Brésil : les crimes invisibles envers les jeunes filles et les femmes

Au Brésil, dans les quartiers où vivent les populations exclues, le quotidien des femmes s’inscrit dans un contexte de violence permanente, liée aussi bien aux agissements de la police qu’à ceux des bandes criminelles.

Cette violence a de multiples et profondes conséquences particulièrement sur la vie des femmes : leur santé, leurs revenus, leur famille et leur vie sociale en sont très gravement affectés, en l’absence de protection de l’État.
Un grand nombre d’entre elles ont déclaré se sentir abandonnées par un État qui, absent de leur vie jusqu’à présent, dressait désormais des obstacles entre elles et la justice.

« Je n’avais pas le temps de rester chez moi à pleurer la mort de mon fils […]. Ma vie, c’est mon combat pour la justice. »
« J’ai laissé tomber tout ce qu’il y avait dans ma vie. Je ne m’occupe que de l’affaire de mon fils. Ma vie d’avant a disparu. »
« Personne n’est venu me demander si j’avais besoin d’aide pour saisir la justice. »

Témoignages recueillis à Rio de Janeiro en mai 2007

Une étude de l’université de l’État de Bahia a recueilli le témoignage de mères/femmes chefs d’une favela, qui non seulement vivent dans une situation sociale financière précaire, mais sont aussi très exposées à la violence criminelle.

« Je vis comme une droguée, je me bourre littéralement de médicaments ! Pour dormir, je prends du Diazepam, parce que si je suis lucide, je ne peux pas dormir, j’ai trop peur. Avec cette drogue, je prends ma fille, je me couche par terre pour me protéger des coups de feu et je dors toute la nuit. Si ma fille a perdu sa tétine, elle devra pleurer toute la nuit, parce qu’après 8 heures du soir, il n’est pas question que je sorte de la maison. »

Cité dans Maria de Fátima Cardoso, Mulher Chefe de Família na Mira da
Violência Urbana, février 2003, p.49

Les conflits entre bandes rivales sont à l’origine d’une violence radicale. De plus, la politique répressive de l’État amplifie les dégâts.
La presse ne se fait guère l’écho de ces affaires, ce qui contribue à dissimuler la véritable ampleur de ces crimes et à renforcer le sentiment d’abandon et d’isolement des exclus. Les victimes de cette violence ont par conséquent appris à souffrir en silence.

LES FEMMES ACTRICES ET VICTIMES DU TRAFIC DE DROGUE

Un nombre croissant de femmes sont devenues, directement ou indirectement, parties prenantes au trafic de stupéfiants. Dans les quartiers tenus par les gangs, la relation entre les femmes et les trafiquants de drogue est d’une nature complexe.

Une association de femmes de São Paulo a évoqué devant Amnesty International le cas d’une jeune fille qui avait demandé la protection de trafiquants de drogue après que son grand-père lui eut infligé des violences sexuelles pendant des années. Les trafiquants lui ont donné de l’argent afin qu’elle se fasse aider par un groupe de femmes installé dans le centre-ville. Celui-ci l’a orientée vers un dispensaire pour qu’elle y suive une psychothérapie. Là, on lui a dit d’aller porter plainte à la police. La jeune fille a répété ces propos à ses protecteurs, qui auraient alors tué son grand-père afin que la police n’ait aucun motif de venir dans le quartier. La jeune fille suit actuellement une psychothérapie.

« Les femmes adorent les gangsters ! Mon Dieu, on en devient même plus belle ! On se sent plus mignonne, on a plus de pouvoir […]. On est respectée. Les filles sont dévalorisées […]. Une fille qui vit dans une favela n’a pas les moyens de s’offrir des marques comme Gang ou PXC. Un gangster, lui, il peut. »

Renata (dix-sept ans), citée dans Tatiana Moura, Rostos Invisíveis da
Violência Armada : um estudo de caso de Rio de Janeiro, p. 53

Pour les femmes, les trafiquants sont à la fois des agresseurs, mais aussi un moyen d’obtenir une meilleure place dans la société. Mais généralement tout au bas de l’échelle, les femmes sont considérées comme des instruments jetables, aussi bien par les trafiquants que par les policiers corrompus.
La culture de masse, notamment la musique funk, véhicule une image de la femme de plus en plus déshumanisée qui reflète bien cette tendance (« tapinha não doi » – « Une petite claque ne va pas te faire de mal » – dit par exemple le titre d’une chanson).

Amnesty International a recueilli le témoignage de mères contraintes de quitter leur foyer lorsque des bandes criminelles se sont emparées de leur quartier, et celui d’autres femmes dont des proches ont été assassinés et qui ont passé leur vie à lutter pour obtenir justice. Certaines des interviewées étaient mêlées au trafic de drogue, en pleine expansion. Préoccupées par les violations subies par un fils ou un mari, un grand nombre de femmes n’avaient jamais pensé que les violences et les épreuves qu’elles-mêmes enduraient étaient des atteintes à leurs droits fondamentaux. Plus nombreuses encore ont été celles qui, terrifiées à l’idée de témoigner, n’ont accepté de le faire qu’à la condition expresse que le nom du lieu où elles vivaient ne soit pas divulgué. Toutes affichaient un courage remarquable pour affronter une réalité quotidienne très difficile.

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