcées à la prostitution, elle sont particulièrement exposées aux maladies sexuellement transmissibles (comme le SIDA) et aux grossesses forcées. Ces enfants sont également privés de leur identité, famille, loisirs et surtout de leur droit à l’éducation. C’est un véritable cercle vicieux qui se créé : sans famille ni éducation, ils n’ont ni le soutien ni les connaissances nécessaires pour être indépendants et s’affranchir de leurs "employeurs".

« Nous n’avons pas le temps d’apprendre ou de lire, ni de jouer ou de nous reposer, nous travaillons dans des conditions dangereuses et n’avons aucune protection ». Forum des Enfants contre les formes les plus intolérables de travail des enfants, Bangkok, 1997.

Un phénomène difficile à évaluer

A ce jour, aucun étude internationale n’a pu donner un aperçu général et complet du phénomène. En effet, il est très difficile d’avoir des chiffres et des informations fiables sur la traite d’êtres humains (et plus particulièrement des enfants) : les victimes ont trop peur de témoigner, certaines n’ont pas été enregistrées à la naissance et surtout, les organisations internationales et ONG n’utilisent pas les mêmes définitions et méthodes de collectes de données. De plus, la traite fait partie de ce qu’on appelle "l’économie souterraine" : cela signifie que les réseaux sont cachés, extrêmement difficiles à traquer et qu’ils peuvent se déplacer rapidement. Tu l’as compris, en l’absence de chiffres et données solides, il est très difficile de mettre en place des politiques efficaces de lutte contre la traite.

Que dit le droit international ?

Depuis une vingtaine d’années, de nombreux traités internationaux et régionaux ont abordé la thématique de la traite des enfants. S’ils sont tous d’accord qu’il faut mettre fin à ce phénomène, ils ne semblent pas être d’accord sur la définition de la traite ainsi que sur les méthodes à mettre en place pour la combattre.

Si la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE, 1989)demande à chaque État de "prendre toutes les mesures pour empêcher l’enlèvement, la vente et la traite d’enfants" et de faciliter leur "réadaptation physique et psychologique", elle ne précise pas clairement ce qui constitue la traite d’enfants. Il faut attendre l’an 2000 pour que la Convention de Palerme et le Protocole facultatif à la Convention concernant la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants définissent de façon plus précise la traite d’êtres humains et d’enfant. Le problème du "consentement" et de la différence entre traite et trafic reste pour sa part entier, rendant très difficile les jugements et condamnations pour traite d’enfants.

Le savais-tu ?

L’infraction spécifique de traite d’enfant et les sanctions correspondantes n’existent que dans 2 pays européens. Dans tous les autres, elle n’est couverte qu’à l’intérieur de la législation générale sur la traite des êtres humains. les condamnations varient donc très fortement d’un pays à l’autre : les pays qui possèdent les législations les plus clémentes attirent donc les trafiquants et les réseaux qui se sentent moins menacés par les autorités.

Pour aller plus loin :

le site de l’Organisation internationale du Travail

Le site de l’UNICEF

Le site de l’Organisation internationale des migrations

Rejoins un de nos groupes-écoles actifs !

...

Je m’inscris